C'est un livre qu'on lit avec peine, pas parce qu'il est ennuyeux ou mal écrit, bien au contraire ! Le style de Leïla Marouane est très bon et permet de très bien visualiser les scènes, elle manie de plus les retours en arrière et les annonces de l'avenir avec brio. S'il se lit difficilement c'est parce que son histoire est tout bonnement horrible et que l'on aimerait que personne n'ait eu à endurer un dixième des souffrances décrites dans cette oeuvre.
La mère de la narratrice, qui s'est battue pour son pays aux côtés des hommes, souhaite pour sa fille un avenir brillant différent du sien. Elle ne veut pas que son aînée devienne une machine à enfanter, violée, brimée, enfermée par son mari. Ce semblant de modernité ne l'empêche pas de vérifier l'état de l'hymen de sa fille assez souvent, car si l'honneur de la fille est corrompu, alors tout est perdu. Ce test, vécu comme une humiliation insoutenable, cette obsession malsaine de la virginité, la pression familiale et masculine vont complètement aliéner l'adolescente et la pousser à ne jamais résister aux assauts des hommes qu'elle croise. Comme dans La Voyeuse Interdite de Nina Bouraoui, l'image de la mère est effrayante et désastreuse, la mère n'ayant connu que la souffrance, la peur et la résignation, est incapable d'aider sa fille. Alors que dans La Voyeuse Interdite, la mère se vengeait sur sa fille de ses propres malheurs, ici la mère devient simplement folle. Y a-t-il une issue, la jeune fille suivra-t-elle le même chemin que sa mère ?