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Antonio Muñoz Molina n'en finit donc pas de surprendre. On le sait amateur des travers de la bourgeoisie, épingleur des pouvoirs de l'argent, dessinateur féroce des classes, ironique et drôle. Avec En l'absence de Blanca, il conserve ses bonnes habitudes (et ses recettes efficaces), et se renouvelle. Molina jette sur la scène un homme (le narrateur), au demeurant modeste et sans prétention, dépourvu d'ambition... Portrait fadé ! Jusqu'au jour où celui-ci, en toute innocence, permet à une artiste encore jeune mais au portefeuille bien garni, d'éviter de sombrer sans retour dans la déchéance... Quelle drôle d'idée ! Qui le conduit à tomber fol amoureux d'elle, la marier, monter sur un piédestal et gérer son existence quotidienne selon ses bons vouloirs. Situation périlleuse s'il en est, quand on observe (et témoigne !) combien cette singulière Blanca se laisse manuvrer et séduire par les faux-semblants, les artistes parvenus ou prétentieux et les institutions ! C'est sans doute là que l'esprit cinglant et amusé de l'auteur se déploie au mieux, dans la critique des esbroufeurs de l'art. Un livre à la fois lucide et hystérique, jubilatoire. --Céline Darner
Présentation de l'éditeur
Antonio Muñoz Molina nous prouve une fois encore, avec ce court roman, quil excelle dans la forme brève. Le territoire quil explore ici est limpossibilité de lamour entre deux êtres venus de milieux sociaux et de cultures totalement opposés. Mario est un petit fonctionnaire de province, un jeune homme simple, presque fruste, qui a été élevé dans le respect du travail, du foyer, de la vie sans histoire. Quand il rencontre Blanca dans un bar, il se fait un devoir de la sauver et de remettre sur le droit chemin cette jeune bourgeoise, fourvoyée dans les milieux bohèmes et pseudo-artistiques, anéantie par un chagrin damour et passablement alcoolique. Sa passion pour elle le pousse à rompre ses fiançailles avec une jeune fille sans histoire elle non plus ; de son côté, Blanca, consciente quelle doit la vie à Mario et décidée à sacheter une conduite, accepte de lépouser. Très vite la vie du couple tombe dans une routine qui, pour Mario est une réussite, pour Blanca, un enfermement. Blanca retrouve ses anciens amis, élabore des projets artistiques, rêve de partir pour Madrid tandis que Mario, incapable de comprendre pourquoi Blanca lui échappe, senfonce peu à peu dans la folie. Sil a perdu sa femme, il refuse de perdre lamour. Le roman est une sorte de récit circulaire, où la fin est donnée au lecteur dès les premières pages et où les points de vue des personnages changent peu à peu le jugement du lecteur. Qui est coupable dans cette affaire ? Blanca, qui nest quune bourgeoise insouciante, animée de rêves médiocres, une Emma Bovary andalouse, ou Mario, incapable dambitions autres que davoir à la maison un épouse aimante et quil aime en retour, comme Charles ? Ni lun ni lautre répond Muñoz Molina, même si ici, Mario paye très cher son invraisemblable passion.


