"Humour ravageur", ça signifie ici "humour pas consensuel du tout". En effet, ça fait des ravages, à commencer parmi le public. Est-ce une comédie ou un documentaire ? Est-ce un film de mauvais goût ou potacherie intelligente ?
Borat, personnage incarné par Sacha Baron Cohen est propulsé dans des situations étonnantes, au milieu de personnes qui jouent leur vrai rôle, comme dans un docu. Et si Sacha Baron Cohen incarne un ressortissant d'un Kasakhstan imaginaire, dingue et infantile, obsédé, misogyne et raciste, c'est pour mieux mettre à jour la mesquinerie, la cruauté, le racisme ordinaire, l'antisémitisme, la bêtise bienpensante et le nationalisme qui sommeillent dans une certaine Amérique. Le résultat est à la fois consternant et édifiant.
Le culot et la potacherie de Borat semblent sans limites mais sont un prétexte : présenter un reflet des Etats-Unis d'aujourd'hui à travers une galerie de portraits hallucinants. C'est dans les réactions des personnages, plus que dans les bêtises de Borat, que le plus dingue, le plus drôle, le plus surprenant, le plus violent, le plus inquiétant, surgit.
"Borat" est drôle, fou, oui, mais n'est pas simplement un film comique, ni même un film taillé pour un public habitué aux comédies potaches anglo-saxonnes. Il a aussi la stature d'un brûlot, d'un anti-manifeste. Lors d'un second visionnage, je me demandais encore comment on avait pu commettre un film aussi extrême... et aussi salutaire !