Remarquable édition qui permet, au travers de ces différents textes rassemblés, d'entrer en contact avec Spinoza.
Tout d'abord, recouper et affermir la bonne compréhension du vocabulaire spinozien (et de ses subtilités) : l'Etre divisé en Substance et Mode ; la Substance dotée d'attributs universels et illimités appelée Dieu (ou Nature naturante) ; l'Homme qui se compose de certains modes (finis, des attributs) comme l'esprit et l'âme (pour la Pensée) et le corps (pour l'Etendue). Une fois replacés Dieu, la Nature et l'Homme dans leur continuum, poursuivre par la revue de nos Passions et de nos Idées, examiner les limites de la Liberté et de la Volonté pour se comprendre et appréhender la connaissance claire et vraie qui nous remplit de joie éternelle. Enfin, voir l'influence de Descartes sur le philosophe, y compris sur la forme de la démonstration dite géométrique (ressemble au discours mathématique) utilisée dans son livre majeur "L'Ethique".
Je m'arrête là, le plus important est de se laisser guider par Spinoza - de manière remarquablement claire, précise et fluide - avec parfois l'aide des notes du traducteur - humble et dévoué éclaireur - et arriver par la seule force de la reflexion, comme le souhaitait le philosophe, à s'imprégner de ce qui peut se résumer par "immanence". Sentir en soi la présence d'un Etre absolu, appréhender un Tout dans la jouissance éternelle de soi ou du souverain bien.
La lecture de Spinoza est stimulante parce qu'il ne propose pas un "systeme de pensée" mais une "voie fraternelle" pour se connaitre et se re-connaitre.
Par ailleurs en m'intéressant à la vie de Spinoza, je peux comprendre son rejet d'une "autorité unique" ou dogme dans son sens etymologique (politique d'un souverain), philosophique (disciple d'une école) et théologique (fidèle d'une église). C'est un homme pluriel au contraire sur tous ces aspects, qui a des contacts et s'instruit de tous ces courants "unitaires". Personne singulière, polyglote (y.c. l'hébreu), hors des jeux d'autorité dogmatique ; il en résulte une pensée touchante, ouverte, conciliant l'universel et le singulier, la raison active et la jouissance mystique.
Un certain nombre d'idées fausses circulent sur Spinoza (notamment l'athéisme), attaqué et souvent incompris déjà de son vivant. Il a écrit le "Traité théologico-politique" pour se défendre ; fidèle à sa "méthode" il en résulte un moment précurseur d'exégèse.