Recherche impressionnante qui remonte au fond de l'histoire des hommes et revisite les facteurs qui ont orienté les hommes dans leur développement. La domestication des plantes, des animaux, des microbes, du climat, ou de la géographie ont eu une influence déterminante sur la sédentarisation des hommes, la formation d'états, le développement de l'écriture, la promotion des innovations, la diffusion du savoir aux peuples voisins et in fine sur leur puissance et leur domination sur d'autres civilisations.
Diamond démontre tout au long de ce livre que la différence de puissance n'est pas le résultat d'une inégalité de l'intelligence ou des capacités parmi les peuples. Au contraire, indépendamment ou grâce a la transmission de découverte des voisins, tous les hommes se sont attelés depuis 10000 ans à la domestication de la nature avec des succès divers. Ce que les uns ont réussi à domestiquer ou ce que les autres n'ont pas réussi à domestiquer résultent de facteurs objectifs sans rapport avec leurs facultés. Ces différences ont eu en revanche des conséquences importantes dans leur degré de développement.
Par exemple, la domestication des chevaux, facteur clé de puissance (transport de biens, d'hommes, d'information, de guerriers) s'est faite rapidement en Eurasie alors que l'équivalent africain, le zèbre, ne l'a jamais été. Malgré toute les tentatives effectuées (encore aujourd'hui) il s'avère que le zèbre n'est pas domesticable (agressivité structurelle et colonne vertébrale souple ne permettant pas le portage).
Bref les diverses idées reçues, à commencer par les noix de coco tombant des arbres qui auraient incliné les tropicaux à s'endormir sur la douceur de leur environnement, sont battues en brèche.
Le travail est énorme, la perspective est à la fois panoramique, originale et inédite. Les anecdotes fourmillent, ce livre est une découverte à lire absolument. Loin d'être végétative, la préhistoire a été une période d'intenses découvertes, de domestication qui a rendu nos récents progrès possibles. Diamond nous rend ces premiers découvreurs étonnamment familiers.
4 critiques toutefois :
- De forme: certaines longueurs et un certain nombre de répétitions.
- De fond: l'exposé semble partir de la conclusion - qui est incontestable - les arguments semblent être agencés dans ce but, et lui fait perdre en objectivité.
- De fond : La puissance des civilisations est ici exclusivement expliquée par des facteurs exogènes (l'environnement, les ressources végétales, animales etc.). Leur importance est démontrée de façon très convaincante, mais il semble douteux que le destin d'une civilisation et son développement soient seulement le fait de causes externes. Peut-on faire l'impasse par exemple des valeurs d'une civilisation qui font sa grandeurs ou sa décadence, sa combativité, ses choix collectifs, son tempérament, ou même de son modèle fondamental (la puissance est elle le seul critère pertinent?)?
- De fond : l'Eurasie a dominé la plupart des civilisations d'après Diamond. Un ensemble aussi hétérogène est-il tout à fait pertinent? les peuples eurasiens sur l'histoire récente ont connu des fortunes diverses et tournantes (nous autres gaulois, puis gallo-romains, puis mixés avec les peuples des grandes invasions, puis challengés par les sarazins etc.).
Quoique l'on puisse contester une certaine vision déterministe, ce livre donne un éclairage étonnant sur l'histoire des hommes et les raisons qui les ont poussés à prendre les orientations qu'ils ont pris. A lire !