Le traducteur et commentateur apporte une version très riche et complète du bardo thödrol, la première d'après lui, traduite directement du Tibétain en Français. C'est vraiment un plaisir de trouver autant de textes qui se complètent et nous informent plus amplement que dans les versions précédentes d'autres auteurs.
En revanche, on peut regretter que les commentaires précèdent les textes au lieu d'y être intégrés au long du déroulement de leur lecture, ce qui rend leur compréhension plus compliquée à cause des va-et-vient obligatoires. D'autre part, l'auteur a une fâcheuse tendance à se disperser dans ses explications (manque de synthèse, trop de parenthèses superflues avec des remarques anecdotiques dont l'intérêt est discutable, comme par exemple sur des points de traduction ou bien encore sur des querelles internes entre les ordres monastiques au sujet de tel ou tel texte, qui auraient du être mentionnées simplement sous la forme de notes de bas de page afin de ne pas nuire à la compréhension globale), qui souffrent par conséquent d'un manque de clarté pourtant indispensable dans ce genre d'ouvrage très complexe, si l'on souhaite éviter de se perdre dans les méandres des textes originaux inscrits par les tibétains dans un style souvent redondant et répétitif.
Si l'on veut comprendre clairement l'enchaînement et le sens de la structure des textes du livre, il s'avérera par conséquent indispensable d'effectuer soi-même les organigrammes hiérarchisés (voire les tableaux) qui n'ont pas été faits, en reprenant avec des titres et de courts résumés la signification de chaque texte et paragraphe (par exemple lors de la description de l'apparition des déités émanant des différents chackras), si l'on veut parvenir à en visualiser clairement le déroulement dynamique général. Cela permettra de se repérer à travers la complexité et le foisonnement de détails des prières par l'intermédiaire des organigrammes ou des tableaux pour ne pas perdre le sens général des textes.
Il faut rendre hommage à Philippe Cornu pour l'énorme travail que le le rassemblement, la traduction et le commentaire des textes a du lui donner, et aussi pour avoir eu le mérite de nous apporter enfin une première version plus complète, riche et apparemment justement interprétée de ce que l'on appelait jusqu'ici le livre des morts tibétain. De plus, cet ouvrage qu'il a traduit et commenté permet de comprendre enfin l'enchaînement progressif des visions qui se produisent progressivement au début du bardo, car avant lui il faut préciser qu'aucune autre version n'avait été capable d'expliquer clairement ces processus qui partent tout d'abord du chackra du c½ur, puis se développent en une explosion de visions variées. Lorsqu'on lisait les autres ouvrages ce point crucial n'était pas mentionné à ma connaissance, et il était impossible de savoir que les premières déités provenaient de ce chackra. On croyait simplement qu'elles émanaient directement de l'Esprit sans aucun intermédiaire.
Enfin, l'auteur a eu la bonne idée d'ajouter (comme il l'a fait dans son ouvrage d'astrologie tibétaine) sous la forme de planches en couleurs, les mandalas des déités qu'il est indispensable de pouvoir visualiser pendant la lecture des conseils aux morts et la méditation sur les différents processus, ainsi qu'un glossaire sur les principaux termes sanskrits et tibétains.