Pas facile de résumer l'histoire de la CIA et de ses coups tordus en un ouvrage à la fois digeste, intéressant et convaincant. Denoël y est parvenu, en écumant notamment les 50 000 pièces d'archives "bijoux de familles" dévoilées en 2007 et en reprenant la substance d'autres enquêtes déjà parues.
On y découvre le légendaire pragmatisme US adepte d'une fin de court terme justifiant tous les moyens (coup d'Etat contre des démocraties, expérimentations médicales extrêmes sur des innocents, enlèvements, séquestrations arbitraires et tortures en pays amis et sans dédommagement quand il y a eu "erreur sur la personne", complicité dans le trafic de drogue dont la jeunesse américaine est aussi la victime...).
Deux faits sont les plus tragiques : les Etats-Unis ont ralenti la transition démocratique des pays d'Amérique latine par peur du péril rouge en favorisant, voire en installant, des dictatures militaires incapables et corrompues, faisant ensuite le lit du narco-trafic. On voit désormais le résultat.
Washington a formé et armé les extrémistes religieux islamistes (talibans/al-qaeda) dans le combat contre les rouges mais aussi en Bosnie contre les Serbes (trafic d'armes) sans se soucier des conséquences de moyen et de long terme (dont le 11 septembre est le symbole).
Il ressort de ce livre l'inquiétante capacité de l'executif américain, dont la CIA n'est qu'un outil, à jouer les apprentis sorciers au profit de calculs de court terme, voire d'équations personnelles...
Une belle synthèse invitant à une réflexion sur la fin et les moyens.