Qu'en dire sans faire dans le lamentable "bis repetita" d'un concert vagissant des applaudissements? Rilke est là un immense poète. Il est un musicien, habile joueur de l'émotion, de la sensation, du sens et de l'abîme. Il ne nous traîne pas, il fait de nous l'instrument sur les touches duquel il tape pour entendre frapper les marteaux. Il y a une pureté efficace, un dénuement de roi, un trône humble et la liberté du génie enfin lâché hors de cage. Et je ne parle même pas de la qualité du préfacier et traducteur ! C'est rare que les préfaces soient aussi humbles, aussi disciplinées, et admiratives du texte qu'elles proposent et présent. Souvent les préfaciers sont des écrivains ratés, là, c'est un auteur réussi qui rend un hommage au titan pauvre et malade duquel il visite le cénotaphe. Non vraiment, ce livre n'a pour moi pas de concurrent : petit, léger, rapide, infini, profond, méditatif. Je ne vois même pas pourquoi on pourrait ne pas se le procurer. C'est un livre immense en une trentaine de pages de poésie lumineuse et obscure, étoilée, parsemée, scintillante des invitations à l'émotion primordiale.
Rilke est un grand, un très grand.