Jean-Pierre Jeunet est parvenu en quelques films à marquer le cinéma français de ses univers baroques et alambiqués, ses personnages entiers et improbables, son visuel très coloré, la poésie et l'innocence toujours présentes (même Alien IV?).
Un long Dimanche de Fiançailles n'est pas le chef d'oeuvre que j'espérais. Commençons par distribuer les mauvais points. Le film emprunte beaucoup trop à Amélie: les castings de Jeunet se suivent et se ressemblent, rien de mal à ça mais pourquoi faire de Mathilde une Amélie bis (marginale, décalée, asociale, renfermée, sensible, romantique)? Ensuite l'exploitation des mêmes astuces narratives (galeries de portraits, voix off, même humour, etc.) est ici à mon avis inutile voire absconse, et détourne le film de son but qui est de dépeindre un univers en clair obscur où l'espoir surnage. Enfin le principal souci que j'ai avec "Un long dimanche de fiançailles", c'est le scénario. Le film est long, long, long. Pourtant on est loin d'un Retour du Roi ou d'un Apocalypse Now, qui se boivent d'ailleurs comme du petit lait. Non ici c'est bien l'égrenage des minutes qui est une vraie souffrance, et pour cause: l'intrigue est franchement rasoir, et la fin prévisibible au possible. Car au fond, s'il s'agit ni plus ni moins d'une intrigue policière, tout ça n'a pas la saveur d'un thriller.
Outre ces quelques défauts restent pleins de qualités. Une reconstitution de la guerre de tranchées admirable, la meilleure que j'ai vue depuis "Les Sentiers de la Gloire", le visuel à la Jeunet avec une photographie et un travail sur les couleurs magnifiques. Un film ensuite qui traduit parfaitement l'évolution des relations hommes-femmes lors de l'après-guerre et qui porte les prémisses du féminisme. Bravo aux performances de Jodie Foster et Marion Cotillard. Non vraiment, tout ce qui manque à ce film c'est peut-être une bonne histoire.