La perception de cet album est, en ce qui me concerne, différente aujourd'hui de ce qu'elle était à sa sortie. Je me rappelle à l'époque avoir trouvé ce disque assez étrange, avec des titres assez courts, aucune envolée lyrique comme il pouvait y en avoir sur les albums précédents. Il faut dire que, comme beaucoup de groupes de hard ayant débuté dans les années 70 et continué dans les années 80, il y a, à un moment donné, une rupture musicale : on est en plein dedans avec ce Lovedrive. Le riff est plus soutenu ("Loving You sunday morning" et sa rythmique qui bastonne), la ballade plus "traditionnelle", ("Always somewhere", pourtant méga-hit du groupe, à l'intro joyeusement pompée sur celle de "Simple Man" de Lynyrd ; on est loin de We'll burn the sky, exécuté prodigieusement sur "Tokyo Tapes, premier Live du groupe, et qui marque la fin du premier cycle Scorpions). Sans doute, la sortie seulement quelques mois après le Tokyo Tapes ajoute à cette sensation bizarre. Comme si un groupe nouveau venait de naitre en quelques mois. D'ailleurs l'un des deux gratteux, Uli Jon Roth, s'est fait la malle remplacé par le revenant Michael Schenker, qui vient épauler le frangin Rudolf et faire une pige sur quelques morceaux, et un inconnu à l'époque, qui va forger le son hard rock eighties du groupe : Matthias Jabs. On passe ainsi d'une musique hard-tendance bab à du hard classique, quoique très bien ficelé. Et c'est cela qui reste aujourd'hui : un bon album de hard rock mélodique avec ce qu'il faut de bons morceaux (l'instrumental "Coast to coast", le reggae-isant "Is there anybody there ?", "Loving You . .", donc, évoqué plus haut). Deux morceaux speed un peu moyens à mon gout "Can't Get enough" et "Another piece of meat" sur un total de huit morceaux, ça ternit un peu le tout. Mais, dans l'ensemble, c'est du bon.