Dans ce livre, F.S. Saunders révèle l'étonnant financement par le gouvernement américain d'un programme secret de propagande culturelle sous le couvert de fondations `philanthropiques' pendant trois à quatre décades après la Deuxième Guerre Mondiale en Europe Occidentale. Ce fait-même n'est pas étonnant en soi, mais bien les vastes moyens financiers impliqués et l'extension du réseau `culturel' (avec des représentations dans 35 pays occidentaux).
Objectif
Le but du programme était de combattre et de limiter la contagion communiste en Europe occidentale et de promouvoir le mode de vie américain, aussi bien politique, socio-économique qu'artistique: une Pax Americana.
Cette bataille `intellectuelle' devrait être gagnée par la création d'une gauche occidentale non-communiste, qui pourrait casser la fascination pour le marxisme et le communisme de l'intelligentsia occidental.
Les programmes étaient menés par les services secrets américains et nationaux.
Méthodes, moyens, les arts
La méthode de base était celle d'une guerre psychologique: pousser quelqu'un dans la direction que vous désirez, en faisant croire la victime que c'est vraiment son propre choix.
Des artistes, des sociétés d'édition et des organisateurs d'expositions et de spectacles étaient très généreusement financés, les liants à leurs `mécènes' par un cordon ombilical en or. Toutes les personnes impliquées étaient tenues d'effectuer des efforts `réels' dans cette guerre de propagande.
Quelques noms: Arthur Schlesinger (l'idéologue principal), Raymond Aron, Arthur Koestler, Stephen Spender, Manès Sperber, Denis de Rougemont, Ignazio Silone, Irving Kristol.
Un instrument majeur dans la propagande était Dieu ! Comme l'explique l'auteur : la `vertu' politique devait être soumise à une longue tradition chrétienne d'obéissance à la loi de Dieu, incarnée par l'Etat providentiel par excellence.
Pour la littérature, son principal véhicule en anglais était la revue `Encounter', éditée par un Stephen Spender plutôt naïf. En Allemagne, c'était `Der Monat'.
Un autre chapitre littéraire fut la bataille pour le contrôle du PEN Club.
Au niveau de la peinture, l'expressionnisme abstrait (Jackson Pollock) était fortement subventionné (`parce qu'il n'avait rien à dire face à Guernica?' LR).
Réalités à l'intérieur des EU et à l'étranger
Pendant la période en cause, les Etats-Unis eux-mêmes étaient tout sauf un paradis libéral. Avec le Maccarthysme, le pays procédait à un `nettoyage' culturel effrayant, y compris des autodafés (avec même les aeuvres de Thomas Mann!).
A l'étranger, ses services secrets ont manipulé le résultat d'élections démocratiques, commis des assassinats, soutenu des dictatures et renversé des gouvernements démocratiquement élus. Comme le dit F.S. Saunders, `les services secrets ont porté l'art de mentir à de nouvelles hauteurs.' Le véritable but des opérations était la création d'un empire américain mondial et non pas l'introduction de vertus civiques. Les forces de l'ombre étaient (sont) parvenues à créer réellement un monde tout à fait virtuel.
Ce livre devrait être lu par tous ceux qui veulent comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Une petite remarque: l'auteur ne traite pas la neutralisation d'intellectuels occidentaux par l'introduction de `secrétaires' dans leurs bureaux, ni la bataille sur le front de la musique pop (The Monkeys contre The Beatles).