Si vous n'avez jamais lu du Roszak alors ne commencez surtout pas par les mémoires d'Elizabeth Frankenstein. Ce qui fait la force de l'auteur est son art absolu de nous offrir dans un style narratif époustouflant une histoire qui mène sa propre vie mais qui sert aussi de paravent à un thème occulte qui ne s'impose pas, mais se révèle si l'on sait où regarder. Rassurez vous rien de ronflant ni d'initiatique, mais un sujet de réflexion qui dépasse le roman ordinaire, et pourquoi pas un jeu de piste optionnel.
Alors que cette fois l'auteur aborde directement un sujet occulte, l'intérêt du livre est de savoir ce que cet ésotérisme de façade peut protéger. C'est cette curiosité qui m'a forcé à lire ce récit jusqu'au bout parce que pour le reste je me suis fortement ennuyé. Roszak en fait aborde trois thèmes différents. La sorcellerie, l'alchimie et la créature de Frankenstein dont il profite pour pénétrer une nouvelle fois les doctrines gnostiques d'un mauvais démiurge créateur de l'humanité, et tout ça pour nous offrir le regard dévastateur qu'une époque portait sur la femme.
En premier, et bien que je ne sois pas un expert du sujet, les liens entre la sorcellerie qui est une survivance des rites et pratiques païens et l'alchimie, qui est un art profondément ésotérique, ne peuvent être qu'accidentels rares et spécifiques. En choisissant cette rencontre comme centre du roman l'auteur se devait d'aller au fond de sa démonstration. En fait il nous plante en plein milieu nous laissant avec deux enfants gâtés quelque peu dégénérés et pervertis par un érotisme mystique mal assimilé. Il nous faut d'ailleurs la confiance acquise envers cet auteur pour ne pas voir une intention racoleuse dans cet étalage d'érotisme pour la bonne cause.
On reste sur une impression d'erreur de casting, comme si l'auteur s'était rendu compte en cours d'écriture que ses personnages ne faisaient pas le poids. En tous cas il nous laisse sur une impression d'inachevé ou pour rester dans le sujet de coït interrompu. Selon certains critiques ce livre serait un roman féministe, alors sans doute s'agit-il de ce thème caché comme si cette fois l'ésotérisme servait de masque à l'exotérisme. Pourquoi pas ? Mais une femme qui fait de sa descente aux enfers par amant interposé le but de sa vie n'est pas véritablement un exemple de libération féminine.
En dehors et en dépit de ces critiques cette lecture sera un délice pour les adeptes du roman d'époque mais certainement une épreuve pour les habitués du thriller. Alors une seule grande certitude surgira après la lecture de ce roman, Roszak n'a véritablement rien à faire dans le rayon thriller et polar dans lequel on le trouve chez tous bons libraires. A bon entendeur !.