Ne vous fiez pas au titre, pas très "parlant". Dans cet essai foisonnant, Marie Duru-Bellat resitue le "mérite scolaire" dans un ensemble plus vaste pour nous permettre d'y voir plus clair et nous aider à questionner les évidences rapides et à creuser les relations très complexes entre mérite et justice.
Nous vivons dans une époque et un pays qui font l'apologie du mérite et qui prônent, sans doute plus que jamais auparavant, le mérite et la réussite individuelle. Or, cette célébration du mérite oublie bien vite le puissant impact sur les trajectoires individuelles, de l'environnement social et culturel dans lequel sont insérés les individus. Certains, pour se donner bonne conscience, tout en faisant la promotion du mérite individuel, promeuvent alors ce qui est en passe de devenir la sacro-sainte "égalité des chances" très en vogue depuis quelques années. Mais cette notion, plus complexe en elle-même qu'elle n'y paraît, amène en réalité à confondre équité et égalité et à maintenir un système de compétition de plus en plus féroce face à la rareté croissante des places.
L'égalité des chances n'augure en effet en rien l'égalité de réussite et certains dispositifs reviennent souvent en réalité à maintenir les privilèges de ceux que le système actuel place déjà en tête.
Sans doute une société ne peut-elle se passer du mérite, sorte de "fiction utile" qui permet d'aiguiser le désir et la motivation. C'est en tout cas, semble-t-il la thèse de l'auteur. Mais toute société qui ne se construit que sur le seul mérite devient vite un enfer. C'est pourquoi, Marie Duru-Bellat nous met aussi en garde contre l'idéologie méritocratique à tout crin qui peut se révéler fort trompeuse "en ce qu'elle suggère que les destinées pourraient relever entièrement de facteurs purement individuels." Cette idéologie finit par construire une société de plus en plus rigide, obsédée par la mesure, l'évaluation et le classement de chacun. Une telle société, dans laquelle nous sommes déjà entrés, se révèle invivable et puissamment normative. Au fond, on peut se demander si la méritocratie n'est pas juste une chimère de plus qui ne sert en fait qu'à motiver les acteurs à faire perdurer un système qui ne profite qu'à un tout petit nombre. N'oublions pas par exemple qu'école et marché du travail ne valorisent à un instant T que ce qu'ils jugent utile et rentable dans l'état des rapports économiques et "sélectionnent" de fait certaines qualités jugées méritoires au détriment de beaucoup d'autres.