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Commentaires client les plus utiles
21 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un grand livre,
Par François Chataubrin (France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : La marque du sacré (Broché)
Avec ce livre, Dupuy confirme qu'il est l'un des philosophes français les plus importants aujourd'hui. Qui, parmi ses pairs, pourrait parler avec autant de maîtrise de sujets aussi divers que la question de la justice sociale, la nature de la démocratie, la crise économique et financière, la catastrophe écologique et environnementale qui nous menace, les soubassements métaphysiques et les implications éthiques des nanotechnologies ou les paradoxes de la dissuasion nucléaire ? Et qui pourrait révéler avec autant de clarté le lien qui unit tous ces thèmes qui constituent notre situation dans le monde aujourd'hui ?
Ce lien, c'est la « Marque du sacré ». Ce titre a dû égarer plus d'un lecteur pressé ou inattentif. L'auteur ne défend pas la thèse que le sacré est partout, mais, au contraire, suivant une tradition qui remonte au moins à Max Weber, que le monde moderne se caractérise par une lente et progressive sortie du sacré, un mouvement irrésistible de sécularisation et de « désenchantement ». Son originalité est de s'interroger sur cette situation inédite dans l'histoire de l'humanité, une situation grosse de périls. Car le sacré, affirme Dupuy en bon lecteur de René Girard, c'est le moyen violent par lequel les hommes de toutes les sociétés dominées par le religieux ont contenu dans des limites viables leur propre violence. La « désacralisation » du monde nous place donc devant notre seule responsabilité. Nous savons que nous avons aujourd'hui les moyens de détruire la planète et nous avec. Ce n'est pas dans un problématique « retour au sacré » que nous nous en sortirons. Bien qu'irréversible, la sortie du sacré n'est pas un mouvement à sens unique. Tel un torrent de montagne, il y a des mouvements rétrogrades, des retours en arrière, que l'auteur appelle des « resacralisations secondaires » : l'argent, la technique, l'arme atomique, etc. Dupuy démontre magistralement que la logique paradoxale de la dissuasion nucléaire est analogue à celle du sacré. Du sacré, il ne faut pas trop s'éloigner, car il nous protège de notre propre violence, mais il ne faut pas non plus trop s'approcher, car il est violent. Pendant 40 ans de guerre « froide », il en a été de même de la perspective d'un feu d'artifice atomique : nous avons constamment flirté avec son éventualité, et c'est cela même qui nous a rendus suffisamment sages pour qu'il ne se réalise pas. Ce que l'auteur a appelé, dans un ouvrage antérieur, le « catastrophisme éclairé ». Après avoir lu ce grand livre, on se sent infiniment plus intelligent. Que l'auteur en soit chaleureusement remercié. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Hétérogène,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La marque du sacré (Broché)
Les Lumières et leurs successeurs avaient cru évacuer le sacré, en triomphant de l'emprise de la religion. Mais cette croyance était basée sur une confusion : celle du « religieux » et du « sacré ». Le monde d'aujourd'hui, en s'éloignant de la religion, ouvre toute grande la porte à un retour du sacré, là où on l'attendrait le moins. Dans la ligne de René Girard, qui a démontré comment la religion chrétienne avait opéré un renversement du sacré, telle est la thèse que J.P. Dupuy se propose d'illustrer (plus que de démontrer) dans cet ouvrage à travers un certain nombre d'exemples.
L'entreprise n'est pas tout à fait réussie. En premier lieu, la distinction entre le « sacré » et le « religieux », si elle est familière aux lecteurs de Girard, risque de ne pas être comprise par la plupart des autres. Plutôt que d'être évoquée d'une manière quelque peu elliptique, elle aurait méritée d'être explicitée d'une manière plus approfondie. Ensuite, le livre est inégal : parmi les exemples cités à l'appui de la thèse, certains sont traités de manière très brillante, mais d'autres sont moins convaincants. Quant à l'analyse du film Vertigo, on ne voit pas très bien ce qu'elle vient faire dans le propos. Enfin, si la critique des "technosciences" et de la démission de la société face à leurs développements (illustrée par l'exemple des nanotechnologies) est impressionnante (« on peut le faire donc on le fait »), l'auteur peine à proposer au dilemme des solutions autres qu'une version personnelle du très ambigu « principe de précaution ». Au final, on a l'impression d'un livre un peu trop vite écrit, peut-être fait de la compilation de notes et d'articles. Mais, en tout cas, brillant et agréable à lire. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
12 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5
Lecture difficile et décevante,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La marque du sacré (Broché)
Ce livre , dont la thèse est que le sacré existe partout mais nous ne voulons ni le voir ni le savoir, s'avère difficile et décevante à lire, pour au moins deux raisons.
Une raison de forme d'abord, l'auteur procède par allusions multiples, par ricochets successifs, et l'enquête policière se trouve en fait transformée en brouillard épais. Une raison de fond ensuite, car tout dépend de ce qui se cache derrière le terme "sacré". Au sacré révélé et reçu par les hommes, Jean-Pierre Dupuy substitue un sacré construit et utilisé par les hommes, retrouvant là une thèse classique déjà maintes fois exposées, notamment par Freud dans "Totem et tabou". Le dernier chapitre, consacré à une mise en perspective du film d'Alfred Hitchcock "Vertigo", ne m'a pas convaincu. L'auteur reconnaît d'avoir été profondément affecté par ce film, ce qui brouille son raisonnement. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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