Premier film de Claude Miller, La Meilleure façon De Marcher impose un fond et une forme.
Patrick Bouchitey dont ses apparitions au cinéma se compte sur les doigts d'une main crée un personnage étonnant, mystérieux et touchant qui donne le change, le pendant à ce que l'autre Patrick (Dewaere), dont c'est le meilleur rôle de sa carrière avec celui de Série Noire, lui propose avec tout autant d'ambiguïté et de profondeur.
C'est un film limpide qui avec ce fond coloré et faussement goguenard, va fouillé très loin les fêlures chez les êtres. Ce que l'on voit en surface, ce que l'on connaît déjà fait office de bout qui dépasse. Dessous, c'est la forêt.
Ce que n'aurait pas forcément réussi un Pedro Almodovar avec un sujet similaire (l'histoire d'un moniteur de colo s'adonnant parfois au travestissement, découvert par un autre animateur qui sur lui jette le trouble), approche les thèmes et les questionnements avec une curieuse évidence, une fraîcheur, une volonté de ne surtout pas rendre le tout plombant, arrogant ou poseur.
Claude Milleur traite d'autant de sujet et les juxtapose sans que cela soit racoleur ou douteux. L'enfance, la féminité, l'homosexualité, la fragilité, la rudesse, la manipulation, l'humiliation et la bêtise, naviguent dans la même barque et suivent un courant paisible même si finalement il se relève sinueux.
C'est un film moderne, intemporel, beau, cruel et caressant.