Extrait
Je me suis mariée très jeune et séparée très vite d'un premier mari qui ne rêvait que de pouvoir, restant seule avec un enfant sur les bras. Très vite, lui «oublia» qu'il était père et s'envola pour de nouvelles aventures. Des années plus tard, j'appris qu'il convolait à nouveau en justes noces. Et que la nouvelle élue attendait un enfant. Les années passèrent encore. Mon fils espérait en vain devant la porte d'entrée, assis sur son petit sac à dos, un week-end avec un père qui jouait les Arlésiennes et n'était plus qu'une vague image. Car ce père était devenu un homme pressé et occupé par de dérisoires combats dans l'arène politique. Le virus de la politique est une drogue dont il n'existe aucun sevrage, aucune thérapie. Le sens de la famille et l'amour filial deviennent alors un concept très abstrait. Tout comme souvent le respect des électeurs...
Un beau jour, mon fils aîné apprit accidentellement qu'il avait un demi-frère. Souvent, le destin se charge de prendre les choses en main. Au hasard d'une rue nous croisâmes ce jour-là une femme accompagnée d'un jeune adolescent d'une quinzaine d'années. Elle nous reconnut pour avoir découvert sans doute des vieilles photos jaunies dans le tiroir aux archives de son tendre époux. Les deux frères polis s'embrassèrent timidement. Nous les mères nous serrâmes la main, distantes.
Les liens de sang sont plus forts que l'on croit. Avec beaucoup de retard, les deux frères apprirent à se connaître et s'apprécièrent sous nos yeux attendris. Nous décidâmes de devenir amies, à la grande joie des garçons. Je découvris très vite que sa deuxième famille souffrait du même abandon que la nôtre. Mais là, l'affaire se compliqua.
Le héros de cette histoire peu reluisante, un jour, se manifesta. Mon fils eut la surprise et le bonheur d'être invité à déjeuner avec son fantôme de père. A la table se trouvait une jeune femme fort sympathique et mon fils se prit d'amitié pour elle. Sans hésiter il lui donna notre adresse et elle ne manqua pas de sonner bien vite à notre porte. Le temps passa, on l'apprécia et des liens d'amitié se nouèrent. Elle entreprit de réunir plus souvent le fils et son père et je lui en fus reconnaissante, jusqu'au jour où, n'y tenant plus, elle tomba dans mes bras en sanglotant. Elle m'avoua être la maîtresse de mon ex-mari depuis près de dix ans. Et depuis des années, elle attendait les preuves de son deuxième divorce qui se faisait attendre. Ainsi, comme moyen de pression, elle lui avait fermé la porte de sa chambre dans cette attente qui n'en finissait plus. Des mois durant elle ne céda pas, persuadée qu'il s'exécuterait enfin, de guerre lasse. C'était mal connaître notre Casanova.
Présentation de l'éditeur
Quinze ans après la publication de son best-seller La Putain de la République, Christine Deviers-Joncour nous offre une peinture mordante des coulisses du pouvoir, en racontant les comportements sentimentaux, amoureux et familiaux de Ces Messieurs d'en-haut. En moins de 200 pages, l'auteur nous fait en effet basculer dans un monde qu'elle connaît bien. Celui des affaires, de la politique et de cette société qui se veut si honorable. Et, on découvre l'envers du décor. Des scènes où la femme n'est plus rien... S'agit-il d'un ministre, d'un "visiteur du soir", d'un avocat prestigieux ou d'un intellectuel médiatique ? Aux lecteurs et journalistes de décrypter les informations parfois faciles à recouper dans ce témoignage, sans concession, sur la misère sentimentale et la décadence sexuelle de la haute société. Que cela plaise ou non, Christine Deviers-Joncour demeure l'une des femmes clés de notre époque dont elle continue d'incarner, malgré elle, certains des aspects les plus... sulfureux !