Il y a dans l'histoire de la littérature policière des livres qui font date, des jalons incontournables, des romans-clé sans lesquels le genre ne serait pas tout à fait ce qu'il est. "Le meurtre de Roger Ackroyd", paru en 1926, est une de ces oeuvres séminales. Ce n'est pas seulement un excellent "whodunit", c'est un livre qui bouscule les règles mêmes du "whodunit" et qui interroge de manière radicale le rapport de l'auteur au lecteur.
L'histoire? A King's Abbott, petite bourgade anglaise typique, une riche veuve, Mrs Ferrars, que la rumeur accuse d'avoir tué son mari, se suicide. Peu après, son plus proche ami, Roger Ackroyd, est retrouvé assassiné... Une affaire embrouillée à souhait qui plonge la police locale dans la plus profonde perplexité! Heureusement, un certain Hercule Poirot se trouve dans les parages et va se faire fort de résoudre ce mystère en apparence insoluble...
Bah, me direz-vous, rien de plus classique! Peut-être, mais la grande habileté de ce chef-d'oeuvre, n'est-ce pas justement qu'il part d'une trame hyper-classique pour mieux subvertir le genre? Le lecteur, en effet, se croit en terrain connu et ne voit rien venir jusqu'au sidérant coup de théâtre final qui le prend totalement au dépourvu. Moi, en tout cas, la première fois que j'ai lu ce roman, je n'y ai vu que du feu et je suis littéralement tombée des nues en découvrant le "pot aux roses"!
Et le plus beau, voyez-vous, c'est que même lorsqu'on connaît le fin mot de l'intrigue, ce livre conserve tout son intérêt car en le relisant on ne peut que savourer l'extraordinaire habileté avec laquelle Agatha Christie nous mène en bateau... Avec "Dix petits nègres" et "Le crime de l'Orient-Express", ce livre est sans conteste l'un des plus beaux joyaux de la Reine du Crime!