qu'un seul disque des années 80, je choisirais Miami du Gun Club, paru en 1982.
Il s'agit ni plus ni moins du classique définitif du groupe à Jeffrey, l'album le plus garage, le plus déglingué, sombre et hanté, dans une discographie pourtant riche en chef d'oeuvres (méconnus). Car Miami est, davantage que Fire of love et Las Vegas story, l'album qui incarne le mieux l'ame et la vie de Jeffrey lee pierce, poète neo beatnik ultra déglingué et auto-destructeur hanté par la noirceur et la mythologie du sud profond des Etats-Unis, les precheurs fous, les putes, les psychopathes, les trains, les deserts, les marais, le whisky etc.. Le style ? en prenant un raccourci, il s'agit d'un blues-country punk évoquant des paysages assechés,desertiques, au milieu desquels Jeffrey invoque, preche et expulse ses souffrances comme si sa vie en dépendait. Je ne sais que citer, du chef d'oeuvre ouvrant l'album, "carry home", une des 5 meilleurs chansons du Gun Club, une mélancolie rare, authentique et poignante. A la difference de Fire of love, c'est plus la country que le blues qui est à l'honneur dans Miami; mais une country abrasive, punk, toujours sombre et désolée : like calling up thunder, l'ovni gospel-punk "brother and sister", a devil in the woods, texas serenade, bad indian, sleeping in blood city, et surtout celle qui referme l'album, ce chef d'oeuvre absolu de country délavée et mélancolique : Mother Of Earth. Le genre de chanson immemoriale dont on pensait seuls Johnny Cash ou Townes Van Zandt capables. Car Jeffrey était un poète, un troubadour américain de leur envergure.
Deux reprises, une de Jody Reynolds et une de Creedence, qui comme l'a dit un internaute précedemment, transcende l'original en y ajoutant davantage de noirceur, en collant plus à l'esprit originel du roman de Joseph Conrad, ainsi que Watermelon man, longue transe lancinante où Jeffrey semble se transformer en shaman invoquant la pluie pour laver ses blessures.
Cet album est un grand classique oublié du rock. Pas le plus facile du groupe, mais certainement celui dont on se lasse le moins sur la durée..
Eternel.