Le Général Pierre-Marie Gallois, sur le site Les manants du Roi, propose une intelligente et exhaustive critique de ce condensé d'aveuglement sectaire qu'est "Ce monde qui vient".
En voici un extrait :
"A la page 11 on y lit : «Les Etats-Unis se métamorphosent... ils deviennent le seul "pays- monde"... ils établissent un laboratoire où se concoctent les valeurs collectives de demain».
C'est assurément le monde d'hier pas « celui qui vient ». C'est la zone Asie-Pacifique qui prend le relais de la civilisation atlantique dominée hier par les Etats-Unis.
... «avec un formidable adjuvant à la croissance économique. La garantie d'une augmentation régulière de la demande».
C'est plutôt l'Asie-Pacifique qui garantit une augmentation régulière de la demande. La Chine en particulier avec sa boulimie de production.
«Ce sera un pays multiculturel porté par le tonus des Hispaniques».
Tonus hispanique ? Il ne s'est guère manifesté en Amérique latine, pas davantage dans les Caraïbes (Cuba par exemple).
A la page 29 une affirmation laisse perplexe : «A peine le communisme disparu Washington a réduit la voilure de sa présence militaire».
Il n'en est rien, au contraire. Washington a plutôt augmenté la voilure de sa présence militaire (Irak, Afghanistan, Somalie, Kirghizistan) et en Europe aux pays Baltes, Roumanie, Bulgarie, Albanie, Georgie, Pologne... C'est l'URSS qui a réduit la voilure avec le démantèlement du Pacte de Varsovie alors que l'OTAN passait de 15 à plus de 20 nations membres.
«Les Etats-Unis n'ont ni l'argent nécessaire (à vouloir être un empire) ni une armée adaptée, ni l'expérience requise».
Fort discutable. L'argent (planche à billet) ne leur manque pas. Ils financent un gigantesque budget militaire (520 milliards, non compris les dépenses d'Irak et d'Afghanistan.
«Tout concourt à faire de l'outil militaire US un des moins impériaux imaginables.»
L'OTAN, bras armé des Etats-Unis, démontre le contraire. L'organisation atlantique impose partout ses matériels en invoquant l'interopérabilité en Europe aussi bien qu'au Moyen-Orient et au Japon.
A la page 33, on peut lire une prévision démentie par les faits : «L'onde de choc du 11 septembre favorisera le repli sur soi » (celui des Etats-Unis).
Au contraire, les événements du 11 septembre ont incité les Etats-Unis à mobiliser la «communauté internationale» pour lutter contre le terrorisme. Loin d'être un «repli» ce fut une forme d'expansion, les Etats-Unis dirigeant les opérations.
... «laissant dépérir une OTAN traditionnelle sans vocation ni projet» (page 33).
L'OTAN est loin de dépérir, et en son nom les Etats-Unis poursuivent l'exécution de nombreux projets dont, par exemple, le «bouclier anti missiles» visant officiellement l'Iran et ses capacités balistiques futures.
«Une Amérique d'autant plus isolationniste qu'elle se satisfait d'être, à elle seule, le syncrétisme du monde».
La lutte contre le terrorisme a, au contraire, tourné les Etats-Unis vers l'extérieur, conscient qu'ils étaient, que des alliés leur étaient indispensables pour combattre le terrorisme.
«Le dollar et l'euro seront solidaires face à l'émergence de nouvelles monnaies asiatiques».
Jusqu'à maintenant (automne 2008) il n'en a rien été. La chute du dollar et la hausse de l'euro qui en est résulté ont servi les exportations américaines et pénalisé celles des pays ayant adopté l'euro.
«L'Europe se constitue plus rapidement sous la forme d'une opinion publique commune que d'institutions régaliennes.»
Il semble que ce soit l'inverse et, que l'opinion publique est de plus en plus partagée. (pro américaine à l'est surtout). Et ce sont les Institutions de Bruxelles répartissant la manne communautaire qui suscitent un intérêt pour une Union européenne dont les membres affichent, par ailleurs, des politiques nationales différentes.
Le lecteur ne laisse pas d'être gêné par la contradiction.
Notre auteur souscrit à la construction européenne. Page 102 de son livre il écrit :
«Le jeu à quatre : gouvernements, Parlement européen, Commission, Cour de justice européenne, n'offre-t-il pas un modèle plus adapté à un monde moderne dominé par les forces du marché, l'opinion publique et les règles de droit ?»
Ce serait plutôt un « jeu à quatre » qui se révèle incapable de tempérer socialement les lois du marché et qui ne peut avoir les mêmes vues sur l'économie, la politique étrangère, la défense d'où une bien mauvaise adaptation aux exigences du monde contemporain, à commencer par un marasme économique et une faible croissance.
«Son moment de faiblesse disparue l'Allemagne sera-t-elle aussi fraternelle et aussi solidaire à notre égard ?» se demande, assez bizarrement A. Minc (page 104).
Bien curieuse fraternité après Bismark, Guillaume II et Hitler que de mettre les Balkans à feu et à sang, d'imposer un mark fort, d'où un franc fort, de s'emparer d'Airbus, de militer pour l'émiettement de la France en favorisant les émancipations régionales, que de rejeter systématiquement les propositions françaises : union méditerranéenne, plan financier de sauvetage du système bancaire etc.. etc..
N'empêche, p. 122 notre auteur persiste : «l'admirable invention que demeure l'Europe ». A condition que s'évanouissent les Etats et que la France devienne une province et que les Français perdent leur souveraineté....
«Protégés par la masse critique que représente l'euro, les Européens du continent ont... la mémoire courte, tenant pour acquit ce qui relève d'une admirable construction politique».
Protégés ? Ce serait plutôt victimes qu'il faudrait dire. Cette «admirable construction politique » révèle quotidiennement ses lacunes, la zone euro étant devenue une zone de « croissance molle» pour ne pas dire plus.
«Si nous voulons peser sur les affaires du monde ce ne peut être qu'en nous projetant à travers l'Union européenne».
Encore une affirmation démentie par les faits... M. J. Solana pèse-t-il sur les affaires du monde ? A travers l'Union européenne, depuis une dizaine d'années Paris n'a pas réussi à avoir le droit de réduire la TVA de ses restaurateurs. Alors, les affaires du monde !!!