Au-delà de l'ambiance d'hiver russe, les odeurs et le charme de l'éternelle Russie, c'est une nouvelle philosophique , religieuse et universelle que nous offre Léon Tolstoï.
C'est une course, la nuit, sous la neige, de deux hommes, une course qui symbolise la vie, celle qu'on croit tenir et qu'on a déjà perdu.
Tout le long de la lecture, j'entendais Goethe ; Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Le mort entrera dans la vie éternelle en se dépossédant de ce qu'il est, au point de ne plus se comprendre tel qu'il fut .
C'est une démarche solitaire et silencieuse. Il lutte avec le froid, avec sa propre peur . Son compagnon semble dormir et le cheval a fui.
Alors, en paix avec lui-même, il s'allonge: « Je viens, Je viens », crie tout son être plein d'une allégresse attendrie .
Cela m'a fait penser à la fin de Saint Julien l'hospitalier (Flaubert).
On sait qu'à l'époque où Léon Tolstoï écrivit ce roman, il s'était converti du fond du coeur au Christ. Difficile de ne pas y voir un enseignement de Saint Paul, lorsque Le Maître prend la place du serviteur. C'est alors que le maître se faisant serviteur devient l'image de l'unique Maître. Quoi de plus chrétien ?
Cette nouvelle comme la précédente La mort d'Ivan Illitch m'interroge sur mon attitude au moment de mourir.
Aurai-je peur, comme Mère Marie du Dialogue des Carmélites (Bernanos) ou Ivan Illitch, qui passe 3 jours à hurler, refusant de quitter ce monde, ou bien m'abandonnerai-je à la douceur paternelle de Dieu ?