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Il y a des souvenirs de jeunesse qui longtemps restent imprimés entre les parois de la mémoire, des souvenirs qui traversent la vie, baignant dans une aura particulière. Michele Amitrano a passé sa jeunesse dans le Sud italien, à Acqua Traverse, un tout petit hameau. Ses journées se partagent entre les repas de famille et les sorties avec ses camarades en culottes courtes des maisons alentour. Des jeux improvisés dans la campagne, des parties de football, des virées par monts et par vaux, sous la houlette de Rackam, le chef de bande, petit saligaud, imposant des gages tordus et pervers. C'est précisément à l'occasion d'un gage périlleux que Michele fera l'une des rencontres les plus surprenantes et inquiétantes de sa vie, celle d'un enfant enchaîné, tapi dans un trou, dans une maison abandonnée. Livre du souvenir, livre de l'enfance,
Je n'ai pas peur est un texte réjouissant, tenant à la fois du genre policier et du récit initiatique. Aux tableaux successifs qui remplissent le quotidien d'une famille modeste italienne, Niccolo Ammaniti ajoute une sensibilité nostalgique ensoleillée, sans jamais tomber dans le pittoresque. Pas de grands effets, mais plutôt une simplicité à l'image de la vie dans le Sud, rehaussée par un lyrisme rocailleux, proche de celui qu'on trouve dans
Les Terres froides d'Yves Bichet.
--Céline Darner
--Ce texte fait référence à l'édition
Broché
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A 35 ans, Niccolo Ammaniti tient avec bonheur le rôle envié de jeune prodige de la littérature italienne : il a été lune des figures des «Cannibales», un mouvement éphémère qui entendait bousculer les auteurs italiens jugés cucul la praline, et a reçu le prix Viareggio. Cest la première fois quun auteur de cet âge est ainsi adoubé.
Je nai pas peur était à lorigine un scénario, et sil est devenu un roman, il ressemble plus à un conte quà un projet de film.
Trouver la trace dune écriture outrancière, scandaleuse et violente, y déceler une intrigue tordue et un style révolutionnaire nest pas facile : lex-jeune auteur scandaleux nest pas comparable aux néo-punks anglais comme Irvine Welsh. Cest plus propre, plus laqué, bref, plus classique que ça. Niccolo a beau situer laction au milieu des Pouilles, lors de lannée la plus chaude du siècle, il propose davantage un portrait de gosse sur un tableau de famille quune étude de murs. La peinture du bled perdu, Acqua Traverse, ne voile pas une dénonciation des archaïsmes, mais cest autour de la fin de lenfance, de sa prétendue naïveté que travaille ce fils de psychanalyste. Les enfants jouent, mais simposent des rites érotiques et cruels, les adultes tentent dinstaurer un modèle de vie, mais dévient dans le violent et le sordide pour quelques sous. Les figures parentales sont salies puis ravivées, adorées puis détestées - sans doute est-ce là un signe de pré-adolescence. Au milieu du folklore campagnard, la monstruosité dun acte barbare met lenfant face à la duplicité humaine. Sentimental mais jamais niais, oppressant comme un polar et intriguant comme un conte, on pourrait applaudir ce tour de force littéraire en résumant sa question centrale : faut-il essayer de vivre mieux en allant exactement dans la direction où lon ne devrait pas aller ? --
Luc Biecq
--Ce texte fait référence à l'édition
Broché
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