J'ai beaucoup aimé ce livre, car il dit beaucoup de choses. La honte de l'esclavage, des trafics de la Compagnie des Indes, le déshonneur du capitaine qui s'entête, une erreur de cartographie, le drame et la survie avec une touche d'humanité, de solidarité, et la honte, l'abandon des Malgaches sur l'ile hostile, le combat de Castellan contre un gouverneur pourri et une administration qui ne veut rien savoir. Bien sûr, Irène Frain s'est glissée dans la perspective des marins de France et non dans celle des esclaves, ou si peu. Elle produit de très belles pages : l'originalité de l'anectode qui prélude au roman, le récit du naufrage, les personnages principaux (Castellan, le Chirurgien de bord, Kéraudic...). Le récit n'est jamais ennuyeux et permet de prendre connaissance de faits historiques qui ont été occultés. Le personnage de Castellan m'a captivée : ses qualités de marin, son extraordinaire sang-froid au moment du naufrage, mais aussi plus tard son omniprésence et son désir obsessionnel de tout maîtriser lors de la construction de la prame, et enfin cette tristesse qui restera en lui jusqu'à la fin de ses jours. Les évocations de Lorient, de Plougasnou... mais aussi l'attrait des Bretons pour les îles, l'évocation de l'Océan Indien, tout ce qui est marine, tout ceci m'a plu (Bretonne, très modeste navigatrice à une époque). J'aime bien lr style, la richesse du vocabulaire. Mais, évidemment, Irène Frain n'a évoqué, à mon sens, les Malgaches que secondairement, et notamment ces chansons malgaches que marins et esclaves, compagnons d'infortune chantent ensemble... Tout de même, c'est un livre à lire pour l'Histoire, pour la découverte sous cet angle funeste de la présence française voire bretonne historiquement dans l'Océan Indien, et en général pour tout ce qui est marin. Et last but not least, pour le patient et intéressant travail en amont de Max Guérout.