Dans ce récit Eric de Rosny devient initiateur alors que dans « les yeux de ma chèvre » il faisait remarquer l'incomplétude de sa propre initiation. Tout autant sommes-nous surpris de le voir devenu guérisseur alors qu'il en avait exclu la perspective avant que lui soient ouverts les yeux. Ce passage en force qui contraint les évènements nous paraît risqué et laisse une impression négative qu'accentue une tendance à s'afficher un peu trop facilement dans les média. Il est sur l'ensemble de ces éléments probable qu'en se distançant de son sujet et en adoptant finalement une position d'observateur chrétien, il amoindrisse la profondeur de son investissement et même de son adhésion à une croyance et une culture qu'il y a peu était tout simplement hérétique. Mais de toute façon nos avis se fondent sur de simples supputations nées de l'ambiguïté même d'une situation qui oblige son auteur à ménager sans cesse la chèvre et le chou.
En revanche, tout comme dans les yeux de ma chèvre, ce récit ouvre -sans doute contre son intention même- un autre regard sur le christianisme. Scandé comme une litanie, l'auteur n'a de cesse de nous rappeler que le sacrifice de Jésus Christ rendit désormais inutile la mise à mort d'un animal dans tous les rites qui jusqu'à lors l'exigeaient. L'air de rien c'est reconnaître la valeur du sacrifice tout autant que des rituels qui l'imposent. On est loin de l'obscurantisme et du barbarisme du paganisme dont Jésus devient en quelque sorte le rédempteur.
Alors on sent bien toute acculturation que les grandes religions ont infligée aux traditions, en relayant en particulier le sacrifice au rang d'une pratique archaïque et superstitieuse, fermant pour longtemps toute véritable approche se son sens mystique, de sa valeur symbolique et de son contenu ésotérique. En d'autres termes on réalise encore une fois toute la présence des croyances païennes absorbées par le christianisme pour les occulter, les anesthésier, parfois à raison, et qui resurgissent partout est toujours vivaces et menaçantes. Alors si nous ne mettons pas en doute la sincérité de la démarche d'Eric de Rony, nous craignons bien que l'attitude conciliante de l'église à son égard ne soit moins la conséquence d'une sincère repentance que d'une nouvelle approche stratégique dans la conquête d'un marché du religieux extrêmement concurrentiel.
Voilà en tous cas de quoi rendre une lecture attrayante, et un commentaire qui vaut ce qu'il vaut mais à la mérite au moins de rendre hommage à l'auteur et à sa démarche qui reste originale et respectable.