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22 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Do you believe in Magic?, 5 octobre 2007
Magic est tout sauf rock.
C'est de la pop, de la vraie, de la bonne en plus. Attention, les guitares sont partout, mais elles ne mordent pas, pas plus qu'elles n'aboient.
Ce qui se dégage d'abord de cet album dès les premières écoutes, c'est son côté homogène.
La ligne directrice est clairement identifiable, l'album est un bloc harmonieux, dans lequel, chose rare, il n'y a rien à jeter, absolument rien. Ce coup-ci, pas de morceau catastrophique comme Let's be friends : Skin to Skin (The Rising) qui vient saloper tout l'ensemble et qui donne furieusement envie de zapper. Tous les titres s'enchaînent avec une aisance unique.
Certains diront que rien ne se détache.
C'est vrai. En tout cas pour les premières écoutes. Mais malheur à ceux qui portent un jugement hâtif et péremptoire sur Magic : la première impression (sensée être toujours la bonne...), est trompeuse : tant la difficulté est grande à différencier "You'll be coming down" de "Livin' in the future", "Your own worst enemy" de "I'll work your love", "Gypsy Biker" de "Girls in their summer clothes" et "Last to die" de "Long walk home"...
Le tout, avec un fort sentiment de déjà entendu quelque part mais on ne sait plus trop où...
Oui, mais reste cette envie irrésistible de remettre l'album.
S'il faut du temps pour être surpris par Magic le jeu en vaut largement la chandelle. Magic prend de l'ampleur au fur et à mesure qu'on le réécoute. Chaque écoute enrichie la précédente d'un détail auquel on n'avait pas accroché, plus on se nourri de Magic, moins on en est rassasié. Là où on entendait d'abord de la facilité, la légèreté prend place, pas de simplicité, au contraire, l'album ne cesse de jouer la carte de cette dualité : apparence légère, profondeur âpre.
Magic, c'est un savant mélange de tout ce que Springsteen a fait jusqu'à présent.
Les grincheux diront qu'on a déjà ça entendu mille fois chez Bruce. Magic a avant tout réussi le pari de sonner totalement nouveau tout en tutoyant une bonne partie de la discographie du Boss. Springsteen évite à la fois la redite, la copie, la parodie, la comparaison avec son histoire et son mythe ... tout en ne cessant d'éveiller le souvenir de ses productions passées. Impossible qu'une chanson de cet album n'éveille pas chez l'auditeur une ambiance, une atmosphère, un parfum oublié.
Les clins d'aeil sont légion : "Tenth Avenue freeze out" , "Thunder Road" , "Open all night", "Hungry Heart", "Sherry Darling", "Cover Me", "Land of hope and dreams", "Paradise", "Waitin' on a sunny day", "Long time comin'"... Springsteen fait du Springsteen bien mieux que tous ceux qui s'y sont essayé. Certains morceaux donnent l'impression d'avoir été écrits il y a 25-30 ans (c'est peut-être le cas) sans pour autant dépareiller avec le reste de l'album.
Springsteen a toujours été plus ou moins fâché avec le studio.
Mais là, mais c'est bon ! L'organisation des morceaux arrive à la fois à être originale (pour Springsteen tout du moins) et à passer inaperçue. Les harmonies, les voix doublées, les échos, les enrichissements, les breaks, les choeurs, les chutes, les changements de rythmes, les montées harmoniques... C'est tout sauf orthodoxe, c'est chiadé, c'est propre, ça retombe sur ses pattes. C'est suffisamment rare dans les productions du monsieur pour le souligner. Le son est très clair, direct, net, brut.
Le travail sur les voix est remarquable.
On n'entend ni sa femme, Patti, ni son pote Steve, deux nasillards en moins (ouf). Et la voix de Springsteen, alors ? Simple, il se contente de chanter : posé, doux, moins tendu, moins tiraillé... Ce coup-ci, pas d'effet surfait à la Devils & Dust, Springsteen ne joue pas avec sa voix, c'est la voix de Springsteen qui joue.
Mais le lyrisme, le romantisme, la poésie n'ont pas été sacrifié pour autant.
Les mélodies sont accrocheuses, l'ambiance est estivale. La fraîcheur d'une brise d'été, la légèreté d'un acidulé fondant dans la bouche. C'est plaisant, sucré, digeste. La sémantique employée, les thèmes abordés, les tons employés n'ont jamais été aussi variés.
Tout est à double tranchant.
Le petit côté easy-listening pop sans prétention peut inviter l'auditeur à ne pas se plonger dans les textes, ou à simplement les prendre au premier degré. Ce serait bien dommage. Les grands renforts de la, la, la ; na, na, na et laï, laï, laï sont encore un tour de passe-passe. Parce que derrière les airs légers, se cachent des textes beaucoup plus engagés qu'ils n'y paraissent. Paroles ironiques, sardoniques, presque méphistophéliques parfois.
C'est un vrai changement dans le songwriting de Springsteen.
Parce que jusqu'ici, on le connaissait surtout pour ses qualités de storyteller, domaine où il excellait dans sa capacité à raconter une histoire à la première personne sans jugement de valeur. Mais là, Springsteen fait dans le mystique, l'allégoriste. C'est f(i)lou, parce qu'aucun de ses textes n'est relié explicitement à un événement précis, ce n'est pas American Skin : 41 Shots , où le Boss dénonçait les violences policières en racontant un tragique fait divers par la voix de la mère de la victime, ni Born in the USA où Springsteen se mettait à la place d'un vétéran du Vietnam de retour au pays souffrant du manque de reconnaissance de ses compatriotes...
Tout est laissé à l'interprétation de l'auditeur et permet plusieurs niveaux d'écoutes (de lectures), c'est évidement l'actualité riche en drames qui permet de saisir les rapprochements et de voir dans "The last to die" ou "Livin' in the future" ou même dans "Gypsy Biker" des dénonciations de la guerre, de l'incompétence des politiques à prévenir et maîtriser une catastrophe écologique, des appréciations sur la situation de l'Amérique et du monde actuel. Même si on connaît la façon dont Springsteen a l'habitude d'écrire, ici, chaque chanson d'apparence gentillette devient suspecte.
« It's a kind of Magic » moi je vous le dis.
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