Deux très beaux volumes, offrant le somptueux papier, reliure, typographie, sensualité, de la Pléïade. On aime, par ailleurs, découvrir les autres oeuvres, notamment les premières. Ceci dit, l'appareil critique est décevant, et l'on regrette l'absence de notes qui éclaireraient, pour ceux qui ne connaissent pas, l'ambiance tchèque d'avant pendant et après le printemps de Prague. Le semblant d'introduction ou l'histoire de l'oeuvre est un peu bavarde. Je sais bien que c'était la volonté de l'auteur, apparemment très chatouilleux sur ses petits secrets de fabrication, mais le risque est de sombrer dans le travers valéryen ("mes vers ont le sens qu'on leur prête") et d'offrir une oeuvre tellement ouverte, béante, à tous les vents, qu'on peut lui faire dire tout et n'importe quoi. Ce n'est pas la faute de Gallimard (quoique...) mais si l'oeuvre n'est pas un objet d'érudition, c'est qu'il est de consommation courante, ce qui, d'évidence, n'est pas le cas. Kundera se trompe, comme s'était trompé Victor Hugo avec son édition "Ne varietur". Un beau texte, comme une belle femme, gagne à être habillé quand il est en public.