Mon tout premier album de Peter Hammill, que j'avais acheté en grande partie à cause de la pochette, stupéfiante, expressionniste, où PH semble cloué au mur, cible vivante, comme victime d'on ne sait trop quelle obscure menace...
J'aurais pu tomber plus mal. En effet, "pH7" (1979) est l'un de ses albums les plus intéressants; c'est d'ailleurs resté mon préféré avec "Fireships" (1992). Si ce dernier appartient plutôt au style "calm" (par opposition au style "loud", les deux catégories dans lesquelles PH lui-même range un grand nombre de ses oeuvres), "pH7" combine plutôt les deux états, les deux atmosphères.
Comme Peter Gabriel avec lequel il a d'ailleurs collaboré, Peter Hammill est issu d'un grand groupe des années 70, le mythique Van Der Graaf Generator, dont il s'est, comme PG, finalement émancipé pour entamer en solo une oeuvre beaucoup plus personnelle, introspective, voire expérimentale (même s'il a récemment, en compagnie de quelques uns de ses anciens acolytes, redonné vie à son ancien groupe, tout en poursuivant sa passionnante et très prolifique carrière solo); une oeuvre qui compte plus d'une trentaine d'albums à ce jour, d'une incroyable richesse, d'une grande originalité et d'une rare intensité, tant musicale qu'au niveau des textes. Textes comme ici à la grande conscience politique et humaniste, et d'un esprit critique à toute épreuve : les politiques et leur soif de pouvoir ("The Old School Tie"), le handicap que l'on préfère ne pas voir ("Handicap And Equality"), la mort prématurée ("Not For Keith"), la folie d'armes de destruction massive toujours plus vicieuses et dévastatrices ("Porton Down"), le sombre devenir d'une espèce humaine vouée à l'uniformisation voire à la disparition pure et simple ("Mister X" et "Faculty X").
Comme souvent avec les albums de PH, la voix est enregistrée un peu en avant, et l'instrumentation relativement dépouillée dans l'ensemble; essentiellement guitare acoustique ou piano, et guitare électrique quand le message se veut plus rageur, sans oublier la section rythmique. (Plus tard, les synthétiseurs occuperont une place beaucoup plus importante, comme dans "Fireships" ou "The Fall Of The House Of Usher/Reconstructed", mais l'artiste alternera ensuite les différentes options suivant les albums). Vers la fin du disque, la musique prends de l'ampleur et fait intervenir cette fois-ci saxophone, bruitages et stridences électroniques.
Une des plus grandes grandes réussites d'un musicien, compositeur et poète de génie (voir son recueil de nouvelles "Killers, Angels, Refugees"), autodidacte et passionné, qui sort avec une régularité de métronome un album par an sans jamais se répéter et qui fait l'admiration de plusieurs de ses pairs dont Peter Gabriel et David Bowie, autres grands créateurs de la musique rock, qualificatif d'ailleurs bien trop réducteur pour ces génies de la musique.