Tourné à Barcelone et sorti en 1978, ce suspense écrit par Jean-Claude Carrière distille une très efficace atmosphère de paranoïa... Le taiseux Lino Ventura, monolitique, tirant la gueule du début à la fin, arborant une fière bedaine, se retrouve ici bien malgré lui au coeur d'un complot dont les tenants et aboutissants demeurent obstinément obscurs. Autour de lui, on retrouve avec plaisir l'excellent Jean Bouise (
Le Grand Bleu) en psychiatre moustachu et trouble, la Pasolinienne Laura Betti, la jolie Nicole Garcia et la non moins charmante Claudine Auger (James Bond girl au cours de la décennie précédente, et qui allait apparaitre peu après dans l'indescriptible PANIQUE AU CASINO de Max H. Boulois, aux côtés de Peter Cushing). Le film est très silencieux dans l'ensemble, la musique de Claude Bolling étant utilisée avec une parcimonie très heureuse; les rues ensoleillées et les bâtiments imposants de Barcelone créent, paradoxalement peut-être, un sentiment d'inquiétude chez le spectateur qui s'identifie immédiatement à ce personnage d'homme dépassé par les événements. Un rôle parfait pour Ventura, alors au sommet de sa popularité et tête d'affiche de films énergiques, qui s'éloigne pour le coup un peu de ses habituelles prestations d'homme fort à qui rien ne résiste. Ramolli, presque hagard, incapable de contrôler ou d'infléchir le cours des événements, il est le jouet d'un complot nébuleux et d'autant plus mystérieux qu'il semble être le seul à en connaitre l'existence. Tout le monde, de la police aux plus hautes sphères, s'échine à nier l'évidence... Notre homme aurait-il perdu la boule? Le film est ainsi une occasion rare de voir l'ancien catcheur déambuler en pyjama rayé dans les couloirs d'un asile... A la même époque, Lino tournera le curieux
La grande menace en Angleterre avec Richard Burton, qui versera cette fois ouvertement dans le fantastique et le film-catastrophe. UN PAPILLON SUR L'EPAULE baigne dans un climat à la fois réaliste et onirique, entre le
Don't Look Now de Nicholas Roeg et le
Conversation Secrète de Coppola, toutes proportions gardées. Ambiance mortifère, personnages suspects, actions dérisoires de notre héros... En émane un parfum délicieusement seventies et constitue un vrai plaisir de visionnage. Un carton final nous incite à penser qu'il s'agit d'une histoire vraie... Aucun bonus, une constante avec cette collection Gaumont, constituée de titres rares du patrimoine, n'ayant fait l'objet d'aucune remastérisation des bandes. L'image et le son sont toutefois tout à fait corrects.