Certains disent que le comble de l'horreur, c'est qu'on frappe à votre porte par une nuit d'orage et lorsque vous ouvrez, vous vous trouvez face à un clown au maquillage dégoulinant, qui ne dit rien, qui vous regarde fixement et son visage n'exprime absolument rien. Sans aller jusque là, imaginez rencontrer un tueur professionnel en série (c'est à dire un tueur professionnel qui fait du zèle) à qui ça ne fait ni chaud ni froid un de plus ou un de moins, d'autant plus que vous êtes en rase campagne et qu'il n'y a personne en vue. Et imaginez que vous lui dites « je me demande s'il va pleuvoir ». Et quand il tourne la tête lentement vers vous, disons que vous ajoutez « pas vous ? » Lisez ce livre et vous allez voir que vous êtes mal barré.
Vous allez aussi rencontrer le sheriff Bell qui pose des questions intéressantes, lui, même s'il ne répond à aucune. Par exemple que probablement tous les hommes âgés (les plus sensés) se disent un jour où l'autre que le monde est devenu pire que celui de leur jeunesse, que tout va s'effondrer et que ça ne va pas être un si grand malheur de mourir si c'est pour voir ça. Et ces mêmes hommes sensés (les plus âgés) se douteront bien que de tous temps, les hommes comme eux se sont dit ça, que c'est eux qui ont vieilli, que le monde n'est pas pire et que s'ils étaient jeunes, ils s'en accommoderaient comme ils se sont accommodés du monde de leur jeunesse qui n'était pas si rose. N'empêche, qu'est-ce qui nous assure que ces hommes âgés et sensés n'ont pas raison cette fois ? Allez voir ce qu'en pense Cormac McCarthy, c'est écrit très juste et ça vous évitera d'aller voir le film en salle et de supporter des ados bouffeurs de pop-corn, roteurs de sodas et dérangeurs de rangée au milieu du film (faut que j'aille aux wécé).
Il y a aussi Moss dans le bouquin. Il ouvre une sacoche et il voit toute sa vie à l'intérieur. Il prend cher pour ça.