Passons d'abord sur cet artifice éculé du cahier "reçu" et édité après son passage devant un comité de lecture ! Comme Oyono avant lui, dans son roman "une vie de boy", l'auteur a peut-être tenté, par le biais de cet artifice, de renforcer l'autonomie de son personnage principal en s'en éloignant... Concernant ce "cahier-roman", on pourrait aussi se demander comment il a pu être conçu directement sous cette forme non linéaire et ce jusqu'au dernier moment !
C'est donc Hortense qui est l'auteur de ce cahier. Hortense, viétongolaise nordiste mariée à un sudiste, se retrouve plongée dans un conflit tribal qui renaît dans son pays sur la base d'un antagonisme profond entre nordistes minoritaires et sudistes majoritaires. Si ce Viétongo dont il est question ici ressemble comme deux gouttes d'eau au Congo, le conflit, quant à lui, peut faire penser à beaucoup d'autres conflits africains plus ou moins récents comme ceux du Congo, de R.d.C, du Biafra ou même du Rwanda... Les chefs de guerre, les milices, la seule loi du plus fort et du mieux armé et toujours le même racisme meurtrier, la même sauvagerie animale, la même inhumanité.
Ce qui surprend d'abord dans ce livre c'est que les personnages principaux sont majoritairement féminins, et que ces derniers sont pratiquement les seuls qui soient actifs et positifs : Hortense, Christiane, l'amie d'Hortense, qui est une fille du sud mariée à un nordiste, Mam'Soko, la vieille d'un autre temps qui accueille Hortense et sa fille à Louboulou lors de leur fuite vers le nord et même cette mère anonyme à qui on arrache son bébé pour le "piler". Par opposition, mis à part Gaston, le mari de Christiane, les personnages masculins sont d'une veulerie extrême comme Kimbembé, le mari d'Hortense. Ce choix manichéen paraît pour le moins un peu forcé !
Le sujet du livre est donc très fort. Malheureusement l'auteur n'arrive pas à se faire oublier... d'ailleurs on peut se demander s'il le veut vraiment ! Même si "le taux d'alphabétisation (du Viétongo) est l'un des plus élevés d'Afrique francophone" il est difficile de ne pas voir poindre l'auteur qui se profile derrière Hortense quand elle utilise le passé simple ou alors quand elle nous fait faire du tourisme dans la capitale, quand elle nous parle des bars, de la bière glaçée, de la "Sape", de la musique congolaise et de la musique cubaine et surtout quand elle parle de littérature française... Ce dernier point est même porteur d'un certain humour (involontaire ?) quand elle fait parler le mari de son amie Christiane qui dit qu'on ne devient pas écrivain "parce qu'on avait lu des livres" ou bien "qu'à défaut de talent, il faut avoir la modestie de lire les autres". Tout ceci fait un peu "remplissage hors-sujet" et entame sérieusement la crédibilité du récit.
Oui c'est un livre intelligent et très bien construit, surtout si on le compare par exemple à "Black bazar", mais l'auteur ne semble pas s'y sentir autant à l'aise. D'un autre côté on ne peut s'empêcher de faire des parallèles avec d'autres livres qui abordent des sujets similaires... L'impact de ce livre s'estompe très vite ! par manque d'âme ?