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4.0 étoiles sur 5
Théorie du Pouvoir, 24 juillet 2006
Bertrand de Jouvenel analyse l'origine et les formes du pouvoir politique. En gros, son idée directrice est que le Pouvoir (le Minotaure) a une tendance naturelle à accroître sa puissance à mesure que le pouvoir passe d'une aristocratie à une démocratie, et que la démocratie est une forme totalitaire de gouvernement qui finit par menacer les libertés (libertés qui étaient autrefois garanties par l'aristocratie). J'y ai vu, peut-être à tort, une critique mi-libérale mi-aristocratique du jacobinisme et de l'Etat-Providence, que je ne trouve pas très convaincante. Ce livre a l'inconvénient d'avoir été écrit un peu "à chaud" dans la mesure ou l'auteur le rédige dans les années 1943-1944, à l'apogée du nazisme. La critique de la démocratie, clairement dirigée contre Weimar qui a permis Hitler, ne me paraît pas vraiment fondée. On ne peut pas condamner la démocratie sur la base des ses dysfonctionnement. Certaines critiques sont très pertinentes, comme la nécessité d'avoir une référence absolue, au-dessus des lois. Elle a d'ailleurs été prise en compte en France dans le Préambule de la Constitution et par la création du Conseil Constitutionnel, et en Europe dans l'institution de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Malgré tout, c'est vraiment un livre de bonne foi, et on trouve des idées géniales et des analyses originales dans chaque chapitre. La lecture est cependant un peu aride car le discours reste très théorique. Les exemples historiques sont mentionnés en passant, tant pis pour le lecteur qui ne connaît pas son histoire constitutionnelle sur le bout des doigts. Bien sûr, les citations latines ne sont pas traduites (les grecques le sont parfois, heureusement !). Certains arguments me paraissent faibles : par exemple l'auteur mentionne la taille des armées au cours du temps comme signe que le Pouvoir accroît sa puissance. En réalité ce sont les progrès de l'économie et de la logistique qui permettent de mettre en campagne des armées plus nombreuses. Bref, un livre pas vraiment indispensable à mon avis, mais plein d'idées et de réflexions intéressantes.
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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un chef-d'oeuvre de la science politque, 27 août 2001
Par Un client
De Jouvenel écrit dans "Du pouvoir" que les grands penseurs sont comme des oasis auxquelles s'arrêter reconnaissants : on sent bien qu'il s'y inclut implicitement. Mais il a raison de le faire. "Du pouvoir" reste à aujourd'hui l'étude probablement la plus complète sur la transformation et l'extension du pouvoir que la "société" dans son ensemble exerce sur chacun de ses membres. Déjouant préjudices et vérités préconçues, De Jouvenel, assisté par une culture phénoménale, retrace l'historique de la domination de certains hommes ("ils") sur les autres et la façon dont ces seconds finissent par devoir céder jusqu'au contrôle de leurs vies, de leurs héritages, de leurs familles. On se surprend à apprécier la valeur unique de l'ouvrage tout spécialement dans une époque, comme celle contemporaine, où, sous le couvert du mot magique "mondialisation", ce n'est en réalité qu'une expansion de plus du pouvoir qui est en train de se réaliser, confirmant les craintes de De Jouvenel lui-même et encore plus celles de son illustre prédécesseur, Alexis de Tocqueville. Celui-ci écrivait à propos du futur, il y a plus de cent cinquante ans : "Je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs. Au-dessus d'eux...". Lire aujourd'hui "Du pouvoir" ne permet pas d'éviter cette nouvelle forme de servitude: mais de faire de la lumière sur ses causes, oui. C'est déjà beaucoup...
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Méditation profonde sur le Pouvoir, 20 août 2006
L'idée de base de de Jouvenel est que le pouvoir corrompt: 'Que le Pouvoir puisse se détacher en quelque sorte de la Société pour se situer au-dessus d'elle comme un corps distinct et oppresseur.'
Ce pouvoir peut être accaparé par un groupe (une oligarchie, une aristocratie parlementaire) ou par une personne (tyran, dictateur) : 'les Cromwell ou les Staline ne sont pas conséquences fortuites, mais bien le terme fatal. Les Révolutions liquident la faiblesse et accouchent la force.'
La solution est que 'le pouvoir arrête le pouvoir', en d'autres termes, la suprématie du Droit. 'C'est le système que le juriste américain Marshall a su faire accepter en 1803 aux Etats-Unis. Contre la loi qui offense des droits à lui garantis par la Constitution, le citoyen recourt à la justice et à l'instance dernière, la Cour Suprême.'
Dans ce système de Droit, il existe une tension entre la Liberté et la Sécurité, qui n'est ni plus ni moins une question de vie ou de mort :'La plénitude de la liberté impliquait la plénitude du risque. Ce régime devait faire sentir toute sa dureté à ceux qui étaient 'mauvais partants', aux prolétaires. Ils furent les premiers à protester contre le droit commun de la liberté. En fin de compte, la société tout entière en vint à réclamer la sécurité. C'est pourquoi les hommes remettent à l'Etat leurs droits individuels pour recevoir de lui des droits sociaux.'
Malheureusement, la démocratie peut aussi donner l'occasion à un parti (et un homme) d'accéder au pouvoir absolu : 'garder sa majorité devient chose facile quand l'appareil de parti est devenu maître des élections.'
Ce livre contient également une caractérisation remarquable des pères du pouvoir absolu : HOBBES et HEGEL
Hobbes voulait rendre le Pouvoir tellement absolu que parce qu'il exécrait par-dessus tout la rechute humaine dans ce qui apparaissait, à tort ou à raison, l'état primitif, la lutte de tous contre tous.
Pour Hegel, le moteur de la société est 'La Volonté Générale', qui accomplit ce qui doit être accompli, avec ou sans l'assentiment des individus qui n'ont pas conscience du but ... la vision n'appartient qu'aux membres conscients. Ils forment 'la classe universelle' par opposition à ceux qui restent enfermés dans leur particularité.'
Ce livre formidable est une lecture indispensable pour ceux qui s'intéressent à la politique.
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