"Avant nous étions au bord du gouffre mais depuis, nous avons fait un grand pas en avant". Voici le genre de sentence que m'inspire ce livre, avec son ton de farce "hénaurme" aux tonalités sarcastiques et cruelles. Dans une grande capitale mondiale qui ressemble fortement à un Paris post-delanoïste, les émules des citoyens bobos rendent coupables de leurs errements les fumeurs, les voitures, et tous ceux qui veulent conserver leur petit pré carré de plaisir. Soumise au règne totale de l'émotion, la société que décrit Benoît Duteurtre ressemble avec cauchemar avec celle qui est en train d'évoluer autour de nous. Du règne de l'enfant-roi, de la télé-réalité aux prises d'otage, tout s'emballe vers une catastrophe annoncée.
Sans atteindre le calibre du fameux "meilleur des mondes", l'auteur accentue nos petits travers égoïstes et politiques pour dénoncer par la satire l'encrêtinement inéluctable de la société. Et c'est avec un effroi larvé que l'on regarde les enfants de ses voisins et que l'on tire sur sa cigarette en esperant ne pas devenir la cible des inquisiteurs de tous poils. Comparé aux intégristes anti-tabac décrits dans ce roman, la légende noire que nos contemporains brodent idiotement sur le Moyen-Age et l'Inquisition semble bien être de l'eau de rose pour enfants de choeur !