Décidément, sur ce sujet comme sur bien d'autres désormais, il devient difficile d'obtenir une position qui ne verse pas dans l'excés.
Les exemples donnés par Jean de Kervasdoué sont plutôt convaincants et il faut dire que l'épisode affligeant du H1N1 et son traitement catastrophique sont tombés à point nommé. Je souscris bien volontiers à sa démonstration par rapport aux "délires écologiques et sanitaires" et je veux bien le suivre encore quand il tance les obscurantistes écologiques, se moque des modes bio et martèle que nos peurs sont non seulement souvent infondées, mais qu'en plus, elles mettent en péril la recherche et le développement dans certains domaines des nouvelles technologies.
Pour autant, ce livre ne me convainc pas sur 2 points qui sont liés :
- de Kervasdoué confond un peu trop souvent à mon goût le principe de précaution et l'usage parfois abusif qui en est fait.
- il invoque aussi comme argument ultime, la raison et la science : on ne manquera pas d'eau, la viticulture bio est une abondante utilisatrice de cuivre, rien ne prouve que les lignes à haute tension sont la cause de problèmes pathologiques dans certains élevages, ou qu'il y a un lien entre une "hypersensibilité déclarée aux ondes électromagnétiques et l'émission d'ondes"...
Les exemples du Médiator, les incertitudes liées à l'impact des OGM sur la santé ou les suites du tsunami japonais, montrent qu'à la déraison précautionneuse répond souvent ce que j''appellerais un "principe de précaution financier" qui détermine le degré de risque que le "Capital" -traduire : les investisseurs institutionnels ou privés- est prêt à (nous faire) supporter. Qui peut contester les pressions des grands groupes alimentaires, chimiques et nucléaires ? Pourquoi devrait on davantage croire aujourd'hui les experts sur les conséquences de Fukushima, que ceux d'hier sur celles de Tchernobyl ?
Les exemples sont souvent tellement faciles à trouver et à inverser, qu'un minimum de "précautions" n'aurait pas nui à la démonstration de de Kervasdoué. Par exemple, où se situe le principe honni de précaution quand on "dimensionne" à 6,7 la sécurité de la centrale de Fessenheim vis à vis du risque sismique par rapport au tremblement de terre de Bâle de...1356 (évalué à 6,2 sur l'échelle actuelle de Richter) ?
Messieurs les experts dont M de Kervasdoué, gagneraient beaucoup à davantage de retenue et un positionnement moins affirmé.