«Le philosophe et ses pauvres», de Jacques Rancière, est un des plus beaux, des plus importants et des plus intelligents ouvrages de notre temps. Son affaire est, ici, de relire ce qui, de Platon et Aristote à Marx (et, bien sur, à Bourdieu et à Sartre) a été son trait vraiment commun. Il le fait sur le fond de l'impératif qui guide toute son oeuvre: celui d'une nécéssaire et urgente séparation entre «discours» et «pouvoir».
Voilà ce qui est - chez Jacques Rancière e d'après l'influence de Michel Foucault - manifestemente son repère ou son principe, son motif et son intention éthique. Et voilà aussi ce qu'ici se manifeste critiquement, dans sa lecture des classiques, contre les résultats de toute la sociologie. Même, en particulier, contre ceux de la sociologie de Pierre Bourdieu, malgré toute sa volonté de modifier, en réduisant la distance entre classes sociales, l'inégalité sociale et pédagogique dans l'enseignement.
Il s'agit, alors, en Rancière, de penser la place les «pauvres». De le faire, soit dans le dispositif du discours philosophique, soit dans la division du travail, qui est sa complice. Selon le discours philosophique ils ne doivent pas avoir (et, vraiment, chez Platon, ils ne l'auront pas), ni le temps propre à l'exercice de la politique, ni l'intelligence du procès qui les a élus comme protagonistes.
Chez Marx, ça se traduit dans la préssuposition de la contrainte idéologique. Ils n'ont que leur déficit de l'intelligence théorique et conceptuelle, manifestement insuffisante pour conduire le procès du changement de sa propre condition sociopolitique présente. Les «pauvres» de Marx (les proletaires et les travailleurs), alors ils deviennent là une «question» d'idéologie. Laquelle?
Elle doit être formulée par la «science» de l'histoire, et seulement selon son autorité: «qu'est-ce que la vérité qui l'idéologie vient dissimuler?». Mais aussi, on peut la reformuler dans cette autre, qui est plus proche de nous: «comment mésurer la distance entre la science de l'histoire et son ombre spontanée, déformée, précisément l'idéologie?» Alors, les «pauvres» de Marx ils ne seront là - dans les «marxismes» de Marx, c'est-à-dire, dans L'Idéologie allemande - qu'à sa place: à la place de l'idéologie même. C'est pourquoi, également, les pauvres de Marx ne doivent recevoir que de l'extérieur la force et la leçon de la forme de sa libération.
Mais, dès que cette idéologie se manifeste comme résultat d'une imposition des limitations matérielles qui sont propres de la divison du travail que alors on peut et on doit se demander: «Où est alors le philosophe?»; «Où doit-il être, alors, pour que de sa tête une science se dégage, qui vient libérer ses «pauvres» d'une idéologie qui est la marque de leur condition de travailleurs?»; «Est-ce qu'il doit être au dehors, en dehors d'une division du travail sur laquelle la révolution et, aprés elle, la société sans classes ont quelque chose à dire?»
Et comment ça, alors, sans que, du même coup, on légitime la même division du travail que le philosophe il même accuse, une division entre le travail manuel et le travail intellectuel, en le faisant contre tout le projet et le programme de l'Aufklärung?»; «Qu'elles sont, alors, les impositions, les limitations propres de son travail?», etc.
On voit alors comment certains systèmes de la pensée (métaphysique), de Platon à Marx et de lui à la contemporaineté, et même ceux-là qui on pour intention de liberter ces «pauvres»-là, ils participent tous, ils appartient et ils renforcent tous ça même à quoi ils mêmes se recusent. De Jacques Rancière, voilà son principal enjeu et sa leçon plus urgente: nous libérer de l'idée que la libération peut venir d'ailleurs, d'un extérieur qui serait, par exemple, à la place de la philosophie qui ouvre l'espace de la science, de la sociologie ou de la science politique (à Platon) ou de la science de l'histoire (à Marx).
Non! C'est à nous mêmes de le comprendre, dans l'expérience de nôtre conditionnement et aussi de nôtre émancipation, en prennant la parole de nôtre exclusion de l'exclusion, dans la «mésentente» (voir son autre livre «La mésentente») qui est la plus propre à les exigences de notre être-ensemble, dans nôtre champ social et symbolique, mais aussi historique et politique, et qui devrait être la plus propre à l'expérience qui nous vivont et à la société où nous sommes maintenant.
«Le philosophe et ses pauvres» nous aide à situer la pensée de Rancière: il répond aux questions suivants: 1º «d'où vient son concept de démocratie, qu'est-ce qu'il entâme et qu'est-ce qu'il doit représenter pour nous?»; 2º «Qu'est-ce qui nous avons à chercher, dans le champ de la philosophie métaphysique, pour comprendre ce en quoi nous ne devont pas persister?»; «Qu'est-ce qui explique ce point où nous sommes maintenant, du point de vue de l'histoire du présent, dans le concernant à la philosophie politique et à la politique de la philosophie?»
«Le philosophe et ses pauvres» nous aide aussi à nous situer nous-mêmes, dans ce monde qui est le nôtre. Et c'est le monde dans lequel il n'y a plus des classes, en tant que groupe de personnes marquées par une même série constante de propriétés. À l'âge démocratique, nous sommes dans le champ d'une expérience qui est déjà celle du sujet inédit qui vient de la part des sans-part pour demander sa part.
Le livre de Rancière devait être acheté avec deux autres livres (c'est à mon avis le plus productif, dans sa lecture): «La mésentente» et «Aux bords du politique», pour ne pas dire les autres, qui sont d'intervews et des textes d'interventions à la presse. Un très grand auteur, voilà!!!