J'ai découvert Frédérique Deghelt tout récemment, à la lecture de son dernier roman (la vie d'une autre)qui m'avait beaucoup plu. Je m'étais promis alors de suivre de près ses parutions.
C'est chose faite ! Le titre d'abord, "je porte un enfant et dans mes yeux l'étreinte sublime qui l'a conçu", invite à la rencontre douce et poétique du regard que porte une mère sur sa grossesse et sa maternité. Il y a l'objet livre ensuite : le format habituel d'Actes Sud mais dans un papier et une couleur différents, un blanc ivoire épais et somptueux. Ce n'est pas un roman, mais un recueil de pensées, de réflexions poétiques sur le thème de la mère et de l'enfant, magnifiquement illustrées par les photos de Sylvie Singer Kergall. Des photographies qu'on aimerait voir plus grandes, sur les murs d'une salle d'expo. Certes le livre est un peu cher mais il est de ces livres qui vous accompagnent longtemps, que vous gardez précieusement pour le feuilleter à nouveau, une photo, ce beau ventre rond, ce sein trop lourd qui attend la vie, une pensée en regard. Il est de ces livres que vous offrez à votre meilleure amie quand elle vous annonce sa grossesse. Et un livre sur le début de la vie ne serait pas abouti s'il n'était accompagné d'un mot de René Frydman, ici par le biais d'une très belle postface.
Un livre à la lecture duquel on note une petite phrase, parce qu'elle est belle, parce qu'elle est vraie, mais alors trop vite on se surprend à vouloir recopier tout le livre !
Bref, vous l'aurez compris, un très très beau livre !
Un extrait : (p. 52)« Vous attendez un enfant ? Il faut dire oui... Le ventre en pointe nous trahit.
Mais je pense non. C'est avant, que je l'ai attendu. Pendant tous ces longs mois vides où rien ne se passait, où chaque mois venait alourdir ma peine, me renvoyant encore à une solitude... Pas mère... Pas l'ombre d'une présence microscopique. Rien... L'angoisse... J'attendais un enfant, je tricotais du vide, je me faisais mon sang d'encre...
Maintenant, je ne l'attends plus, je le savoure. Je le couve en mon ventre devenu terre d'accueil... Je l'exhibe, croyant au transparent berceau de ma peau en voile... Je le roule dans ma poussette de chair, aux étoiles de mes yeux : il est déjà là... »