Somptueuse reconstitution hollywoodienne, le film d'Albert Lewin traduit fidèlement l'esprit du roman d'Oscar Wilde. Ce faisant, il lui ajoute un supplément d'étrangeté, celle de l'inquiétante beauté du comédien Hurt Hatfield, celle transmise par l'usage stupéfiant de plans en technicolor au moment du fameux portrait... et celle de la représentation du grenier, reflet exact de l'âme de Dorian Gray. Ce mystérieux grenier est le lieu où le dandy a caché son portrait, "entre Ciel et Enfer", pour le soustraire aux yeux de ceux qui pourraient y lire sa corruption morale et physique. Les objets y abondent avec de multiples charges dramatiques et symboliques : le stylet, la lampe à pétrole, son oscillation et le jeu d'ombres sur les murs - dans le roman, c'était une bougie -, les jouets, cubes, ballons, écharpe brodée avec laquelle Dorian Gray essuiera son couteau sanglant, statuette de cavalier, agneau...
Sur le visage lisse et inexpressif de Dorian Gray, chaque personnage projette ses désirs et ses idéaux inavoués... tandis que chacun d'entre eux apparaît, dans le film, comme s'il était une représentation picturale (cadres fermés). Seul, bien entendu, Sir Basil Hallward échappe à cette règle, mais il n'échappera pas pour autant à la quote part de la nuit...