J'ai abordé ce film, non pas en cinéphile, mais en fan des romans de M. Houellebecq. « La possibilité d'une île » est un des grands romans de l'après-guerre. Que pouvait-il donner au grand écran ? Je ne le sais toujours pas, car le film ne couvre pas le cinquième de ce que contenait le roman. En fait, si j'étais tombé sur le film en zappant, sans savoir qu'il s'agit d'une adaptation d'un roman de M. Houellebecq, je ne l'aurais pas forcément deviné. Grosso modo, le roman renfermait trois volets : 1) Danièle et ses conquêtes féminines 2) Danièle dans la secte 3) le clone de Danièle dans un futur lointain. Les volets 1) et 2) comportaient leur lot d'intrigue, et je me serais attendu à ce que le film mise sur eux, plutôt que sur le volet 3). Les errances et les interrogations du clone futur occupent en effet une place disproportionnée par rapport au roman. Le côté « science-fiction anticipation » du film en est rehaussé, ce qui n'est pas un mal en soi, mais qu'en est-il de toutes les scènes de critique sociale qui faisaient la force du roman ? Pour que le film ait une chance de refléter raisonnablement, dans le temps limité imparti au genre cinématographique, la richesse de l'œuvre écrite, il aurait fallu qu'il soit truffé de scènes « rapides », c'est-à-dire de scènes où on parle beaucoup, pour accélérer l'action, la situer. La scène où le savant explique le dilemme que pose le clonage somatique sans clonage des connexions neuronales est le seul passage qui m'ait vraiment « accroché » : elle rappelle le début du film Jurassic Park, dans le bon sens de la comparaison. Pour le reste ce n'est que scènes archi-lentes, à l'effet d'atmosphère incertain, sur fond de musique classique souvent peu originale d'ailleurs, comme ce boléro qui rappelle trop tel péplum américain. Quand le film s'est terminé, j'ai fouillé mon DVD avec la télécommande, persuadé que je n'avais pas tout vu, qu'au lieu du film proprement dit j'avais regardé les scènes en marge (les séquences extras). C'est dire si ce film m'a laissé sur ma faim. J'espère que M. Houllebecq va arrêter de gaspiller son temps et son talent à courir après la gloire cinématographique. Elle est éphémère et postiche, et en plus elle dépend de la bonne volonté des gens qui financent. Pour réussir « La possibilité d'une île » au cinéma, il aurait probablement fallu un budget à la Spielberg.