Après une rapide présentation de son parcours notamment auprès de Georges Pompidou, Edouard Balladur rend compte de ses conversations avec François Mitterrand, président de la République, pendant les deux années de "cohabitation" au cours desquelles il a été Premier ministre. Il raconte aussi ses difficultés avec la majorité parlementaire qui le soutenait et ses principaux dirigeants (Chirac bien sûr, Giscard, mais aussi Bayrou et quelques autres). Chemin faisant, le lecteur peut savourer les portraits plus ou moins fouillés de ces même dirigeants, mais aussi de quelques socialistes. Mais, à travers les échanges avec François Mitterrand, tant dans leur déroulement que dans leur commentaire, on découvre Edouard Balladur, fier et indépendant, voulant exercer tout le pouvoir d'un Premier ministre, et François Mitterrand, rusé et obstiné, voulant conserver le sien malgré la cohabitation et la maladie. Pour l'un comme pour l'autre, "le pouvoir ne se partage pas"... sauf par obligation dans le cadre assez étroit de la Constitution. On sent une estime mutuelle des "combattants", avouée par le narrateur et apparente pour celui dont le discours est rapporté, animés tous deux d'un certain sens de l'Etat malgré leurs divergences idéologiques et culturelles.
Ce qui frappe le lecteur, c'est le souci d'indépendance et d'honnêteté d'Edouard Balladur, qui parait l'animer du début à la fin et auquel d'ailleurs il attribue une partie de son échec à l'élection présidentielle de 1995. Par contre il exprime sans beaucoup les développer ni les justifier des convictions économiques libérales qui, aujourd'hui plus encore qu'hier, mériteraient d'être confrontées au souci de justice et au sens de l'Etat qu'il prétend par ailleurs promouvoir.
C'est la raison du titre de mon commentaire, probablement plus critique que ma pensée réelle. J'aurais presque pu dire: "Un homme d'Etat intelligent...", mais, comme il fait beaucoup d'éloges de la fidélité de Nicolas Sarkozy, je préfère penser qu'un homme d'Etat doit toujours s'interroger sur ses choix politiques en matière économique... En tout cas une lecture passionnante surtout pour ceux qui ont connu cette période là.