Les ouvrages en français traitant de la Chine impériale, période qui m'est particulièrement chère, sont rares. C'est donc avec un grand plaisir que j'ai lu celui-ci.
L'auteur nous offre un ouvrage complet, comprenant cartes, tableaux généalogiques, une chronologie, plan, donc tout ce qui permet à un lecteur novice de bien s'insérer dans le contexte traité. La lecture et sa compréhension sont aisées.
Ce livre traite donc du tout début de l'ère impériale, puisqu'il parle de l'expansion, par la conquête militaire sur les autres royaumes environnants, du royaume de Qin menée par ses rois, dont le dernier, Ying (son nom) Zheng (son prénom), permettra l'émergence du premier empire chinois et prendra le titre d'empereur. Peu avant son avènement, la dynastie royale des Zhou (Tchéou) régnant initialement sur la Chine « entière », règne devenu purement nominal au bout de presque un millénaire, donc sans plus de pouvoir réel, qui plus est sur un territoire de plus en plus réduit, usée par les siècles, mais toujours respectée, est détrônée. Le roi Zheng, n'aura plus qu'à se substituer à elle le moment venu.
Le nouveau fils du ciel, est désormais de Qin, la couleur noire remplace le rouge - pour le jaune il faudra attendre le sixième empereur de la dynastie Han, l'empereur Wu ou Wudi- Ying Zheng devient Shi Huangdi le premier empereur, et non comme le dit l'auteur Qin Shi Huangdi, le premier empereur de Qin. C'est d'ailleurs lui faire injure, lui qui se voulait empereur de la Chine entière, c'est pourtant en effet, sous ce dernier vocable, qu'il n'a pas choisi et eût sans doute détesté, qu'il est connu...
Bien sûr avant cela nous est donné un bref historique sur le duché de Qin qui se transforme en royaume, sur l'ascension de Zheng au faîte du pouvoir et bien sûr, ensuite, nous est conté le règne de cet empereur. Homme extraordinaire s'il en fut, paranoïaque, sans doute, mais la trahison finale dont il fut l'objet lors de sa succession montre bien que sa méfiance maladive, était, au fond, parfaitement justifiée. Il connaissait tout simplement les hommes de son temps !
Une remarque, le sacrifice Fong (Feng) sur la montagne Tai, sacrifice qui avait pour objet de proclamer la réussite parfaite d’une dynastie, et donc son harmonie parfaite d’avec le Ciel (et le sacrifice Chan son pendant pour la Terre) pourrait paraitre situé dans cet ouvrage en -213, année du grand autodafé, sans une lecture attentive. Il n’en est rien, puisqu’il s’est déroulé en -219. D’ailleurs dans cet ouvrage est rappelé qu’il se déroula dans la vingt-sixième année du règne de Shi Huangdi qui commença en -246.
Par ailleurs la signification de ce sacrifice est non seulement omise dans cet ouvrage, mais, en plus, il est difficile au départ de comprendre qu’il s’agit du sacrifice Fong tant l’auteur est peu explicite, je crois même qu’il n’utilise pas le terme Fong. Pourtant sous l’ère impériale bien peu de sacrifices Fong seront réalisés, 6 ou 7 tout au plus jusqu’à la dynastie des Song. C’est dire si, au final, peu d’empereurs pensèrent être, eux et leur dynastie, en parfaite harmonie avec le ciel, et c’est dire aussi l’importance qu’ils accordaient à ce sacrifice, pour ne pas oser le faire hors de propos.
Les biographies sur Shi Huangdi, personnage fascinant, n'abondent pas, en français du moins, alors n'hésitez pas à lire celle-ci, très correcte.