De Thomas Robert Malthus, auteur bien peu lu actuellement, ne restent guère que les mots malthusien et malthusianisme accrochés à son nom. La réédition de son premier ouvrage (1798) par l'INED vient donc à point pour rappeler ses idées. L'auteur, né d'un père progressiste (Daniel Malthus) fut plus, par réaction, un indécrottable pessimiste qu'un authentique réactionnaire. Son principe de population, les conséquences inévitables du rapport entre la croissance géométrique de la population et celle, arithmétique des moyens de subsistance, fut son indépassable horizon de pensée. Nourri des sciences de son époque (il admirait Newton), il n'en croyait pas pour autant au progrès. Cet essai l'amène donc à polémiquer avec Condorcet et surtout avec Godwin (que l'histoire a oublié) auquel il réserve plusieurs chapitres. Le principe de population qui maintient les masses dans la pauvreté et transforme les paysans en ouvriers miséreux le navre profondément, mais il ne voit pas comment les sociétés humaines peuvent échapper à cet inéluctable devenir.
Admirateur d'Adam Smith, il expose une intéressante objection sur sa définition de la richesse d'une nation. Les deux derniers chapitres au cours desquels il pose les misères humaines comme moyens employés par le créateur pour affiner l'âme humaine sont de trop : aucun auteur moderne ne se risquerait à glisser des arguments religieux dans un ouvrage portant sur un tel sujet.
Pour résumer, hormis les deux derniers chapitres de teinte religieuse, la pensée de Malthus demeure intéressante à l'heure actuelle. D'accord ou pas d'accord, on lui trouverait même un regain d'actualité pour notre époque.
Notons la qualité matérielle de cette édition de l'INED (reliure, papier, typographie) qui rend l'ouvrage agréable à lire. Il est important de noter par ailleurs que Malthus a réécrit entièrement l'ouvrage en 1804. En fait il ne s'agit pas d'une seconde édition, mais d'un autre ouvrage.