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4.0 étoiles sur 5 Un parti pris narratif marqué, un récit entre nostalgie enfantine, et essentiel touchant, 3 juin 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Daredevil by Mark Waid Volume 5 (Broché)
Ce tome fait suite à Daredevil 4 (épisodes 16 à 21). Il contient les épisodes 22 à 27, initialement parus en 2013, écrits par Mak Waid, dessinés et encrés par Chris Samnee, mis en couleurs par Javier Rodriguez. Pour pouvoir apprécier toutes les nuances de l'intrigue, il faut avoir commencé la série par le premier tome : Daredevil by Mark Waid - Volume 1.

Après les événements du tome précédent, Matt Murdock essaye de se rabibocher avec Franklin Nelson, et de retrouver un emploi rémunérateur. Il doit essayer de convaincre Superior Spider-Man qu'il a recouvré la raison, tout en se battant contre Stilt-Man. À partir de l'épisode 23, Daredevil doit affronter des adversaires de plus en plus liés à ses origines, jusqu'à découvrir qui est le commanditaire de tous ces contrats passés sur sa tête. Il doit également veiller à la protection de ceux qui lui sont chers, de Nelson à Milla Donovan. Murdock doit clarifier les choses avec Kirsten McDuffie. Il apprend également que l'un de ses proches est gravement malade.

Depuis le premier épisode, Mark Waid a réorienté la série de Daredevil pour s'éloigner du modèle établi par Frank Miller (voir Daredevil by Frank Miller & Klaus Janson 1 et suivants) et modernisé par Brian Michael Bendis et Alex Maleev (voir Daredevil by Brian Michael Bendis & Alex Maleev Ultimate Collection - Book 1 et suivants). Il a pris le parti de sortir Murdock de sa dépression, de retrouver un peu de la légèreté qui existait au tout début de la série, de réintégrer des supercriminels sortant de l'ordinaire (avec costumes colorés et superpouvoirs exotiques) et de restreindre les personnages secondaires essentiellement à Foggy Nelson (et à sa relation avec Matt Murdock). Pour renforcer cette forme de retour aux sources, le responsable éditorial l'a associé à des dessinateurs donnant une apparence rétro à leurs dessins, Paolo Rivera pour commencer, puis Chris Samnee.

Le début de la série pouvait peiner à convaincre le lecteur dans la mesure où le changement de direction était très important, où il n'était pas possible de savoir si cela durerait vraiment et si cela serait viable. Le parti pris graphique semblait également relever d'une forme de passéisme stérile de façade, sans réelle signification. 20 épisodes plus tard, Mark Waid est toujours là et montre qu'il avait une intrigue conçue sur le long terme, et les dessins s'inscrivent toujours dans le même registre.

Pour commencer, le lecteur a la satisfaction de voir que Waid mène son intrigue majeure jusqu'à son terme, révélant qui est le criminel responsable d'une partie significative des déboires de Matt Murdock (en se connectant même avec la dernière histoire dans laquelle il avait fait une apparition, à savoir Vengeance). Avant ce face à face, Daredevil doit affronter plusieurs ennemis pour lesquels Waid a plongé avec adresse dans la continuité, qu'il s'agisse d'un ancien comme Stilt-Man, ou de nouveaux. Le scénariste sacrifie également au crossover avec Superior Spider-Man, dans une configuration originale qui justifie l'affrontement entre les 2 superhéros, ainsi que l'évolution de leur relation. D'un côté ce combat entre 2 superhéros relève d'une longue tradition infantile (c'est qui le plus fort ?), de l'autre il existe une justification parfaitement intégrée dans la série "Daredevil" qui évite le cliché éculé.

Mark Waid montre à plusieurs reprises que son récit s'élève au dessus du ronronnement de la production mensuelle avec des moments perspicaces ou pénétrants. Certes il est facile de s'extasier devant la réplique d'un des ennemis indiquant à Daredevil de choisir le bouton rouge. Toutefois, Waid ne se limite pas à cette seule réplique pour rappeler la cécité de Murdock. Il y a cette page beaucoup plus pertinente et réaliste dans laquelle Murdock explique comment il reconnaît la valeur d'un billet. Bien sûr le lecteur a le droit à une scène au cours de laquelle Murdock et Nelson se rabibochent. Là encore Waid ne se contente pas du minimum syndical : il réalise un dialogue aussi convaincant que partant dans une direction surprenante et sonnant juste. La découverte et les conséquences de la maladie d'un des personnages de premier plan donnent également lieu à des moments émouvants, sans être tire-larmes.

À côté de ces séquences sophistiquées et intelligentes, Mark Waid continue d'inclure des moments teintés de nostalgie régressive. Le criminel a eu l'idée de recréer l'accident de Matt Murdock pour disposer d'hommes de main ayant ainsi développé un sens radar (ça marche comme un copier-coller). Hikari est affublé du costume d'origine de Daredevil (jaune et rouge) et le confronte sur un ring (degré zéro de l'évocation des origines de Daredevil). Le criminel derrière tout ça est dans un caisson métallique privé de mouvements, dépourvu de toute technologie (de type caméras espions ou moyens de communication perfectionnés), mais réussissant quand même à tout suivre (degré de plausibilité zéro).

Les dessins de Chris Samnee oscillent de la même manière, entre le franchement naïf (ce caisson métallique massif et digne du moyen-âge), et une efficacité visuelle remarquable. Le choix de ce réalisme simplifié avec de beaux aplats de noir permet à la série de se démarquer de ses incarnations précédentes (celle d'Alex Maleev et de ses successeurs). Samnee donne un côté rétro à ses dessins, dédramatisant la violence et les blessures (presque pas de sang), rendant le récit tout public ou presque. Il proscrit la décompression visuelle, n'hésitant pas à dessiner des pages comprenant de 6 à 10 cases (un nombre particulièrement élevé pour un comics des années 2000 ou 2010). Il donne une apparence vaguement datée à tous les éléments technologiques, comme s'ils sortaient des années 1980 ou même avant. Ce parti pris systématique renforce l'aspect inoffensif de la narration. Toutefois, il ne s'opère pas aux dépends des détails, chaque séquence comprenant un taux élevé d'arrières plans et d'accessoires divers et variés.

La contrepartie de cet aspect évident et dédramatisé des dessins réside dans des images efficaces et inoubliables. Comment résister au sourire franc et chaleureux de ce cuistot italien se faisant prendre en photo dans son restaurant, avec Matt Murdock attablé ? Samnee reprend le dispositif créé par Rivera de silhouettes tracées par des traits rose / violet, pour figurer la représentation donnée par le sens radar de Daredevil. Ces images sont à mi-chemin entre le schéma filaire et la composition psychédélique. Franklin Nelson dispose d'un visage très expressif, sur lequel ses émotions s'affichent naturellement et en toute franchise, suscitant une empathie immédiate du lecteur. Le nombre élevé de cases par page étoffe la narration pour un récit plus conséquent. Samnee s'implique dans les séquences d'affrontements physiques pour faire apparaître la logique des déplacements et des acrobaties, dans des mouvements qui font sens. Il s'agit d'une approche à l'opposé d'une simple juxtaposition de personnages figés dans l'espace dans des pauses iconiques, mais mal connectées.

Avec ce cinquième tome, Mark Waid continue de raconter les aventures de Daredevil autrement que sur un ton dépressif, avec des dessins, eux aussi, dans un registre plus simple et plus ouverts. En fonction des séquences, la narration peut sembler s'adresser à de jeunes lecteurs, ou au contraire mettre à nu des émotions complexes, des relations sophistiquées. Globalement ces moments intelligents l'emportent sur les autres.
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Daredevil by Mark Waid Volume 5
Daredevil by Mark Waid Volume 5 de Mark Waid (Broché - 29 avril 2014)
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