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Autofiction subjective, 18 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cuba: My Revolution (Relié)
Il s'agit d'un récit complet paru en 2010 sur les premières années du gouvernement de Fidel Castro.
Le récit commence le 31 décembre 1958 : Sonya s'apprête à sortir pour la saint Sylvestre accompagnée de sa mère et du cousin de son beau père (âgé de 35 ans et qui épouserait volontiers Sonya). Ils trinquent tous à la santé de Fidel Castro qui doit les libérer de la dictature de Batista. En janvier 1959, Castro est installé au pouvoir et il commence les réformes sur l'île. Sonya est une partisane convaincu de ce chef d'état qui va libérer Cuba du joug des États-Unis, rétablir l'égalité pour tous (y compris les noirs) et permettre au peuple de s'épanouir. Alors qu'elle se préparait à des études d'artiste, elle répond à la mobilisation pour suivre un entraînement militaire et elle accepte en parallèle de devenir médecin puisque le pays en manque. Le lecteur va suivre la vie de cette partisane jusqu'en septembre 1966. Par les yeux de cette jeune femme, le lecteur vit de l'intérieur les transformations politiques, économiques et sociales effectuées par Fidel Castro et son gouvernement. Le tour d'horizon est assez impressionnant puisque Sonya intervient dans des zones de conflits intérieurs en tant que médecin militaire. Elle devient un temps suspectée de connivence avec l'ennemi, à savoir les cubains expatriés entraînés par les américains pour envahir Cuba. Puis elle termine ses études d'artiste et cette fois-ci le point de vue est celui d'une peintre qui essaye d'exister dans un régime qui utilise les oeuvres d'art comme des oeuvres de propagande. Pour compléter cette vision très subjective de la vie à Cuba de 1959 à 1966, les relations familiales et professionnelles de Sonya renvoient leurs propres expériences sur les changements intervenus dans leur vie.
Ce récit a été écrit par Inverna Lockpez, elle-même cubaine ayant vécu à Cuba pendant cette période. Elle a choisi la forme de l'autofiction pour parler de son vécu. Il ne s'agit donc pas d'une autobiographie (elle n'utilise pas son nom et n'utilise pas le "je"), mais d'une forme volontairement romancée de sa vie. Le récit ne donne aucune indication permettant de faire la part entre les souvenirs réels et ceux recréés ou imaginés (son site personnel non plus). Au fur et à mesure, il apparaît rapidement qu'elle a choisi un ton assez didactique. Elle souhaite informer le lecteur au mieux des situations, mais toujours de façon subjective. Il s'agit bien de présenter la vie cubaine de l'époque au travers de ses expériences, et non d'en brosser un tableau complet. Ce parti pris présente 2 limites. Tout d'abord, madame Lockpez écrit son récit avec la connaissance du futur (sa révolte contre ce régime) qui colore chaque scène. À tel point que passé les 8 premières pages, le lecteur comprend qu'il va s'agir d'un récit à charge contre Castro, sans aucune perspective historique. La vision exposée se limite au temps du récit en faisant abstraction des années précédant l'arrivée de Castro, et en particulier des exactions du régime de Batista. Vraisemblablement la famille de Sonya n'a pas eu à en souffrir. Ce point de vue unilatéral et très limité gêne parfois aux entournures quand le lecteur a l'impression de se retrouver dans un pamphlet anti castriste sans nuance. La deuxième limite est que Lockpez a choisi de dépeindre son héroïne comme aveuglée du début jusqu'à la fin par sa foi dans le régime de Fidel Castro. Chacune des dégradations de son niveau de vie (même la torture) ne semble entamer en rien ses convictions. Il devient alors assez difficile de ressentir quelque chose pour le personnage de Sonya. Cette dichotomie entre le discours à charge nourri par la connaissance du futur et l'absence de recul de Sonya produit un effet schizophrénique sur le lecteur qui a du mal à concilier ces 2 approches.
Passé ces 2 réserves, le récit de cette dame possède une valeur de témoignage très fort sur les conditions de vie du peuple au nom duquel Castro a pris le pouvoir. Malgré les dialogues parfois un peu patauds, Lockpez sait décrire les joies et les peines de ses personnages et indiquer les difficultés quotidiennes auxquelles ils sont confrontés sans tomber dans le misérabilisme, mais sans minimiser la dureté, voire l'horreur des situations. Ce récit n'est pas à mettre entre toutes les mains.
Pour ce travail de mémoire difficile et chargé d'affect, elle a travaillé avec un dessinateur qui sort de l'ordinaire : Dean Haspiel. Il a pris le parti d'un noir et blanc avec des teintes de gris. Comme Lockpez, il s'est éloigné d'un rendu trop réaliste pour trouver un équilibre avec assez de détails et des expressions de visage qui rappellent parfois les comics romantiques des années 1960. Ce style parfois un peu brut de décoffrage permet de rester concentré sur l'histoire sans être attiré par des effets visuels à couper le souffle. Il permet également de suffisamment visualiser la réalité des situations pour comprendre le quotidien et les moments qui sortent de l'ordinaire (soin des malades au champ de bataille par exemple). Ces dessins sont complétés par des teintes discrètes couvrant la gamme des rouges, du rose le plus pale à l'écarlate le plus vif. José Villarubia effectue un travail nuancé et subtil qui amplifie discrètement les atmosphères.
Au final, je recommande la lecture de ce témoignage en attirant l'attention sur son aspect très subjectif et parcellaire, mais aussi sur sa capacité à immerger le lecteur dans la réalité d'un individu vivant dans une dictature implacable.
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