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5.0 étoiles sur 5 La distance qui sépare, 26 novembre 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Scalped Vol. 7: Rez Blues (Broché)
Ce tome contient les épisodes 35 à 42 de la série, parus en 2010. Il fait suite à The gnawing (épisode 30 à 34). Il vaut mieux avoir commencé par le premier tome (Indian country) dans la mesure où il s'agit d'un récit complet en 10 tomes, l'équivalent d'un roman (un polar bien noir). Tous les scénarios sont de Jason Aaron.

Épisode 35 (illustrations de Danijel Zezelj) - Mance et Hazel ont choisi de vivre dans la réserve Prairie Rose, mais loin de la ville principale. Ils ont maintenant la soixantaine. Cette année, leur potager n'a pas donné la récolte escomptée. La santé d'Hazel se détériore, Mance n'a plus la force d'antan. L'hiver approche.

À la lecture, Aaron semble s'offrir un épisode gratuit qui n'apporte rien à la trame principale. Il s'agit de regarder ce qui se passe dans un coin isolé de la réserve, de montrer un autre style de vie, peu impacté par la violence de la ville. Aaron fait à nouveau preuve d'une grande habilité narrative en entremêlant les paroles prononcées par Hazel et Mance, et leurs pensées non exprimées, pour un ballet des sentiments à la chorégraphie mélancolique et touchante, dénudant l'essence de leur relation, leur condition humaine débarrassée de tout artifice, de tout superflu. Les illustrations de Danijel Zezelj sont de toute beauté. Elles n'ont pas la précision de celle de R.M. Guéra, mais elles font émerger l'ossature des personnages, les forces qui les habitent. Zezelj ne semble pas tant dessiner les individus en ajoutant de l'encre, que plutôt les faire apparaître en retirant des impuretés. Chaque case transmet ce sentiment de solitude lié à l'isolation de leur habitation, ce calme immuable.

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Épisodes 36 & 37 (illustrations de Davide Furnò) - Lincoln Red Crow envoie Shunka (Uday Sartana) dans une ville voisine pour convaincre Bobby Greenwood (propriétaire d'un casino) d'arrêter d'user de son influence pour dissuader les artistes de venir se produire au casino Crazy Horse dans la réserve Prairie Rose. Greenwood exerce également les fonctions de Chef de la tribu, et il demande à Chunka d'influencer Joseph Crane (l'ancien chef de la tribu) qui a décidé de militer en faveur des homosexuels.

Décidemment Aaron n'a peur de rien. Il décide d'aborder le thème de l'homosexualité en le mettant en perspective par rapport à la culture amérindienne. Le résultat est entièrement satisfaisant, et dénué de naïveté ou de niaiserie. Pour le coup, il ne s'agit absolument pas d'un artifice narratif. Ce thème trouve naturellement sa place dans la série ; Aaron expose la tradition amérindienne de manière intelligente par le biais d'un personnage crédible dans le rôle de passeur de savoir. Ce passage constitue une nouvelle étape dans les incursions en territoire de la culture amérindienne. À nouveau Aaron se révèle comme un auteur pour qui la réserve n'est pas qu'un décor de façade, mais bel et bien un lieu façonné par son histoire et celle de son peuple soumis par les colons blancs et leur culture imposée. Aaron évoque en particulier le rôle du moine Antonio de la Calancha (1584-1684) dans la réprobation de cette diversité d'identités sexuelles. Le lien n'est pas très clair puisque ce moine a surtout vécu en Amérique du Sud, au Pérou. Cette escapade est également l'occasion d'en apprendre plus sur Shunka, le bras droit de Lincoln Red Crow. Il va régler les affaires du patron à sa manière inimitable (force et brutalité).

Ces 2 épisodes voient le retour de Davide Furnò pour les illustrations. La comparaison avec Zezelj et Guéra n'est pas en sa faveur. Ses mises en scène sont moins inventives, et sa façon de dessiner moins détaillée, et moins sophistiquée. Il n'en reste pas moins que son style s'accommode bien avec la violence du récit et les sentiments exacerbés. La mise en couleurs de Giulia Brusco affermit la continuité des ambiances, le ton de la série lors du passage d'un dessinateur à l'autre.

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Épisodes 38 à 42 (illustrations de R.M. Guéra) - Ce n'est une surprise pour aucun lecteur : Dashiell Bad Horse a eu un père. Ces épisodes racontent son histoire, et poursuivent celle de Dashiell et celle de Carol Ellroy. Il est préférable de ne pas en dire plus.

Comment a été choisi le prénom de Dashiell ? Qu'est-il advenu de Claudine Dixon (la mère de Carol) ? Qu'est-il advenu du père de Dashiell ? La vie des principaux protagonistes continue d'évoluer, de les placer face à leurs responsabilités, à leurs choix, mais aussi face à l'héritage psychologique et affectif qu'ils ont reçu de leurs parents absents. La question de la responsabilité des parents vis à vis de leurs enfants devient centrale. Les personnages créés par Aaron ont acquis leur autonomie et vivent le plus naturellement du monde devant les yeux du lecteur. Les situations deviennent normales dans le sens où le lecteur a acquis une telle familiarité avec les usages de la réserve Prairie Rose, avec les valeurs de chaque individu qu'il peut apprécier la justesse de leurs actions. Il y a un investissement affectif qui fait que l'intérêt pour le récit est acquis d'avance. Cela ne signifie pas que le récit devient prévisible. Aaron poursuit son roman noir, ponctué de violence, de traîtrise, d'irresponsabilité dramatique, de conditions de vie déplorables, d'activités criminelles, et de mauvaises décisions. Il donne également une nouvelle chance à Carol et Dashiell lors d'une nouvelle rencontre dans le dernier épisode. Leur mode de communication évoque celui de Mance et Hazel au tout début de ce tome (décalage entre ce qui est dit, et ce qui est pensé). Il permet au lecteur d'apprécier la distance qui sépare Carol de Dashiell, et celle parcourue par Mance et Hazel au long de leur vie conjugale, pour se rapprocher.

R.M. Guéra illustre cette partie de l'histoire et, à nouveau, le lecteur peut goûter chaque page pour sa saveur extraordinaire. Le scénario d'Aaron comporte de nombreux endroits et de nombreux personnages et Guéra donne une saveur particulière à chacun d'eux. Au fil des pages, le lecteur tombe en arrêt devant un camion bâché empli d'amérindiens en costume accusant Wade Bad Horse de leur regard. Il ressent l'immensité de la nature lors d'une discussion au bord de la route avec les agents Baylis Earl Nitz et Bernston. La discussion entre Agnes Poor Bear et Carol Ellroy permet d'observer le langage corporel de la grand-mère, réaliste pour son âge. Cette fois-ci le passage par une hutte à sudation est parfaitement intégré visuellement au reste du récit, et ne présente aucune incongruité. Lincoln Red Crow est toujours impressionnant et imposant. Le repas de famille chez Agnes Poor Bear met en scène des individus normaux, très proches, dans un aménagement réaliste, reconnaissable. Cette scène de la vie ordinaire constitue également un moment psychologique d'une grande intensité, totalement transmise par les dessins, sans exagération des attitudes ou des expressions faciales. Le face à face entre Dashiell et Carol se déroule sur une route enneigée, dans une mise en scène un peu artificielle de duel, où là encore l'intelligence visuelle de Guéra fait des merveilles.

Avec ce tome, Jason Aaron et R.M. Guéra (avec l'aide de Danijel Zezelj, et Davide Furnò) démontrent avec éclat le niveau de leur réussite. Le lecteur a fini par moins se préoccuper du dénouement de l'intrigue, et plus du sort des personnages qui se sont incarnés pour devenir des individus familiers qui importent finalement plus que les manigances des uns et des autres, ou même que le plaisir cathartique de la violence et de la transgression des lois. Ces personnes continuent de souffrir dans You gotta sin to get saved (épisodes 43 à 49).
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Scalped Vol. 7: Rez Blues
Scalped Vol. 7: Rez Blues de Jason Aaron (Broché - 1 mars 2011)
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