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5.0 étoiles sur 5 Swinging London, 6 août 2011
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The League of Extraordinary Gentlemen Volume III: Century #2 1969 (Broché)
Après Black Dossier, Alan Moore a projeté la League of extraordinary Gentlemen (en abrégé LoeG) dans une aventure baptisée "Century", se déroulant en 1910 (cf. LoeG Century 1910), puis en 1969 (le présent tome) et enfin de nos jours (dans un troisième tome). Le présent tome est donc la deuxième partie d'une trilogie appelée "Century". Il est indispensable d'avoir lu le premier tome avant.

En 1969, dans une école privée dans le Sussex, 2 jeunes hommes prennent du bon temps dans la piscine couverte. 3 silhouettes encapuchonnées noient l'un sous les yeux de l'autre, trop défoncé pour pouvoir intervenir. Le lendemain, la nouvelle responsable du Nautilus débarque Allan Quatermain, Mina Harker et Orlando à Douvres. Ils sont missionnés par Prospero (responsable du Blazing World) pour enquêter sur la résurgence d'Oliver Haddo. Ils rejoignent le quartier général secret établi par Mina en plein coeur de Londres pour faire le point sur ce qu'ils savent et réfléchir à comment s'y prendre pour retrouver la trace du magicien. Le spectre de ce dernier apparaît à Mina au beau milieu de la nuit.

Pour ce tome, la narration se densifie tant et plus, que ce soit en mots ou en images. À un premier niveau, la Ligue (réduite à Mina, Allan et Orlando) intervient sur commande pour éviter l'avènement du Moonchild d'Oliver Haddo, et peut être celui de l'antéchrist (après une tentative avortée à New York d'après Ira Levin). Il s'en suit une enquête à partir du QG secret de la Ligue dans un Londres en proie à la liberté des moeurs. Le lecteur retrouve les personnages tirés de la littérature, les stéréotypes propre aux romans de genre (QG secret, poignées en forme de point d'interrogation, salle des trophées, allusions à d'autres Ligues, meurtres, un ou deux coups de poing et corps astraux). L'affrontement a bien lieu et le tome se conclut de manière claire (même si l'intrigue se conclut dans le tome suivant) par une scène terrifiante en 1977, année de naissance du punk). Moore aide même son lecteur à reprendre pied dans l'intrigue par le biais de la scène où les héros font le point.

Mais au fur et à mesure de la lecture, il est impossible de ne pas remarquer les allusions relatives à l'époque à laquelle se déroule l'action, ainsi que le lieu. Il s'agit du Summer of Love, à Londres. Alan Moore et Kevin O'Neill sont tous les 2 nés en 1953, ils avaient 16 ans en 1969, et ils en avaient 58 quand ils ont achevé ce récit. De fait, il regorge de mentions à des personnages réels ou fictifs liés à cette année ou cet endroit. Il est facile de reconnaître Jerry Cornelius (l'une des incarnations du Champion Éternel de Michael Moorcock), ainsi que d'autres personnages de fiction. Il est impossible de passer à coté des Rutles (version fictive des Beatles), ou de la contrepartie de Mick Jagger. Moore et O'Neill continuent de décliner des personnages réels sous forme romancée, comme ils l'ont fait dès le départ pour Aleister Crowley, sous l'identité d'Oliver Haddo. Cela devient nettement plus compliqué quand Moore référence des personnages créé par Jack Trevor Story (écrivain anglais, 1917 - 1991) tels que Horace Spurgeon Felton, ou Captain Universe, superhéros anglais créé par Mick Anglo (également créateur de Marvelman), ou encore Kosmo Gallion de Chapeau melon et bottes de cuir, car il s'agit de références culturelles 100% britanniques assez pointues. Or Moore a indiqué dans des entretiens qu'il avait également inséré des souvenirs personnels de cette époque (Steve Moore et Derek Strokes dessinés d'après une photo souvenir confiée par Moore à O'Neill), et que Kevin O'Neill en avait rajouté d'autres (non prévus dans le script initial) que Moore lui-même n'arrivait pas à reconnaître.

Faut-il vraiment savoir que le Basement Club est lieu inventé par Michael Moorcock dans une mythologie fictive de Londres pour apprécier pleinement ce tome ? Non, mais il faut comprendre l'état d'esprit de ses auteurs : je fais ce que je veux. Ça commence par un encart sarcastique en deuxième de couverture claironnant que le contrôle éditorial vous fera rentrer dans le rang (en sachant que pour "Century", Moore et O'Neill ont changé de maison d'édition pour ne plus avoir à rendre des comptes à un éditeur-censeur). Ça continue avec la radicalisation du style de Kevin O'Neill : les femmes ont des tailles de plus en plus fines, les passants ont les yeux globuleux ou complètement ronds, les rendus des visages s'approchent de l'esquisse et ont perdu tout pouvoir de séduction, les tétons des femmes sont plus souvent qu'à leur tour en érection, etc. Il faut dire que les 2 créateurs ont chargé la dose en érotisme, et en amour libre. Dès la première page, le lecteur assiste à une fellation et la nudité frontale s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Les illustrations sont toujours aussi précises, elles n'ont rien perdu de leur capacité à marquer durablement l'imagination (je pense en particulier à la forme astrale d'Haddo), elles sont passées à un niveau supérieur de provocation qui n'a rien de gratuit.

Le plus fort, c'est que les 2 auteurs réussissent également à développer leurs personnages (Mina devient l'âme de la Ligue, Allan a conservé sa mentalité presque timorée, Orlando souffre du poids des siècles), tout en développant des thématiques sophistiquées telles que l'impact du vieillissement sur l'individu (par le biais de ces personnages immortels), le Summer of Love (sous ses aspects d'usage de stupéfiants et de libération des moeurs), l'émancipation de la femme (Mina est maîtresse de sa sexualité - une scène incroyable avec Julia - elle est proactive, elle est exceptionnelle), la magie (l'acte suprême de création selon Moore) et le développement de la culture populaire (les héros victoriens conquérants issus de l'impérialisme expansionniste occidental par opposition à ceux de 1969 qui se nourrissent déjà de leurs prédécesseurs en recyclant des idées des décennies passées), etc.

Le tome se clôt par une nouvelle de 6 pages (en petits caractères, avec 4 minuscules illustrations, la suite de celle du tome précédent) expliquant d'où vient le Galley-wag (sa fuite d'une galère en 1896, sa rencontre avec le monstre de Frankenstein et les créatures du docteur Copelius à Toyland), ainsi que l'expédition lunaire de Mina et du Galley-wag en 1964 et leur découverte de plusieurs colonies lunaires singulières.

Ce tome exige du temps de cerveau disponible de la part du lecteur, ainsi qu'une participation active lors de la lecture. L'expérience est à la fois singulière, enrichissante, divertissante, provocatrice, intelligente, extraordinaire, etc.
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