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le 26 septembre 2008
Certes, Verlaine semblait être un être méprisable : tabassant sa mère à plusieurs reprises (ce qui lui valut de faire de la prison), frappant sa femme Mathilde alors qu'elle était enceinte, tirant deux coups de revolver sur son amant Arthur Rimbaud, il nous paraît loin de l'homme presque immatériel au nom ronflant peuplant nos cahiers d'écoliers ou y étaient inscrits ses plus belles poésies. Revers de la médaille (comme c'est souvent le cas de nombreux génie) il était doté d'un sens inégalé de la formule, résumant, par exemple, en quelques vers ce que la morale de l'époque réprouvait farouchement :

Le Pal
Est de tous les supplices
Le principal,
Il commence en délices
Le Pal,
Mais fini fort mal...

Ou bien doté de traits d'esprits dignes d'un Groucho Marx :

« Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations : Judas, par exemple, avait des amis irréprochables. »

Autre exemple, ou cette vision typiquement « verlainienne », faites de dérision et de provocation, se fait de manière délicieuse :

Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l'air, lançant son svelte trille,
Le prêtre, en blanc surplis, qui prie allègrement,

L'enfant de coeur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S'installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tous rondelets sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, coeur élargis, fronts ou flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !

Verlaine c'est avant tout cela. Une violente tempête enfermant en son sein une douce piété ; « un oxymoron vivant » comme l'a très bien résumé d'Ormesson. Flirtant avec les extrêmes, il s'avère que l'approche des mots par Verlaine est véritablement fascinant. Le récit qu'il fait de sa subite conversion - vrai ou imaginée - cristallise bien à elle seule le tempérament du poète, et c'est avec des mots d'un calme serein qui tranche nettement avec la grisaille de l'univers carcéral ou il est enfermé à la prison des Petites-Carmes à Bruxelles, qu'il écrit, avant sa célèbre conversion :

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
[...]
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
[...]

Difficile en si peu de ligne de résumer l'oeuvre immense de Verlaine (dont, comme c'est souvent le cas, le bon côtoie le moins bon), mais cet ouvrage renferme divers écrits, une abondante correspondance, des textes courts, des pensées, des poèmes, et une multitude de petits écrits nous faisants pénétrer de manière inédite dans l'intimité si tourmentée de l'auteur.
Claudel, et sa dureté légendaire, a très bien su capter la véritable nature littérature qui a habité Verlaine tout le long de sa vie, et vaut mieux à lui seul que n'importe quel discours :

« Il fut le publicain dans le coin le plus sale de l'Eglise et le pêcheur en larmes qui avoue. Dans ses meilleurs poèmes qui, il faut le reconnaître, ne sont pas nombreux (sic), on a l'impression rare, non pas d'un auteur qui parle, mais d'une âme que l'auteur ne réussit pas à empêcher de parler »

Pour finir, un petit passage de ses fameux textes « Mes Hôpitaux », ou le sarcastique se fait sentir de manière évidente et, il faut l'avouer, de manière savoureuse :

« J'ai un ennemi.
Ici. A l'hôpital. Oui ! Oyez !
[...]
Il est laid, de face anguleuse et roux de la plus déplorable nuance, la dent pourrie,
et l'oeil, atrocement bleu, chassieux, avec la barbe en balai à pot-de-chambre qui
serait moisie, minable non sans prétention à avoir été beau (il frise ou plutôt défrise
la quarantaine), l'accent plutôt cul-terreux que faubourien, traînard et bredouillard
[...] ».

Ce Verlaine là, atrocement humain aux accents de vérité, semble inconnu du grand public et il serait dommage de ne retenir que ses grands « standards ».

Certes, Verlaine était un voyou alcoolique et bagarreur, une âme pieuse baignant dans la violence la plus crade, mais ne peut-on pas tout pardonner à pareil génie ?
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