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5.0 étoiles sur 5 Superbe présentation
Probablement le plus drôle et le plus loufoque des romans céliniens, les deux parties de "Guignol's Band" sont admirablement présentées, avec "Casse-pipe", des annexes et des commentaires toujours pertinents et d'une grande érudition. Incontournable pour les amateurs de Céline!
Publié le 10 juin 2011 par Le Fauconnier

versus
16 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Céline me fascine
J'ai lu 4 fois Voyage au bout de la nuit et 2 fois Mort à crédit, les autres seulement une fois ( ou pas... comme L'Eglise que je viens de commander ).Le problème avec Céline c'est que les autres écrivains paraissent bien ternes. Chaque phrase est un petit chef-d'oeuvre et mérite d'être lue et relue avec délectation. Le...
Publié le 20 octobre 2008 par Louise Enilec


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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Superbe présentation, 10 juin 2011
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 3 (Cuir/luxe)
Probablement le plus drôle et le plus loufoque des romans céliniens, les deux parties de "Guignol's Band" sont admirablement présentées, avec "Casse-pipe", des annexes et des commentaires toujours pertinents et d'une grande érudition. Incontournable pour les amateurs de Céline!
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un prosateur inimitable, 1 août 2013
Par 
Philomèle (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 3 (Cuir/luxe)
N.B. : Amazon réunit sur chacun des tomes tous les commentaires des 4 tomes des romans de Céline en Pléiade.

COMMENTAIRE DU TOME 2 (5 étoiles) :

1) D'UN CHATEAU L'AUTRE (1957) (5 étoiles) : Le génie recouvré

Premier volume de la trilogie complétée par "Nord" et "Rigodon", qui évoque l’errance de Céline à travers l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce roman commence presque par la fin de l’aventure, le séjour de novembre 1944 à mars 1945 à Sigmaringen, où le gouvernement du maréchal Pétain a été déplacé par les Allemands et où se réfugient de nombreux collaborationnistes français. Après l’échec de "Guignol’s band" et de "Féerie pour une autre fois", on pouvait croire Céline « fini », mais le choix d’un épisode aussi sensible de l’histoire récente ne pouvait que renouveler l’intérêt des lecteurs, et stimuler l’inspiration de l’auteur. Peu s’y sont trompés : le grand Céline était de retour. Dans le premier tiers du roman, qui expose au présent la situation, la vie et l’état d’esprit de Céline installé à Meudon depuis son retour en France, on retrouve déjà le meilleur de l’écrivain : drôle, mordant, ironique, provocant, mais sur un mode très contrôlé et relativement sobre, parfois même presque distancié sinon assagi.

Ensuite, dans le récit du séjour à Sigmaringen, il ne faut chercher ni une autobiographie ni un témoignage historique : tout y est réinvention, transposition, omission, après plusieurs réécritures très travaillées (les pinces à linge faisaient pour les feuillets de Céline un office analogue à celui des « paperolles » de Proust dans son manuscrit). En revanche, si cette fausse chronique ne révèle pas la vérité historique des faits, elle restitue sans doute de façon plus authentique l’atmosphère de désarroi général, de décomposition et d’absurdité de ce monde de faux semblants qu’est la colonie française en exil (« une certaine façon d’exister, ni absolument fictive, ni absolument réelle »), et ce « port des épaves d’Europe » qu’était devenu Sigmaringen. Les personnages, allemands ou français, sont des plus pittoresques, surtout les collaborationnistes, gens perdus dans tous les sens du mot, objets de la haine des Français libérés et du mépris des Allemands en déroute, mais à presque tous, même aux plus sinistres, Céline confère quelque chose d’attachant ou de pathétique. Quant à lui même, bien qu’omniprésent, il se fait discret et réticent – beaucoup plus que dans la réalité – , se cantonnant prudemment dans un rôle de médecin bénévole et dévoué, et il préfère parler de son chat Bébert.

Céline joue sur plusieurs registres : celui du réalisme, en décrivant les aspects sordides de la vie des réfugiés et l’opposition entre les privilèges des notables du « gouvernement » installés au château (Pétain, Laval…) et la plèbe misérable des collabos de base, crevant de faim, de froid, de gale et de tuberculose. Celui de la fantasmagorie, dès la vision hallucinée – sous prétexte d’une crise de paludisme – de la « barque à Caron » sur la Seine, évocation des morts qui rappelle d’autres apparitions de fantômes dans "Guignol’s band" et "Féérie pour une autre fois", et qui est emblématique du roman tout entier, ce carnaval de morts en sursis. Enfin, comique jusque dans les jérémiades paranoïaques où il gémit sur son sort et se présente en bouc émissaire, Céline ne recule devant aucune exagération ni ne renonce aux inévitables bagarres ou débordements scatologiques – quoique avec plus de retenue que dans des ouvrages précédents – dans une veine burlesque et grotesque (« vous avez pas fini de rire ! »). Cela dit, il sait aussi émouvoir, par exemple dans le récit poignant de la mort de sa chienne Bessy.

Dans ce début d’une trilogie dont la matière lui fournit un climat d’apocalypse réel, à la hauteur de son imagination littéraire, et avec une réussite que "Nord" et "Rigodon" confirmeront, Céline, comme le disait à juste titre le prière-d’insérer de 1957, embarque son lecteur, pris par une irrésistible identification avec le narrateur, pour un « nouveau voyage au bout de la nuit », jusqu’à la fin d’un acte de la tragicomédie de l’Histoire. Á défaut d’avoir su renier ses folies idéologiques, Céline a du moins su recouvrer, à la fin de sa vie, son génie d’écrivain : pour la postérité c’est l’essentiel.

2) NORD (1960) (5 étoiles) : Survivre chez les fous

Deuxième volet de la trilogie allemande de Céline, "Nord" revient en arrière par rapport au séjour à Sigmaringen de novembre 1944 à mars 1945 déjà raconté dans le premier volet "D’un Château l’autre", pour décrire l’arrivée des réfugiés à Baden-Baden fin juin 1944, leur visite à Berlin en août, puis leur résidence forcée dans la ferme-manoir de « Zornhof », à 100 km de Berlin, en septembre-octobre 1944. Bien que les épisodes qu’il raconte soient un peu plus courts que celui de Sigmaringen, "Nord" est nettement plus long que "D’un château l’autre", sans doute du fait que sa structure narrative est plus complexe, plus travaillée dans la continuité : au lieu de dérouler une galerie de portraits séparés, genre "Mémoires" de Saint-Simon, avec une prétention affichée, sinon réelle, à la chronique historique, le roman se concentre sur les aventures personnelles du narrateur. Parallèlement à ce recentrage du point de vue, la syntaxe, beaucoup moins hachée et interjective que dans "Féerie pour une autre fois" ou "D’un château l’autre", s’est nettement assagie.

Les personnages, dont la plupart sont plus ou moins dérangés, restent nombreux et pittoresques, mais sont beaucoup mieux intégrés à l’action que dans le roman précédent et, plus longuement développés, permettent qu’on s’attache à eux. Malgré cette multitude de fous, peu d’explosions hystériques comme Céline les aimait, à part une crise d’épilepsie, et seulement trois meurtres et un incendie à la fin… Les trois compagnons du narrateur, dont l’omniprésence est essentielle (ils ne se séparent jamais de lui), sont toujours en retrait : sa femme Lili est aussi discrète que Bébert le chat, alors que l’acteur Le Vigan est étrangement halluciné et somnambulique.

Le point commun avec "D’un Château l’autre", c’est la distance littéraire prise avec le sujet : s’il y a au passage quelques évocations réalistes de l’atmosphère du Baden-Baden ou du Berlin de la débâcle allemande, elles prennent très vite un aspect caricatural, par exemple le zèle effrayant des Jeunesses hitlériennes dans leur chasse aux espions, ou la démonstration cynique et pleine d’humour noir de l’ « efficacité » et de la minutie bureaucratique de l’administration nazie. De même, Céline exploite toujours des détails autobiographiques, mais leur donne immanquablement des dimensions imaginaires, voire délirantes. Enfin, comme toujours, Céline distille tout au long du roman des digressions générales, des allusions à l’actualité des années cinquante, et des jérémiades savoureuses sur son sort depuis son retour en France.

Mais ce qui finalement impressionne le plus dans ce roman est le ton : que ce soit dans la description de l’Allemagne aux abois ou dans celle du microcosme malsain de « Zornhof », le regard myope du narrateur, toujours « la tête dans le guidon », voire « dans le sac », comme dirait Saint-Simon, le nez collé sur les difficultés de la survie quotidienne du petit groupe de réfugiés, presque aussi mal vus des Allemands envahis que des Français libérés, sa réticence dans les dialogues, la prudence de ses répliques (« certainement ! »), la confidence de ses arrière-pensées (« je me doutais… »), tout cela crée un climat oppressant de méfiance, d’inquiétude morale et de précarité physique permanentes, d’imminence constante de la mort, qui, malgré le comique et l’ironie, approche du fond de la déréliction.

3) RIGODON (1961) (5 étoiles) : Terminus

Dans ce dernier volet de sa trilogie Céline met bout à bout, comme s’il s’agissait d’un seul et même voyage, deux traversées ferroviaires de l’Allemagne en 1944 et 1945 : la première allant de « Zornhof » (séjour raconté dans "Nord") à Sigmaringen (épisode relaté dans "D’un château l’autre"), la seconde de Sigmaringen à Copenhague. Paradoxalement, c’est cette liberté prise avec la chronologie qui donne à "Rigodon" son unité et sa tonalité particulière : le premier roman était une chronique « historique », le deuxième un drame stagnant à huis clos, celui-ci est un roman d’aventures échevelé. Autres caractéristiques de "Rigodon" : concluant la trilogie, mais aussi tout l’œuvre de l’auteur, il multiplie les reprises allusives des thèmes précédents – même des souvenirs d’enfance – sous une forme rapide et resserrée, à la façon de la strette qui termine une fugue musicale. Enfin, plus court que les deux romans précédents – alors que Céline avait prévu d’aller jusqu’à la fin de son séjour au Danemark, il décida de l’abréger pour le finir avant de mourir – le livre souffre, malgré de minimes coupures à l’édition, de quelques répétitions et incohérences – à vrai dire peu gênantes – car la mort ne lui laissa pas le temps de revoir le manuscrit. Mais dans l’ensemble ni le style ni l’inspiration ne montrent la moindre trace de fléchissement.

Après un prologue inhabituellement traînant, le récit proprement dit, très romanesque, est immédiatement prenant : dans un climat d’urgence haletant, sans répit jusqu’à l’ultime passage, in extremis, de la frontière danoise, on saute avec le narrateur, sa femme Lili et le chat Bébert – l’acteur Le Vigan les quitte dans la seconde partie du voyage –, d’un train de fortune à l’autre, tassés parmi des marchandises, des réfugiés, des blessés, des malades ou des handicapés, on court d’une gare en flammes à une autre en ruines, on traverse Berlin, Hanovre, Ulm et Hambourg bombardées, dans des rues désertées et parsemées de cadavres de civils, les uns soufflés contre les murs comme à Hiroshima, les autres englués comme à Pompéi dans le bitume fondu par les bombes au phosphore,

Cette équipée dramatique des fugitifs est ponctuée des habituels couplets prophétiques sur le déclin de la race blanche et de l’Occident « christianémique », vindicatifs contre les têtes de Turc de l’auteur comme le « taenia » (Sartre), et récriminateurs contre l’humanité entière – sans épargner « l’anarchie allemande », « l’Allemagne en pleine furie nihiliste » – ces intermèdes constituant des pauses plutôt divertissantes. Mais Céline sait aussi glisser des pointes de tendresse, pour Bébert, pour Lili, pour les enfants handicapés – révélant la contradiction entre son racisme et sa compassion évidente pour tous les éclopés – : il réussit même à faire passer une émotion fugitive dans ses adieux à ses « amis » SS Harras et Kracht... Cette lecture fait regretter que Céline n’ait pas eu le temps de mener son projet jusqu’au bout : un dernier roman sur les années de prison et de misère au Danemark de 1945 à 1951 eût encore offert, n’en doutons pas, de quoi nous passionner.

4) APPENDICES (5 étoiles) :

- LOUIS-FERDINAND CELINE VOUS PARLE (1957, 17 minutes) (5 étoiles)
- ENTRETIEN AVEC ALBERT ZBINDEN (1957, 30 minutes) (5 étoiles)

En appendices ce Tome 2 offre la transcription de deux documents sonores, dont il est inutile de préciser qu’il est indispensable, pour ne rien perdre de l’élocution très particulière de Céline, et pour apprécier pleinement le ton, la verve, l’humour, l’ironie, et la saveur comique de ces textes, de les lire tout en écoutant leur version sonore, présente dans le précieux coffret de deux CD audio : Anthologie Céline.

Céline y définit son oeuvre comme celle d’un « styliste », d’un « coloriste », créateur d’un « style émotif » résultant d’un long travail, très difficile et délicat, tout à l’opposé du « style parlé » que certains lui ont prêté, et consistant à « faire sortir très légèrement la langue de ses gonds » pour restituer l’émotion que la langue académique a perdue. D’où le principal reproche qu’il fait, lui le connaisseur en dentelles, à ses semblables : « ils sont lourds et épais ».

L’intérêt de l’entretien avec Albert Zbinden est qu’il revient aussi sur l’attitude politique de l’écrivain entre 1937 et 1945 : Céline y expose avec une obstination désarmante tant l’immuabilité de ses convictions que leurs contradictions flagrantes. Et sur « cette histoire bien horrible » dans laquelle il s’est mis, il conclut, citant la sœur de Marat : « Ce sont là turpitudes humaines, qu’un peu de sable efface ».

COMMENTAIRE DU TOME 3 (4 étoiles) :

1) GUIGNOL'S BAND (1944-1946) (4 étoiles) : Un peu du pire, et beaucoup du meilleur

Ecrit pendant la Seconde Guerre mondiale et revu en prison au Danemark, ce gros ouvrage marque le retour de Céline au roman, sur un sujet le plus éloigné que possible de celui de ses désastreux pamphlets antisémites. Le récit, à la première personne, reprend les aventures de Ferdinand, le narrateur de ses deux premiers romans, à Londres où il est venu se mettre au vert en 1915-1916 après ses blessures de guerre. Mais très vite les choses tournent à la catastrophe : il n’y commettra pas moins de deux meurtres, un vol et un détournement de mineure ! Après une savoureuse adresse au lecteur et un prologue assez drôle replaçant la rédaction dans le contexte de l’exode chaotique de 1940, s’égrènent quarante séquences, de longueur extrêmement inégale – d’une demi page (séquence 38) à près de cent pages (séq.28) – sans césure narrative entre les parties I et II. Mais le roman est doublement inachevé puisque la seconde partie n’a pas été entièrement révisée, et qu'une troisième, prévue, n'a pas rédigée du tout (on n’en connaît que le début du synopsis).

Les « guignols », ce sont tous les personnages, fort nombreux, de cette sarabande infernale de 700 pages. A commencer par Ferdinand : à 22 ans, traumatisé par son expérience du « casse-pipe » de 1914, secoué de malaises, vertiges, hallucinations et délires en tout genre - notamment de culpabilité et de persécution -, mais aussi poussé au crime par des « impulsions irrésistibles », il subit déjà un destin mortifère qu’il voudrait en vain éluder (« Y a qu’à foutre le camp», dit-il exactement comme dans "Voyage au bout de la nuit").

En même temps, Ferdinand connaît un coup de foudre qui fait de lui l’amoureux transi, extatique, et jaloux d’une Virginie de 13-14 ans. Sa passion violente, absolue et maladive pour cette adolescente à la fois innocente et disponible aux sollicitations les plus maléfiques ne peut pas ne pas faire penser à celle du Humbert Humbert de Nabokov pour la future Lolita. Cet épisode nous vaut, dans la scène idyllique du jardin aux oiseaux, une rarissime évocation du « bonheur » par Céline. Les autres personnages ne manquent pas de relief : avant tout ceux du « milieu » londonien, sympathiques comme Cascade, maquereau humain et mélancolique, répugnants comme le prêteur Van Claben, effrayants comme l’anarchiste Borokrom, touchants comme le Dr Clodovitz, pathétiques comme « Pépé », Delphine, et les nombreuses prostituées, toutes plus ou moins nymphomanes, hystériques et alcooliques. D’autres sont plus ambigus, mais non poins inquiétants comme le colonel O’Collogham, ou pitoyables, comme Sosthène de Rodiencourt, l’extravagant « savant », frère jumeau, en plus caricatural, du Courtial des Pereires de "Mort à crédit".

On rencontre bien sûr des traits caractéristiques de l’auteur comme son empathie avec les animaux, son tropisme maritime dans la description des docks de Londres et de la Tamise, son sens du grotesque (l’atelier des masques à gaz), son obsession de l’évocation des morts (ses visions de revenants), et son attirance pour l’abjection, depuis les vomissures et la pourriture jusqu’à la scatologie. Quant au style, rappelons que la « révolution » du langage qu’il opère n’est pas collective : personne n’écrira jamais comme lui ; son génie, c’est d’avoir, comme tous les très grands écrivains, inventé une "voix" absolument singulière, un agencement de mots et de phrases caractéristique et inimitable, qui n’est aucunement réductible à la somme de ses ingrédients, qu’ils soient lexicaux ou syntaxiques : « style parlé » certes, si l’on veut, mais dans le sens où en lisant on "entend" la voix virtuelle du narrateur, et non dans celui où l’on pourrait parler comme il écrit et dire son texte au théâtre.

Pour finir, qu’est ce qui empêche "Guignol’s band" d’être au niveau de "Voyage au bout de la nuit", "Mort à crédit", "D’un château l’autre", "Nord", et "Rigodon" ? C’est que dans certaines séquences – et cette faiblesse sera encore plus manifeste dans son roman suivant, "Féérie pour une autre fois" – Céline en remet trop dans sa musique de cauchemar, qui finit par fatiguer l'oreille : au bout d’un moment sa machine s’emballe, dérape, fait du sur-place et s’empêtre dans l’excès de ses descriptions les plus mouvementées ; ainsi de façon trop répétitive et insistante dans les nombreuses scènes de bagarre (pas moins de cinq dans la première partie), d’explosions, d’incendie, et d’orgies interminables (celle du Touit-Touit Club dure vingt pages). De même, trois longues séquences de danse « magique », qui se veulent bouffonnes, ne sont en fait que fastidieusement potaches. Enfin, la complaisante description du fantôme de Mille-pattes en mort-vivant, en charogne puante, n’en finit pas. Mais après tout, ne dit-on pas que Schubert non plus ne « savait pas finir » ?

2) CASSE-PIPE (1936-1937) (3 étoiles) : Pour céliniens confirmés

"Casse-pipe" est un roman doublement incomplet : unique volet rédigé en 1936-37 d’un projet de triptyque, dont les trois-quarts furent perdus ou détruits en 1944, et dont il ne reste même pas cent pages, il devait relater les deux ans d’apprentissage militaire de Ferdinand (1912-1914), entre la fin de "Mort à crédit" et le début de "Voyage au bout de la nuit". Cette longue séquence d’ouverture ressemble à un exercice de style dans trois des registres de prédilection de l’auteur, ceux de l’injure, de l’abjection, et du chaos : cette caserne en délire, hurlante et puante est la caricature farcesque, mais à vrai dire plus documentaire et biographique que romanesque, de la vie militaire à la veille de la Première Guerre mondiale. Et certes le répertoire des invectives est immensément varié, souvent très drôle, et la matière scatologique s’étale, si l’on dire, largement. Quant au tohu-bohu, ce sont les chevaux en folie qui s’en chargent. Tel quel, ce début de récit peut faire regretter la suite et déplorer que Céline n’ait pas consacré à ce projet le temps qu'il a perdu à écrire ses désastreux pamphlets, mais il est douteux que cet échantillon suffise à donner une idée juste de ce qu’eût été l’œuvre achevée. Plus encore que les notes et variantes, ce sont les précieuses notices sur la genèse et la réception des oeuvres, ainsi que le lexique argotique, qui peuvent justifier l'acquisition de cette édition savante.

COMMENTAIRE DU TOME 4 (3 étoiles) :

1) FÉERIE POUR UNE AUTRE FOIS (1952-1954) (3 étoiles) : Un combat chaotique avec la forme

Renonçant à poursuivre "Guignol's band", Céline fait après la guerre le projet d’un roman en cinq parties, d’un type nouveau, plus directement autobiographique, sur la période 1944-1946, qui va de la veille de son départ de Paris jusqu’à son séjour en prison au Danemark. Quatre seulement seront réalisés ("Féerie pour une autre fois", "D’un château l’autre", "Nord", et "Rigodon"). La rédaction de "Féérie" fut très longue, entre 1945 et 1954, et fractionnée en une dizaine de versions successives. La première partie, "Féerie I", publiée en 1952, commence avec une apparition de mauvais augure, dans le Paris du printemps 1944 (« là que les horreurs ont commencé, (…) dix ans d’hallali »), mais d’emblée Céline mêle les temps : évocation de sa vie en prison, jérémiades sur l’injustice qui lui est faite et protestations d’innocence d’une part, relations tumultueuses à Montmartre avec son ami « Jules » (le peintre Gen Paul) d’autre part…

La seconde partie, "Féerie II", qui parut en 1954, est presque deux fois plus longue ; elle est centrée sur la description du bombardement aérien du quartier de la Chapelle par les Anglais en avril 1944 : de cet épisode méconnu, qui fit effectivement plusieurs centaines de morts et d’immeubles détruits, Céline se veut l’historien « scientifique », et se compare à Pline l’Ancien observant l’éruption du Vésuve. Dans les décombres de son immeuble de la butte Montmartre, sous le bombardement dont « Jules » est supposé être le « chef d’orchestre » du haut du Moulin de la Galette, Céline se débat, avec sa femme Lili et son chat Bébert, au milieu de l’agitation convulsive des locataires entassés dans une mêlée de plus en plus confuse, tournant au cloaque de plus en plus immonde, avec force invectives, bagarres, saouleries, vomissures et déjections variées : Céline a rarement été aussi loin dans son tropisme d’abjection.

Mais s’il avoue : « Rien ne m’enivre comme les forts désastres, je me saoule facilement des malheurs », son projet est avant tout formel ; comme il le revendiquera dans les "Entretiens avec le professeur Y" publiés juste après "Féerie", Céline assume désormais un souci prédominant du style, qui l’amène à fragmenter à l’extrême son récit ; il coupe court à tout récit suivi, la narration étant sans cesse traversée d’associations d’idées ou d’épisodes étrangers qui en rompent la continuité et en brouillent la cohérence, quitte à réduire à presque rien plusieurs péripéties développées dans les versions intermédiaires. Cette mosaïque de récits avortés témoigne d’une écriture qui fut très laborieuse, et fait de "Féerie II" le plus difficile de tous les ouvrages de l’auteur : « Même les admirateurs de Céline doivent faire un effort. (…) Il faut le lire en dix fois, et le relire dix fois, comme on lit l’Apocalypse » (A. Paraz). Il y avait déjà des passages de ce genre chaotique dans "Guignol’s band", mais pas aussi longs : ici ce ressassement désordonné, sans progression dramatique, tourne en rond pendant 300 pages ! « Vous allez me trouver monotone… », « Vous direz ; c’est toujours pareil… », prévoit-il avec lucidité, car la réception de "Féerie", surtout la seconde partie, ne fut pas bonne.

Selon l’humeur du lecteur, ce patchwork kaléidoscopique de souvenirs, d’hallucinations et de vitupérations risque en effet de paraître un exercice de style qui tourne souvent à vide, où Céline fait du Céline, mais où trop de truculence tue la truculence et où l’auteur tombe dans le travers qu’il dénonce souvent chez d’autres : la lourdeur. Cette édition savante présente de très abondants extraits des dix versions intermédiaires de "Féerie" : 500 pages d'appendices pour 480 pages de texte ! ces versions contiennent des épisodes ou des développements au moins aussi intéressants que ceux retenus dans la version définitive, et dans un style plutôt plus facile... Très précieuse aussi est la "première esquisse", relevé de souvenirs factuels devant servir d'aide-mémoire, rédigé en très courtes phrases de quelques mots chacune, sans "style" et pourtant parfois fort émouvantes, comme celles qui évoquent le fin de la vie de la mère de Céline ou le départ de Paris.

2) ENTRETIENS AVEC LE PROFESSEUR Y (1954) (3 étoiles) : un manifeste en trompe l'oeil

Au moment délicat de sa rentrée dans le monde littéraire de l’après-guerre, Céline, déçu par l’insuccès de son roman "Féerie pour une autre fois", éprouve le besoin de s’expliquer, à sa manière provocante, dans une interview imaginaire. D’emblée, il fait preuve d’une ironie féroce à l’égard de son éditeur Gaston Gallimard et de son second Jean Paulhan, ainsi que de la majorité des autres écrivains, surtout intellectuels et universitaires, accusés de se complaire dans la reproduction de « chromos » traditionnels rendus complètement obsolètes par l’invention du cinéma. Á tous ces tâcherons académiques, Céline oppose son invention de ce qu’il appelle le « rendu émotif », « lyrique », ou encore le « lyrisme drôle ». Il affirme « retrouver l’émotion du « parlé » à travers l’écrit » : « l’émotion ne se retrouve, et avec énormément de peine, que dans le « parlé ». »

Ce style radicalement nouveau, il le présente comme « l’invention d’un petit truc », certes très difficile à réaliser, mais simple technique d’artisan. Pour l’expliciter, il recourt à des comparaisons : avec l’impressionnisme face à l’invention de la photographie, ou avec la musique pour justifier les fameux « trois points » : « Imaginez-vous la musique sans points de suspension ? ». Il utilise aussi des métaphores : celle, bizarre, d’un « métro émotif », qui ne s’arrête jamais, dont les rails « biseautés » « ont l’air droits mais ne le sont pas du tout », et dont les fameux « trois points » seraient les « traverses » ; ou bien celle, plus classique, du bâton dont le reflet se tord dans l’eau : ainsi il faudrait tordre le réel et le langage pour faire parvenir « l’haletante émotion » directement au lecteur, « dans l’intimité de ses nerfs ! en plein dans son système nerveux ! », au point que celui-ci « en jurerait, que quelqu’un lui lit dans la tête… dans sa propre tête ! »

On peut rester sceptique quant au côté simplement « technique » de cette révolution stylistique : l’impuissance de ses nombreux suiveurs à l’imiter tendrait plutôt à attester la nature absolument subjective et singulière de la prose célinienne. Á vrai dire, ce texte laisse sur sa faim le lecteur curieux de pénétrer cet « art poétique » : il n’en saura pas plus, car Céline n’a pas la fibre théorique. Ce petit livre vaut donc surtout comme scène de comédie, par la verve et le persiflage d’un auteur conscient de son génie, qui « nage le crawl alors que les autres en sont encore à la brasse », et n’hésite pas à se proclamer avec insistance « le plus grand écrivain du siècle ». Mais c’est aussi la limite de l’ouvrage, et la farce grotesque et grossière (incontinence urinaire à la clef) dans laquelle Céline achève de se moquer de son interlocuteur imaginaire n’est sans doute pas l’exemple le plus convaincant de sa manière.
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9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Céline sera toujours Céline, 12 août 2011
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 3 (Cuir/luxe)
Nec plus ultra pour les amateurs du contre-versé écrivain...une foultitude d'annotations qui vous font pénétrer in-vivo dans l'univers tourmenté et abracabrantesque de l'inimitable Céline, joyau littéraire du XXème siècle.
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30 internautes sur 39 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La suite logique d'une bonne bibliothèque, 2 juillet 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 1 (Cuir/luxe)
Un ami m'avait un jour trouvé les exemplaires en format poche première édition de Mort à Crédit et de Voyage au bout de la nuit sur un vide-grenier, mais je n'avais fait que les parcourir, j'étais trop jeune,

Les ayant revu dans cette collection je me suis laissé tenter,

Le style de l'auteur m'a tellement séduit, j'y ai passé des moments si formidables que j'ai continué la collection en m'intéressant à l'auteur, ses biographies et même à retrouver l'album qui lui est dédié par la Pléiade en 1977 .

Voyage se lit d'un bout à l'autre, il y a comme un moment où l'on peut se dire, il manque quelques chose, un petit goût de je ne sais quoi comme si l'auteur avait oublié la fin et qui laisse nous laisse sur la faim,

Mort à crédit ce sont les décors, les réflexions, les images, une tragédie bourrée d'humour , du vécu romancé certes, de l'unique, narré comme si on le voyait sur une scène de théatre avec acteurs en chair et en os , pour l'instant il est de loin mon roman préféré .

Céline a inventé une manière d'écrire et de décrire...

Naturellement la pléiade offrant dans sa prestigieuse collection les oeuvres non censurées de l'auteur en plusieurs tomes avec commentaires éclairés, sur du papier bible, reliure pur cuir et filets dorés, que du bonheur à toucher et à lire,

A ne pas que placer dans toute bibliothèque qui se respecte mais à lire également...

Les prémisses de l'un des plus grands écrivains français du 20è siècle.
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16 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Céline me fascine, 20 octobre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 4 (Cuir/luxe)
J'ai lu 4 fois Voyage au bout de la nuit et 2 fois Mort à crédit, les autres seulement une fois ( ou pas... comme L'Eglise que je viens de commander ).Le problème avec Céline c'est que les autres écrivains paraissent bien ternes. Chaque phrase est un petit chef-d'oeuvre et mérite d'être lue et relue avec délectation. Le personnage est fascinant et déroutant.
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Attendu, 23 août 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 2 (Cuir/luxe)
S'acheter un exemplaire de la pleïade, n'est pas un achat comme un autre .
Céline, vingt ans aprés ... N'ayant rien perdu de son humour, de son cynisme, et surtout, de son style inimitable . Une "amazone" vous proposant Céline demain chez v
ous . Des heures de lecture enfiévrée et en jouée, on en oublie la canicule ...
Partez en voyage avec Louis ferdinand, vous m'en direz des nouvelles .Céline : Romans, tome 2
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Toujours un plaisir, 17 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 1 (Cuir/luxe)
Louise Enilec admire Céline, mais lui met seulement trois étoiles... Est-ce une erreur de frappe, ou autre choses qui justifierai cette note médiocre ? Céline, de grand talent, a toujours souffert de son " Non politiquement correct ". N'empêche que cet auteur illustre mérite d'être découvert.
Doumé auteur de Alias K871 (Nouvelles fantastiques)
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3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 il aura fallu du temps, 9 septembre 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 1 (Cuir/luxe)
pour que Céline rentre dans la cour des grands de la pléiade.
Mais il faudra encore plus de temps aux sectaires et aux crétins pour découvrir cette langue française .
Mélanchon s'en inspire dans ses discours ,comme Audiard dans ses Films.
Mais cela ne suffit pas pour rendre Cet écrivain Obligatoire dans les classes de Français.
Et pourtant c'est le dernier écrivain qui après Balzac,Zola dépeint si bien l'âme Humaine.
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4 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 have fun, 21 septembre 2008
Par 
Tomasino "perse" (paris) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 1 (Cuir/luxe)
un livre pour les désabusés de la vie !
un pamphlet antiguerre d'une centaine de pages fantastique (au début).
décrivant certaine couche social (les "prolo" et tout pleins d'autre) d'une fantastique manière un peu abusé mais si réaliste...
j'ai lu pas mal de commentaire ou ceux qui ont lu céline en ont été dégouté blablabla,je comprends pas pourquoi c'est tout simplement un très bon livre,qui ce lit très vite,écrit un peu comme si l'auteur parlait, d'une manière plutôt rustre par moment soit.
c'est juste un vécu,une bonne dose d'humour (rarement un livre m'auras fait tant rire vu le sujet).
il est vrai que la fin du voyage laisse un peu a désirer.
perso j'ai lu que le voyage et j'entame mort a crédit (au collection la pléiade le vol 1) have fun
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Aucun internaute (sur 3) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Parfait, 12 février 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Céline : Romans, tome 1 (Cuir/luxe)
Livraison rapide.
C'était pour un cadeau de Noël à mon fils donc je ne l'ai pas lu, mais si je l'ai choisi c'est que je savais qu'il compléterait ainsi sa collection dans cette série.
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Céline : Romans, tome 1
Céline : Romans, tome 1 de Louis-Ferdinand Céline (Cuir/luxe - 22 octobre 1981)
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