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17 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La perfection faite Pléiade, 19 avril 2010
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : OEuvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans (Cuir/luxe)
Six étoiles, c'est possible? Pour l'auteur, un des plus grands romanciers du 19ème siècle, et un géant américain, très connu de nom et pourtant relativement peu lu en France. Pour les oeuvres rassemblées ici en particulier. Pour l'édition, mettant en valeur les textes comme on le fait rarement dans une édition critique. Pour la Pléiade qui montre ici avec éclat ce que cette collection peut apporter au-delà de ses atours luxueux. Six étoiles pour un sommet.

Précisons qu'il s'agit du 4ème et dernier volume de l'édition des oeuvres de Melville en Pléiade. Toutes valent l'achat, mais s'il ne fallait en retenir que deux, ce serait évidemment le titanesque tome 3 rassemblant Moby Dick & Pierre ou les Ambiguïtés et celui-ci. Philippe Jaworski est le maître d'oeuvre de ces quatre ouvrages, et on ne peut que lui tirer son chapeau devant un travail aussi colossal, l'oeuvre d'une vie somme toute - il avait déjà édité sa thèse sur Melville il y a une vingtaine d'années: Melville : Le Désert et l'Empire.

Si vous voulez découvrir Moby Dick, c'est donc dans l'édition en Pléiade qu'il faut le faire. Parce que la traduction est supérieure à la plupart des éditions de poche, mais aussi parce que si la lecture ne peut être encombrée de la lecture permanente de notes, c'est un roman qui doit être accompagné, ce que font parfaitement l'introduction, la notice et les notes. On apprend à lire et à comprendre ce roman pour ce qu'il est, sans que pour autant cet appareil critique conséquent ne bride trop notre propre lecture. Ce chef-d'oeuvre total trouve là une édition sinon définitive, tout au moins particulièrement éclairante.

Il en va de même pour tous les tomes, en particulier pour ce tome 4, qui rassemble des oeuvres distantes de plus de trente ans, très diverses, romans et nouvelles:
- Israël Potter
- Les contes de la véranda (dont Bartleby le scribe, Benito Cereno, Les Iles enchantées) et autres contes
- L'escroc à la confiance
- Billy Budd, marin

Du très connu Bartleby (trop par rapport au reste?) au roman inachevé et pourtant particulièrement cohérent Billy Budd, tout ou presque est traduit, présenté et annoté par Jaworski avec une clarté et une précision remarquables. Sa connaissance du champ (littéraire, mais aussi historique et contextuel, sans oublier celle de la langue anglaise) lui permet d'éviter les erreurs de traduction et de lecture que commettent beaucoup de traducteurs et critiques francophones dont le champ de connaissances est plus limité. Sur Bartleby, il rappelle ce qui devrait être une évidence et ne l'était pas à force de dérives: la formule tant commentée pour sa supposée étrangeté, "I would prefer not to", est parfaitement grammaticale et pas si surprenante que cela, et les traductions de plus en plus farfelues qui en ont été données, même si elles flattent la perception que les lecteurs aiment avoir d'un personnage qui se rebelle, sont à côté de la plaque. L'intérêt réside non pas tant dans la révision de la traduction que dans l'argumentation dans la notice sur un point qui engage toute la lecture que l'on peut avoir de l'oeuvre. Le traducteur montre la réflexion qui est à la racine de ses choix, et comment ceux-ci proviennent d'une vision des oeuvres, autant qu'ils la nourrissent. Ce qui devrait toujours être le cas, mais qu'en tout état de cause seule une édition de ce type permet de mettre en lumière aussi vivement.

Jaworski ne cache pas l'amour qu'il a pour L'Escroc à la confiance (connu auparavant sous le titre peu évocateur de Le Grand Escroc), texte il est vrai très étonnant, révélateur de l'étrange mélange melvillien, souvent ironique et ambigu, à mi-chemin entre l'incarnation et le théorique.

Rappelons que Billy Budd a donné naissance à un très grand opéra composé par Benjamin Britten, que je vous invite à découvrir dans la foulée: Billy Budd (ou dans ce coffret).

Bref, que ce soit pour profiter de la quinzaine de la Pléiade à venir bientôt - l'album 2010 sera consacré à Molière d'après ce que j'ai compris - pour votre anniversaire, pour Noël, pour faire tout simplement un cadeau, à vous-même ou à un être cher, vous aurez compris que je vous conseille cette Rolls absolue de l'édition française. Un des meilleurs traitements jamais réservés à un auteur américain, une édition en quatre tomes qui atteint la perfection - enfin, on est chez Melville, chez qui encore plus que chez d'autres on ne fait que la poursuivre en vain, pour mieux se fracasser. Pas d'échec de ce type ici: une réussite aussi complète qu'il peut en exister.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un livre à emporter avec soi sur une île déserte, 8 février 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : OEuvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans (Cuir/luxe)
Si j’ai acheté ce livre, c’est bien sûr, parce qu’il contient ses romans bien connus comme « Billy Budd » et « Israel Potter » dont la valeur littéraire n’est plus à discuter, et aussi parce qu’on y trouve les « Contes non recueillis » et ‘ « L’escroc à la confiance », nouvelles qu’on trouve difficilement ailleurs, mais surtout parce qu’il inclut « Les contes de la Véranda » et « Bartleby », ce dernier se démarquant du reste comme un OVNI. Je n’ai lu qu’une seule fois ses autres romans. En revanche, je ne sais plus combien de fois j’ai lu et relu « Bartleby », dans sa version originale aussi bien que dans toutes ses traductions, intrigué par l’énigmatique personnalité du scribe. Chaque nouvelle lecture jette, en fonction de l’humeur du moment, un nouvel éclairage sur ce que les critiques appellent « l’énigme Bartleby » sans qu’ils ne réussissent jamais à le déchiffrer ; car j’ai lu presque toutes leurs exégèses et aucune ne m’a satisfait. A force donc de le relire si souvent, l’énigme pour moi n’en est plus une. Il est maintenant clair que pour moi, Bartleby n’est pas un personnage spécifique, mais un archétype symbolisant le monde spirituel, ou le monde des idées dans le sens platonicien du terme, ou encore la réalité indiscriminée dans le sens bouddhique du terme, par opposition au monde matériel de ceux qui vivent dans une caverne, illusoire, tronquée et impermanent, représenté par Wall Street, le cabinet d’avocat et par la faune qui le peuple. Le comportement du scribe est régi par les principes qui gouvernent les êtres délivrés de leurs passions : vide, non-conceptualisation,-non poursuite ; par opposition aux principes contraires, illusion, discrimination et désir, qui gouvernent les autres personnages du récit.
Premier principe : Vide. Les êtres intelligents doués de sensibilité prennent souvent conscience de l’impermanence de l’existence, lorsqu’ils sont confrontés à ses manifestations absurdes, tout comme ces saints lorsqu’ils assistent au spectacle de la souffrance humaine. Comment Bartleby le scribe en est-il passé par là ? Le récit nous donne un indice à la fin : il aurait été un employé au service des lettres au rebut, passant ses journées à brûler par milliers des lettres au rebut, « parfois du feuillet plié, le pâle employé retire un anneau : le doigt auquel il était destiné s’effrite dans la tombe, un billet de banque charitable, envoyé en toute hâte : celui qu’il eut secouru ne mange plus, ne connait plus la faim ; le pardon, pour ceux qui sont morts dans l’affliction ; l’espoir, pour ceux qui sont morts dans le désespoir ; de bonnes nouvelles, pour ceux qui sont morts accablés sous le poids des malheurs. Messagères de vie, ces lettres courent vers la mort ».
Deuxième principe : Non-conceptualisation. Le bouddhisme zen enseigne que la non- discrimination entre sujet et objet permet de voir la réalité dans son essence, où tout est interdépendant et interconnecté. La non-discrimination mène à une fusion du « soi » avec l’univers et brise ainsi la chaîne de la causalité. Il n’y a plus de cause, plus d’effet, un peu comme ces moines bouddhistes qui s’immolent par le feu et restent impassibles sous les morsures des flammes, parce que eux et le feu ne font plus qu’un. Pour Bartleby, la chaîne des causes et effet n’existe plus. On apprend qu’il se nourrit exclusivement de gâteaux au gingembre. Ces gâteaux affreusement piquants ont les effets physiologiques escomptés sur ses deux collègues, extrême agitation ou grave indigestion selon le cas. Sur le scribe, le gingembre n’a aucun effet.
Troisième principe : Extinction de tout désir et non-poursuite. C’est l’explication de ce sempiternel « Je préférerais ne pas » que Bartleby oppose à toutes propositions, mêmes bienveillantes, qu’on lui fait. Dés lors que l’existence n’est qu’illusion, il n’y a plus lieu de poursuivre quel but que ce soit.
Il est difficile pour un être éveillé à la connaissance de faire part de son expérience mystique à un non-initié par le verbe. C’est pourquoi aux questions pressantes du narrateur qui n’arrive pas à comprendre son attitude, Bartleby ne peut que lui répondre : « Ne le voyez-vous pas de vous-même ? ». Melville est conscient des barrières de l'incommunicabilité, il a eu donc le tact de s’abstenir de toutes explications inutiles, nous laissant le soin, par suggestions feutrées, de deviner le fonds du problème par nous mêmes. Il va même jusqu’à se distancier de ce drame humain qui devrait être normalement être traité avec le plus grand sérieux qui se doit, en introduisant de ci de là une pointe d’humour faussement involontaire qui nous saisit d’un fou-rire incontrôlable.
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OEuvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans
OEuvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans de Herman Melville (Cuir/luxe - 25 février 2010)
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