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39 internautes sur 42 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la bibliothèque de Babel, 31 décembre 2008
Par 
Thomas Varela (France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enquêtes / Entretiens avec Georges Charbonnier (Poche)
Les essais de Borges, ses conférences et ses entretiens sont inséparables des nouvelles fantastiques qui l'ont rendu célèbre. Quand Borges écrit un conte, il dépeint différentes formes de labyrinthes, physiques et psychologiques, ou temporels. Dans ses essais, il nous plonge dans le dédale de la pensée et de l'imagination, l'histoire des idées concue sous la forme d'un labyrinthe.
Dans les deux cas, le lecteur assiste à la création d'un objet littéraire assez unique qui consiste en l'accumulation (ou la mise en perspective) de références littéraires, historiques, philosophiques ou religieuses, qui prennent vie grâce à l'art de Borges de leur trouver ou de leur imaginer des filiations secrètes, des correspondances cachées et de les faire se répondre les unes aux autres. L'art de puiser dans un savoir encyclopédique, c'est à dire scolaire et donc mort, pour le faire apparaître sous un jour nouveau et surprenant. Borges disait que les bons lecteurs étaient plus rares et plus précieux que les bons écrivains. C'est une maxime qui s'applique avant tout à lui même, bien que sa modestie, réelle ou feinte, l'ait empêché de le formuler ainsi. Il a passé sa vie à lire et son oeuvre constitue une sorte d'autobiographie littéraire, elle retrace son parcours de lecteur en nous montrant que, contrairement sans doute à la plupart des lecteurs, Borges a reussi a donner une dimension supplémentaire, un supplément d'âme, d'originalité et de beauté aux choses qu'il lisait. Comme tout grand écrivain, Borges décrit un homme, lui-même, mais il le fait à travers le prisme du labyrinthe de ses lectures. Même son autobiographie est imaginaire.
Il est amusant que ses deux meilleurs livres, fictions et enquêtes, portent des titres génériques, presque impersonnels. Ils sont d'ailleurs les archétypes de deux genres littéraires bien particuliers, même si chacun est le reflet de l'autre: la nouvelle et l'essai borgésien. On parle souvent de l'érudition infinie de Borges (cela fait partie du personnage) et sans doute l'auteur de la bibliotheque de babel avait-il lu TOUS les livres -même les plus mauvais- mais les auteurs évoqués dans Enquêtes sont ceux, et ils ne sont pas si nombreux, qu'il a continué à ressasser pendant les 30 à 40 ans qui ont suivi la rédaction des articles réunis ici.
Pour un lecteur français, ces articles ont aussi l'attrait de mettre l'accent sur des traditions littéraires qui ne nous sont pas nécessairement familières, la littérature hispanophone bien sûr mais aussi (et peut etre surtout) anglaise, coleridge, carlyle, chesterton, wells, swedenborg...
Enquêtes est pourtant un des rares livres de Borges ou on trouve des articles consacrés à des Français, Flaubert si mes souvenirs sont bons, peut-être baudelaire, du moins à travers Poe. Aussi étonnant que cela puisse paraitre à un francais, borges a réussi à etre un des plus grands glossateurs de la littérature universelle... sans s'intéresser à la France! il dit parfois qu'il a aimé hugo dans sa jeunesse mais on sent que les auteurs francais, en dehors de quelques poètes, ce n'est pas son truc... dans un de ses cours de littérature anglaise, il se lance même dans une charge contre "l'idéologie francaise".
Dans Enquêtes, on trouve pourtant une très belle page sur la libération de Paris, où il dit que le 23 août 1944, il a compris qu'une émotion populaire, un mouvement de foule, pouvait ne pas être vulgaire.
C'est aussi dans Enquêtes que j'ai appris l'existence d'une oeuvre (presque) française: le Vathek de William Beckford, roman orientalisant à la manière des mille et une nuits, écrit en Francais au XVIIIe siecle par un jeune aristocrate anglais. L'histoire est tellement saugrenue et invraissemblable, que j'ai tout d'abord pensé qu'il s'agissait d'un de ces auteurs fictifs tout droit sortis de l'imagination de Borges, dont une des techniques littéraires consiste, plutôt que de composer laborieusement un roman de 500 pages, à supposer que le roman en question existe déjà pour pouvoir en écrire un compte rendu fictif de quelques feuillets... Quand Borgès mentionne la préface que Mallarmé a écrit à ce conte oriental, j ai cru qu'il s'agissait d'un artifice supplémentaire, destiné à rendre plus crédible ce pastiche de critique littéraire, à brouiller davantage les pistes entre la réalité (c'est à dire, en l'occurence, la littérature...) et la fiction. Quelques mois plus tard dans une bibliotheque, je tombai sur la bien réelle préface consacrée par Mallarmé à cet ouvrage. C'est alors seulement que j'ai compris que le Vathek existait "vraiment".
Je n'ai pas honte d'afficher ainsi mon ignorance car cette anecdote montre que Borges réussit à faire vivre à son lecteur des expériences borgésiennes. J'ai honte en revanche d'avoir été aussi bavard sur un auteur aussi expert en concision.
Une dernière phrase tout de même pour vous recommander la lecture de ce livre qui semble contenir plus de pages qu'il est physiquement possible d'y insérer, et qui vous donnera envie d'en lire beaucoup d'autres.
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Enquêtes / Entretiens avec Georges Charbonnier
Enquêtes / Entretiens avec Georges Charbonnier de Jorge Luis Borges (Poche - 22 mai 1992)
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