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4.0 étoiles sur 5 Un témoignage unique
Le Feu /Henri Barbusse
Prix Goncourt 1916, ce témoignage fut vécu dans les tranchées en première ligne des troupes françaises en 1915 dans l’Artois. Barbusse en rédigea le texte final à l’hôpital de Chartres après avoir été blessé au combat. Antimilitariste militant et pacifiste de...
Publié le 16 novembre 2012 par Gerard Müller

versus
9 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Le Feu ? Follet !
Entre ceux qui ont passé des jours, des semaines, des mois, voire des années dans les tranchées et ceux qui ont lu ce livre, je me demande lesquels sont les plus à plaindre? Je n'aurais jamais dû lire ce "livre" après l'excellent "Ceux de 14" de Maurice Genevoix, la comparaison est trop douloureuse!

Tout sonne faux dans ce...
Publié le 17 novembre 2012 par Hervé J.


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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un témoignage unique, 16 novembre 2012
Par 
Gerard Müller "médicactus" (Nouvelle Caledonie) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu: Journal d'une escouade (Poche)
Le Feu /Henri Barbusse
Prix Goncourt 1916, ce témoignage fut vécu dans les tranchées en première ligne des troupes françaises en 1915 dans l’Artois. Barbusse en rédigea le texte final à l’hôpital de Chartres après avoir été blessé au combat. Antimilitariste militant et pacifiste de toujours, il resta néanmoins patriote et quoique réformé pour raison de santé, il s’engagea et fut volontaire pour aller en premières lignes.
Au début du récit, l’auteur, dans un style magnifique, puissant et imagé, décrit le réveil des soldats au petit matin dans une aube grise et humide, et nous fait part de son espoir : « La plaine qui ruisselle, striée de longs canaux parallèles, creusée de trous d’eau, est immense, et ces naufragés qui cherchent à se déterrer d’elle sont une multitude…Mais les trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur, dans la guerre de la boue, lèvent leurs faces humaines où germe enfin une volonté. L’avenir est dans les mains des esclaves, et on voit bien que le vieux monde sera changé par l’alliance que bâtiront un jour entre eux ceux dont le nombre et la misère sont infinis. » Son idéalisme serait bien déçu de voir où nous en sommes de nos jours.
Des hommes de tous les métiers, venus de tous les horizons, de cultures différentes, citadins et campagnards, de tous les âges se retrouvent dans les tranchées, boyaux boueux et quasi sépulture pour bon nombre d’entre eux. Victimes du froid, de la faim, de la soif, de toutes les privations, ils vont vivre l’enfer face à l’armée allemande et Barbusse miraculeusement va en réchapper.
Et puis le cri de Bertrand compagnon d’armes de Barbusse : « Honte à la gloire militaire, hontes aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. »
Un témoignage unique, éblouissant et terrible de réalisme sur une guerre que l’oubli guette au fil des 11 novembre qui se succèdent. Neuf millions de morts tout de même ! Pour la patrie !
Ce récit est considéré comme un chef d’œuvre de la littérature mondiale de guerre.
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La guerre du feu....., 20 octobre 2013
Par 
Darko "From Hell !" (Bretagne - France depuis 1492) - Voir tous mes commentaires
(TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu: Journal d'une escouade (Poche)
Le moins que l'on puisse dire c'est que voilà un ouvrage qui ne laisse pas indifférent, à la fois brillant et critiquable, il offre une vision engagée de la Grande Guerre. Plus qu'un simple témoignage, c'est un livre militant avec ses bons et ses mauvais cotés.

Henri Barbusse est âgé de 41 ans lorsque débute le premier conflit mondial. Engagé volontaire en première ligne, il y restera jusqu'au 18 novembre 1915, date à laquelle des ennuis de santé le contraindront à poursuivre la guerre en tant qu'infirmier, avant d'être définitivement reformé le 1er juin 1917. Décoré de la croix de guerre avec citation dès le 8 juin 1915, Barbusse a fait preuve d'un courage au feu qui ne peut être mis en doute et qui légitime son droit à parler de cette guerre, ce que d'autres feront sans jamais avoir quitté le fauteuil de leur salon..."Le feu" sera d'abord publié en feuilleton tout au long de l'année 1916 dans le journal "l'oeuvre", avant de paraitre en livre et finir l'année couronné du prix Goncourt le 15 décembre 1916.

Sur le plan littéraire, l'ouvrage est écrit dans un style magnifique, quasi faulknerien avant l'heure, avec ses jeux d'ombre et de lumière, ses phrases toutes en impressions, ses descriptions crépusculaires du champ de bataille. Mais l'auteur a également choisi de faire parler ses camarades dans le jargon "tranchérien" qui était le leur, mélange bigarré de langues et de patois des différentes régions de France et là, force est de constater que le résultat n'est pas toujours convaincant et parfois même un peu pénible à lire. On imagine très bien que cette langue reconstituée du peuple des tranchées, en majorité composé d'ouvriers et de paysans, est plus proche de la réalité que celle, très châtiée, du jeune étudiant allemand enrôlé de "A l'ouest rien de nouveau", mais il y manque les accents et les intonations pour que le procédé porte réellement. A titre d'anecdote concernant ma région, je rappellerai que de nombreux conscrits bas-bretons, plongés dans le chaos de la guerre, maitrisaient mal le français et qu'ils réclamaient souvent le boire et le manger dans l'idiome du pays - bara gwin - le pain et le vin - ce qui a donné le terme, tout droit sorti des tranchées, "baragouiner" en français !

Sur le plan de la construction du livre, la couleur est annoncée dès le premier chapitre. La nouvelle de la déclaration de guerre dans le sanatorium donne lieu aux premières déclamations pacifistes. L'allemand déclare "j'espère que l'Allemagne sera vaincue", tandis que le français hurle : "arrêter les guerres ! Est-ce possible ! Arrêter les guerres ! La plaie du monde est inguérissable". Puis, il ne se passe plus rien pendant 200 pages. Certes, la guerre est bien là, présente en toile de fond, mais Henri Barbusse utilise surtout les tribulations de son escouade sur le front pour une mise en scène destinée à dénoncer certains mauvais comportements : celui des planqués de l'arrière qui font la bombe pendant que les obus explosent, celui des embusqués qui s'affairent à ne rien faire dans les quartiers généraux, celui des hauts gradés plus tracassés par leur literie que par leurs compagnies, celui des profiteurs de guerre qui vendent le pinard à prix d'or, celui des femmes infidèles fraternisant avec le prussien, enfin celui de l'armée toute entière fusillant des innocents pour l'exemple. Certes, ces comportements ont existé, mais la charge est lourde, à tel point qu'elle donne souvent l'impression que l'ennemi le plus redoutable se situe derrière plutôt que devant !

A titre d'exemple, il y a ce fameux épisode du "boyau international" qui fit couler tellement d'encre à l'époque ! Si l'on tient compte des différentes attaques et contre-attaques, offensives et contre-offensives qui marquèrent le déroulement de la guerre, il ne semble pas invraisemblable qu'à un moment donné une même tranchée ait pu être occupée simultanément par des allemands et des français, chacun à son extrémité ! Mais l'épisode de la fraternisation entre poilus français et alsaciens enrôlés dans l'armée allemande, qui vont jusqu'à emmener l'un des nôtres derrière les lignes ennemies (à Lens) pour voir ce que fabrique sa femme, s'avère totalement fantasmagorique ! Tout ce petit monde prenant à la légère le risque d'être fusillé à la premier occasion si jamais ils étaient découverts, l'un pour espionnage (il porte l'uniforme allemand) et les autres pour haute trahison !

Barbusse a reconnu avoir inventé certaines des situations décrites dans son livre et c'est là que le bas blesse : un ouvrage, dont une partie est constituée de fictions, peut-il faire témoignage ? Cet épisode du "boyau international", que l'on retrouve à plusieurs endroits du livre et dont l'existence fut mise en doute par Norton Cru, porte un coup certain à la crédibilité du récit, au moins jusqu'à ce moment là ! Par la suite les choses s'améliorent, à partir de la page 200 environ on entre dans le vif du sujet. C'est particulièrement vrai s'agissant du chapitre intitulé "le feu" qui vaut à lui seul la lecture de l'ouvrage. La description apocalyptique du champ de bataille ne peut renvoyer qu'à une expérience vécue; l'horreur dans toute sa banalité quotidienne, à tel point que certains reprocheront à Barbusse d'en faire trop et d'avoir exagérer la misère humaine des tranchées...Et pourtant...

Sur le plan politique, à plusieurs endroits du livre, Barbusse prend clairement des positions pacifistes. C'est notamment le cas page 298, lorsqu'il fait dire au caporal Bertrand, citant Karl Liebknecht : "Honte à la gloire militaire ! Honte aux armées ! Honte au métier de soldat, qui change tour à tour les hommes en stupides victimes ou en ignobles bourreaux !" . Mais c'est surtout dans le dernier chapitre, "l'aube", que Barbusse exprime son profond dégoût de la guerre ("faut tuer la guerre !") et qu'il relie ce combat à la nécessité des luttes sociales, reprenant en cela les idées d'un Jean Jaurès pour qui la guerre n'était que l'aboutissement logique du système capitaliste. "Tant que dans chaque nation, une classe restreinte d'hommes possédera les grands moyens de production et d'échange (..), tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu'elle domine sa propre loi, qui est celle de la concurrence illimitée (...), du combat quotidien pour la fortune et le pouvoir, tant que cela sera, cette guerre politique, économique et sociale suscitera des guerres entre les peuples. C'est de la division profonde des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations."

A méditer en ces temps de mondialisation effrénée, d'accroissement des tensions internationales, de progression des écarts de richesses et de montée des extrêmes....Partout dans le monde des nations réarment : Russie, Chine, Inde, Brésil... Partout dans le monde, de nouveaux réactionnaires rêvent de gloire nationale et de pureté raciale ou religieuse. En Europe, ils rêvent de mettre à bas l'Union Européenne et de stopper la "mauvaise" immigration. Une fois ce but atteint, il ne faudra pas attendre longtemps pour voir resurgir les antagonismes nationaux et les vieilles haines du passé. La guerre est-elle si loin qu'on le pense généralement en Europe ? Ou notre vieux continent barbare pourrait-il encore succomber à ses vieux démons ?

Henri Barbusse sera logiquement le premier intellectuel français à adhérer au PCF à sa création en 1920. Dès lors, il soutiendra la ligne dure du parti et son alignement pour les positions de l'URSS jusqu'à devenir un stalinien acharné. Une intransigeance qui ne lui porte pas chance, puisqu'il qu'il décédera en 1935, lors d'un voyage à Moscou, officiellement d'une pneumonie, officieusement empoisonné sur ordre de Staline...

Un livre qui n'emporte pas toujours la conviction, mais un livre à lire, ne serait-ce que pour la beauté de la langue.
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5.0 étoiles sur 5 Horreur de la guerre!, 12 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Feu, Journal d'une Escouade (prix Goncourt) (Format Kindle)
Quel talent dans la description des sentiments et de l'ambiance affreuse de ceux qui étaient à la guerre en 1914. C'est dur à lire.

La folie des hommes. Plus jamais cela se dit-on en le refermant.
Et en voyant à l'horizon la même folie guerrière des hommes penser 'y arriverons nous' ?

Par contre cela me parait dur de faire lire comme programme de tel livre à des jeunes de 19 ans
Peuvent ils réellement réaliser ce qui s'est passé ?
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4.0 étoiles sur 5 La Première Guerre mondiale vécue de l'intérieur, avec les tripes : de la vérité mise en mots, 17 décembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu: Journal d'une escouade (Poche)
Parmi les romans destinés à dénoncer les horreurs de la Première Guerre mondiale, Le Feu fut l’un des premiers, et est toujours parmi les plus importants. Son auteur, Henri Barbusse, engagé volontaire, y narre dès décembre 1915 (publication en août 1916, prix Goncourt quelques mois plus tard – à une époque où ça avait encore un sens) ce qu’il a vu, entendu, senti, ressenti durant les quinze premiers mois d’une guerre dont certains espéraient encore, au moment où il écrivait, qu’elle n’en aurait plus que pour quelques mois.

Ce qui frappe, dès les premières pages, c’est le parti pris par Barbusse de faire s’exprimer les soldats dans leur(s) langue(s) propre(s) : lorsqu’ils prennent la parole, celle-ci est parsemée d’argot, d’élisions, d’erreurs syntaxiques, voire de régionalismes. Ce parti pris est expliqué et justifié durant le treizième et très bref chapitre, intitulé « Les Gros mots » : un soldat voit le narrateur prendre des notes, et lui demande s’il fera « parler les troufions […] comme ils parlent » ; lorsque le narrateur lui répond par la positive, le soldat lui répond : « Quoi que je ne m’y connais pas en livres, c’est courageux, ça, parce que ça s’fait pas, et ce sera très chic si tu l’oses ». Ce bref chapitre est destiné avant tout au lectorat collet-monté de 1916, qui a de la peine à s’imaginer que l’on parle si mal dans les tranchées, lieu où s’est pourtant réfugié tout l’héroïsme de la France : qu’on ne reproche pas à Barbusse de faire parler « mal » les soldats, c’est ainsi qu’ils parlent, eux qui pratiquent différents métiers, proviennent d’un peu partout en France, mais appartiennent globalement à la même classe sociale, juste en dessous de la bourgeoisie – la classe sociale qui va lire ce livre.

Avec un soupçon de manichéisme, Barbusse tient cette bourgeoisie pour unique responsable de la guerre et affirme qu’elle est absente de l’armée, ou que, si elle y est, elle fait partie des « embusqués », ceux qui ne risquent rien à des kilomètres loin derrière les tranchées. C’est à cette bourgeoisie qui ne comprend rien à la guerre, qui n’y voit qu’un élan héroïque contre les affreux Allemands, que s’adresse donc Barbusse, le futur admirateur de la Révolution russe, qui mourra d’ailleurs à Moscou en 1935 : dans l’ultime chapitre, intitulé « L’Aube », le narrateur rapporte des propos de soldats qui ressemblent d’ailleurs fort à des dissertations sur l’amitié entre les peuples, avec des phrases telles que celle-ci : « puisque la justice est voulue par les peuples et que les peuples sont la force, qu’ils la fassent » - faire dire ça à un soldat au front, comme si ce propos émanait de la voix de l’armée dans son ensemble, c’est un peu naïf et ça montre surtout l’objectif idéologique poursuivi par Barbusse.

On ne peut pour autant lui en tenir rigueur, et tant pis pour les approximations et les quelques manipulations dont il est responsable dans Le Feu : en 1915, au moment où il écrit, le communisme est encore un rêve magnifique qui aurait entre autres pour vertu d’amener l’égalité entre les hommes et d’empêcher les guerres. De surcroît, en lisant Le Feu, on ne peut que comprendre pourquoi deux systèmes s’opposant à l’état bourgeois, le fascisme et le communisme, ont pu rencontrer les préoccupations des peuples dans les années vingt : après avoir vécu une pareille horreur, on ne peut qu’en chercher les responsables et désirer à toute force les chasser du pouvoir, à n’importe quel prix.
Car c’est là toute la valeur véritable du Feu : la narration sans recul du vécu au front… Les premiers chapitres racontent plutôt l’inconfort mais aussi l’ennui, le vide de l’attente, que ce soit dans les tranchées ou en cantonnement, puis le mépris, voire la haine pour l’arrière, les embusqués, les gendarmes, tous ceux qui ne pourront comprendre cette vie misérable : « Et tu les entendais aussi raconter des batailles, car i’s sont au courant mieux qu’toi des grands machins et d’la façon dont s’goupille la guerre, et après, quand tu r’viendras, si tu r’viens, c’est toi qu’auras tort au milieu de toute cette foule de blagueurs, avec ta p’tite vérité. »

Puis arrivent les chapitres où sont narrés des combats, des assauts littéralement invisibles : le soldat pris dans le flux ne sait plus où il en est, les pieds pataugeant dans la boue (quand ce n’est pas sur la main pendante d’un cadavre…), les oreilles assourdies par les détonations, les yeux empêchés de voir à quelques mètres par la fumée… Là, Barbusse touche à la puissance, tant le lecteur est mis en empathie avec le soldat, quasi forcé à partager son expérience jusqu’à ce qu’elle a de plus dur – le séjour en compagnie de cadavres, d’amis souvent, en décomposition… Puis Barbusse, qui a du style, qui a de la plume, parvient à ce paradoxe : montrer l’assaut comme le déplacement d’éléments naturels en furie tout en rappelant ce que sont véritablement ces soldats : « Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine – bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux des baïonnettes, que ce sont simplement des hommes. »

Puis il y a l’absurdité : une corvée de terrassement s’égarant entre les boyaux des tranchées (« La Corvée »). Puis il y a l’horreur d’un hôpital sous-terrain (la façon dont le narrateur raconte son accès est étouffante, à déconseiller aux claustrophobes – saisissant chapitre intitulé « Le Poste de Secours ») soudain proie des bombardements. Puis il y a cet ultime chapitre, « L’Aube », qui certes se conclut sur quelques pages qui sont un appel vibrant et compréhensible au pacifisme et à la fraternité, mais surtout s’ouvre sur une sorte d’après-Apocalypse, durant laquelle l’eau tombée du ciel a unifié les hommes, dans la mort par noyade infâme, la main dressée au-dessus du parapet bourbeux et glissant, ou dans la survivance hébétée de statues de glaise déambulant sur un champ de bataille devenu marécage entrecoupé de tranchées devenues canaux.

A cause des partis pris évoqués ci-dessus (faire parler les soldats comme ils parlent vraiment, à la limite du maniérisme ; l’opposition manichéenne méchants-bourgeois-de-l’arrière contre gentil-peuple-ouvrier-au-front), j’ai failli passer à côté du Feu : les cent premières pages m’ont un peu agacé. Mais j’ai décidé de continuer, et c’est à ce moment que s’est révélée toute la grandeur de ce roman : lorsque Barbusse laisse courir sa plume, devient parfois lyrique dans l’horrible, et fait quasi ressentir, à un siècle de distance, ce que fut l’existence d’un « troufion », ce séjour inconfortable en compagnie de la mort, cette incompréhensible obligation de monter à l’assaut, à ce moment-là de ce récit, et jusqu’à ses dernières pages, on a conscience d’avoir dépassé la limite du grand roman pour basculer du côté de la vérité mise en mots. Lire Le Feu et A l’Ouest Rien de Nouveau, ça ne remplacera jamais de se renseigner sur la Grande Guerre, mais, au-delà des expositions proposant des visites interactives, c’est ce qu’il y a de plus pertinent pour tenter d’approcher une vérité, celle située à hauteur d’hommes, sur ce conflit qui vit l’Europe se suicider et le vingtième siècle naître dans la douleur.

PS : le roman étant tombé dans le domaine public, on peut aisément s’en faire une idée sur WikiSource.
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un classique sur la Grande Guerre, 22 novembre 2010
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu: Journal d'une escouade (Poche)
Un classique du témoignage sur la Grande Guerre. Le dossier complémentaire (oeuvre d'art - le triptyque d'Otto Dix, La guerre - et les autres témoignages sur la guerre) est particulièrement intéressant.
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5.0 étoiles sur 5 Dur, mais passionnant, 21 juillet 2014
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Le premier chapitre ne laisse pas deviner ce qui se passe par la suite. Le texte est réaliste et sans concession par rapport à ce qu'on pu penser les combattants de la première guerre mondiale. J'envisage une adaptation sonore. Cela devrait être assez saisissant, même sans image.
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4.0 étoiles sur 5 Excellent, 6 septembre 2014
Par 
Erentraut (France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
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Cette oeuvre a trouvé grâce aux yeux de ma fille, qui n'est pas une littéraire.
Acheté pour la prépa scientifique, il a réussi le tour de force de lui plaire.
Facile à lire, ni à comprendre (excepté le dialogue avec Becuwe !). Pas trop long et intéressant.
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4.0 étoiles sur 5 insupportable Comment vivre après cela?, 9 juillet 2014
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Atrocité de la guerre des tranchées. Misères delà survie désespoir souffrances inimaginables réalités atroces Ou estDieu? Qui organise tout cela?@
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5.0 étoiles sur 5 A lire pour ne pas oublier, 25 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Feu, Journal d'une Escouade (prix Goncourt) (Format Kindle)
Beaucoup d'émotions en lisant ce livre fort intéressant. A lire sans hésitation. On s'aperçoit par ces écrits de la bêtises humaines .
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5.0 étoiles sur 5 Une vision réaliste de l'apocalyse de 1914-18, 30 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu: Journal d'une escouade (Poche)
Je ne connaissais pas ce classique de la guerre de 1914 et le livre m'a fortement impressionée: on perçoit très bien que ce qu'il raconte il l'a vu et vous donne parfaitement l'idée du carnage et comme en plus le livre est très bien écrit...
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Le feu: Journal d'une escouade
Le feu: Journal d'une escouade de Henri Barbusse (Poche - 11 janvier 2007)
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