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15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L oeuvre exigeante d un poète intransigeant, 31 août 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Feuillets d'Hypnos (Poche)
Cette réédition dans une collection scolaire de poche est remarquable. L oeuvre de René Char est accompagnée d un dossier très complet et de la "lecture" indispensable d un tableau de Georges de La Tour qui s appelait "Le Prisonnier" quand René Char a écrit sur lui alors qu il était, dans la Résistance, Le Capitaine Alexandre pendant les années 1942-1944.
Ce recueil contient 237 "notes" qui sont autant des éclats, des pépites que de simples fragments. Griffonnées sur les feuilles d un carnet que René Char a appelé "garde-butin", elles ont été publiées en 1946 et dédiées à Albert Camus. Aphorismes ou rélexions, elles se lisent comme des poèmes. Hypnos, dieu du Sommeil, frère jumeau de Thanatos la Mort et dont la mère est Nyx la Nuit, est une référence évidente aux ténèbres dans lesquelles La France d alors était plongée. Les "feuillets" sont autant les feuilles d un carnet que les feuilles d automne ou d hiver que le feu ou le vent auraient pu emporter à jamais.
Ce recueil est exigeant, comme le poète est intransigeant sur les principes. La rencontre à travers les siècles de René Char et de Georges de La Tour est une coïncidence étrange et exemplaire.
On ne peut se contenter de "survoler" ces fragments. Il faut les lire, les relire et les méditer. Le francais de René Char en vaut la peine.
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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil", René Char, 6 novembre 2010
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Feuillets d'Hypnos (Poche)
René Char (1967 - 1968), alias Capitaine Alexandre, alias Hypnos dans la Résistance, poète engagé dans le combat contre la barbarie nazie et les collaborateurs (il déposa ainsi au pied de la porte de l'appartement de l'écrivain collaborateur Jean Giono, une bombe qui n'explosa pas), chef d'un groupe de maquisards en Provence nous fait le don de 237 feuillets écrits dans le combat, pensées sur la guerre, l'humanité, la responsabilité, la souffrance, le destin.

René Char violente les mots, le dépèce de la gangue des usages qui les endorment, les projette pour en faire jaillir l'essence même la plus vitale. Poète des sens, René Char est donc engagé. Pour René Char en effet, il est impossible de dissocier l'action du poète de celle du combat dans la Résistance. D'autres poètes et écrivains penseront et agiront de même : Louis Aragon Le collaborateur et autres nouvelles, Albert Camus - à qui "Feuillets d'Hypnos" est dédié - Lettres à un ami allemand, Vercors Le silence de la mer : et autres récits et tant d'autres écrivains de l'ultime instant précédant l'exécution La vie à en mourir : Lettres de fusillés, 1941-1944.

Ces feuillets d'Hypnos ont été écrits dans la période la plus dure de la Résistance quand les lumières du phare d'Alger ne parvenaient que timidement à franchir l'épais brouillard de la souffrance en métropole, soit l'hiver 1943 à l'été 1944.

"Résistance n'est qu'espérance" (168)

Sur ce que le courage permet d'embrasser : "L'acte est vierge, même répété." (46) que l'on plongera dans ce terrible constat de l'angoisse : "L'angoisse, squelette et coeur, cité et forêt, ordure et magie, intègre désert, illusoirement vaincue, victorieuse, muette, maîtresse de la parole, femme de tout homme, ensemble, et Homme" (235)

Lucidité sur la collaboration et la léthargie des masses en France : "La France a des réactions d'épave dérangée dans sa sieste. Pourvu que les caréniers et les charpentiers qui s'affairent dans le camp allié ne soient pas de nouveaux naufrageurs." (24)

Effrayante responsabilité de chef :

"Horrible journée ! J'ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l'exécution de B. [le poète Roger Bernard]. Je n'avais qu'à presser la détente du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé ! Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons, au moins égaux en nombre aux SS. (...)" (138) Il ne tirera pas pour éviter les représailles qui auraient été infligées au village.

Lucidité du poète, sans ombre aucune de l'orgueil, dépouillé de toute vanité : "Sommes-nous voués à n'être que des débuts de vérité ?" (186)

Le tableau du peintre Georges de La Tour, intitulé le "Prisonnier" inspira René Char pendant toute la guerre. Une reproduction en couleur était fixée sur le mur au-dessus de sa table de travail.

NB : Je salue la grande qualité intellectuelle des deux commentateurs Alain Jaubert et Marie-Françoise Delecroix pour leur dossier faisant suite au texte.
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Feuillets d'Hypnos de René Char (Poche - 22 mars 2007)
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