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28 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Coups à l'estomac
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé. »

Un notable d'aujourd'hui, tranquille fabricant de dentelles dans le Nord de la France, rencontre, pour ses affaires, Hans Frank, un client allemand. Les deux hommes se comprennent à demi-mot : ils se connaissent depuis quarante ans. Ils étaient officiers dans...
Publié le 31 mars 2010 par foxie

versus
11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 La guerre, c'est sale
Si vous désirez profiter de l'illustration pratique de la notion de "Pavé littéraire", je vous conseille vivement de jeter un coup d'aeil sur Les Bienveillantes de Littell. Parce qu'avant même de l'entamer, son gros poids XXL super lourd (1500 pages écrit mini-minuscules) a de quoi vous assommer. Passée cette première constatation...
Publié le 24 septembre 2010 par Goldeneyes


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28 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Coups à l'estomac, 31 mars 2010
Par 
foxie "vie en livres" (france) - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé. »

Un notable d'aujourd'hui, tranquille fabricant de dentelles dans le Nord de la France, rencontre, pour ses affaires, Hans Frank, un client allemand. Les deux hommes se comprennent à demi-mot : ils se connaissent depuis quarante ans. Ils étaient officiers dans la SS pendant les années noires du Troisième Reich. Dans ces années-là, notre digne commerçant était le Dr Max Aue, diplômé en droit, officier de la SA, unité paramilitaire du Parti National Socialiste.
De 1933 à la fin du conflit il fut un fonctionnaire rigoureux et convaincu du régime nazi. Il nous invite, sans mettre de gants à sa plume, à reparcourir cette période de l'Histoire que la génération de « l'après » connaît peu : comment montrer, comment nommer ? Les bourreaux, eux, ne parlent jamais : ils se fondent dans le paysage. Les victimes, la plupart du temps se taisent : comment dire l'indicible ?
Le Dr Aue, lui, est sans états d'âme et sans remords, « libre de toute contrition ». Il ne regrette rien des massacres planifiés, organisés, auxquels il a participé. Cette épopée terrible et terrifiante, nous emmène à l'arrière-ban des conquêtes du Reich, de la Pologne à l'Ukraine, de Stalingrad à l'écrasement de Berlin Rien ne nous est épargné. Aucun recul possible. Le récit est cru, brutal, admirablement écrit et construit. Il nous faut boire ce vin jusqu'à la lie, le cœur entre les dents et rester un long moment, stupéfaits, anéantis et silencieux, la main posée sur la dernière page. Car cela fut !

« Ceux qui tuent sont des hommes, comme ceux qui sont tués, c'est cela qui est terrible. Vous ne pouvez jamais dire : je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire ; J'espère ne point tuer. »
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85 internautes sur 94 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un grand livre - tout de même, 7 février 2008
Par 
zybine, amateur éclairé (Paris) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Bienveillantes - Prix Goncourt et Prix du roman de l'Académie française 2006 (Broché)
La sortie en poche des Bienveillantes, 18 mois après le coup de tonnerre de la première publication, offre l'occasion de juger plus sereinement le Goncourt 2006 dont la réception a été largement polluée par des débats somme toute annexes (Littel et son agent, Littel et les prix, Littel et la langue française...) mais rendus inévitables par le succès proprement incroyable du livre, qui en a fait l'objet d'une querelle littéraire (elles sont si rares qu'on peut s'en réjouir), puis un « sujet de société ».
Comme plus personne ne l'ignore, les Bienveillantes dépeint l'odyssée de l'improbable Maximilian Aue, nazi homosexuel, matricide, incestueux et néanmoins cultivé - il est aussi, entre autres qualités, à moitié français et en proie à de graves problèmes intestinaux. Acteur de la campagne d'Ukraine au sein des Einsatzgruppe, il suit l'avancée allemande jusqu'en Crimée puis à Stalingrad, avant, ayant été blessé, de servir d'officier de liaison entre la SS (et les camps de la mort) et Albert Speer (et l'appareil économique) puis de subir la débâcle finale.
Les critiques innombrables faites au roman ont parfois frappé juste : le personnage central est totalement improbable du fait de ses tares innombrables comme de ses traits contradictoires ; les descriptions de ses perversions sont fréquemment complaisantes ; l'onirisme (voulu par la structure mythique adaptée d'Eschyle) tombe fréquemment à plat (par exemple dans l'assommant chapitre « Air » sur la retraite poméranienne de Aue). D'autres ne me semblent pas devoir être retenues : non, le style n'est pas plat ou maladroit et c'est bien la preuve d'un réel talent de romancier que de dépeindre aussi admirablement les paysages et les ambiances des contrées traversées comme les états d'âme collectifs des combattants. Et que de personnages remarquables ! Il n'est pas donné à tout le monde de créer des types comme le beau-frère Von Uxküll, artiste ostracisé et néanmoins antisémite fanatique (sauf en matière de musique - admirable, sa déclaration d'amour pour Schönberg !), l'ami Thomas, nazi zélé et viveur, le monstrueux Dr Mandelbrot. Non, la lecture n'est pas rendue malaisée par l'abondance de termes allemands, les longs développements sur les rivalités bureaucratiques au sein de l'Etat nazi et plus généralement la documentation prodigieuse rassemblée par Littel, car c'est bien cet effort de réalisme qui donne finalement tout son prix au roman. Non, enfin, le personnage principal n'écrase pas le lecteur sous ses fautes : c'est peu dire que le narrateur nous tient à bonne distance (ce qui est admirablement explicité dans le brillant chapitre introductif).
Cet énorme roman charrie donc perles et maladresses, passages admirables (la rencontre avec le bolchévik, l'explication par Mandelbrot de l'opposition entre Juifs qui veulent devenir des Allemands policés et économes et Allemands qui veulent devenir comme les Juifs antiques, mais soumis à un Dieu völkisch...) et ratés, voire ridicules (le nez d'Hitler, ici proposé dans une version différente de celle de la première édition - on n'y gagne pas). Il lui manque la rigueur des classiques et le brio des génies pour prétendre au titre de chef d'oeuvre dont on l'a abusivement qualifié. Ceci dit, au regard de l'état actuel de la littérature française, c'est évidemment un OVNI à lire toutes affaires cessantes.
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11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Epoustouflant, 3 septembre 2009
Par 
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Bienveillantes : Coffret (Broché)
Livre fascinant, histoire passionnante.
En revanche, je trouve qu'il est assez facile à lire.
Le plus frappant, c'est tous ces détails, fidèles à l'Histoire, toutes ces descriptions minutieuses des personnages figurant dans ce roman. Par moment, les détails sont difficiles à supporter, c'est cruel, violent, sadique, on vit toutes les horreurs de la guerre du point de vue d'Aue puis on se dit:"Mais bon, c'était la guerre, c'était comme ça".
Le personnage est effectivement dérangeant, par moment, il est très difficile de se mettre à sa place et de comprendre son fonctionnement, on lit son récit, son histoire ... ce caractère a de multiples facettes, pas toujours évidentes à supporter.
Sur le coup, l'épaisseur du livre fait peut-être un peu peur mais les quelques 1400 pages passent vite finalement, on est souvent absorbé par ce récit, notamment lorsque le narrateur raconte les évènements dans les pays de l'Est puis les bombardements de Berlin en 44 et 45.
Une fin assez surprenante aussi.

Je n'ai pas du tout regretté cet achat et je recommande vivement ce livre à tous ceux qui s'intéressent à l'époque du troisième Reich et de la seconde guerre mondiale.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 excellent, 27 avril 2012
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Bienveillantes : Coffret (Broché)
Un des meilleurs livres que j'aie pu lire ces dernières années. Le genre de livre qu'on garde à son chevet. Pour les âmes sensibles certains passages sont d'une cruauté assez féroce mais ne reflètent malgré tout qu'une réalité passée. Cela nourrit la réflexion sur les conflits qui ont pu suivre et qui ressemblaient ou ressemblent à ces passages (Cambodge, Tchetchénie, Soudan, Burundi, .....) JL va chercher au plus profond de la "machine" sociale, politique ou administrative afin d'expliquer ce qui permet ou force à faire remonter l'homme, même instruit, à ses instincts primaires les plus violents. Le passage le plus fascinant pour moi se situe dans les chapitres expliquant la linguistiques, le tissu social,des pays de l'est traversés par les armées du Reich. C'est d'une complexité inouie et pourtant JL arrive à nous la faire comprendre facilement. Certains passages font penser qu'on est sous acide et on a plus l'impression de lire un livre, on le vit. Incroyable ! Le mélange de styles se révele alors vraiment fabuleux. On lit et on apprend ! Bravo également pour le style et le souci du détail de Jonathan Littell. Vraiment un ouvrage impressionnant. Je l'ai lu deux fois en deux ans .....
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8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Merci M.Littell !, 11 octobre 2009
Par 
Rachel (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Bienveillantes : Coffret (Broché)
J'adore ce livre ! Voilà c'est dit . Je ne lis pas beaucoup de livres d'auteurs contemporains , je l'ai lu quand on ne parlait pas beaucoup de ce livre , une critique à la télévision m'avait intriguée . Un SS homosexuel pris dans la tourmente de l'histoire .
Ce livre m'a donné envie d'en savoir plus sur la Seconde Guerre Mondiale et de discuter avec ma grand-mère , à cause du livre de M.Littell un nouveau lien s'est créé avec ma grand-mère et je lui en serais éternellement reconnaissante . Il a peut-être quelques erreurs mais comme il le dit 'c'est un roman' , pour ce livre fût un tremplin pour discuter , pour réaliser encore mieux ce qu'était la Seconde Guerre Mondiale . Et puis rien n'empêche pas personne , avec les moyens d'aujourd'hui , de chercher , de lire pour en savoir plus sur ces années qui ont marquées le monde !
J'ai a-do-ré les envolées lyriques de Maximilien , quand il va voir sa mère et fait face à son beau-père , ce passage m'a beaucoup marquée . Quand il est 'enrolé' dans les SS , quand il participe à la campagne de Russie , le siège de Lenningrad etc
M.Littell écrit un très bon français , chapeau ! Il reste un de mes livres favoris et je suis sur le point de le lire une deuxième fois , Maximilien , bizarrement me manque !
Encore merci pour ce merveilleux livre M.Littell et tout ce qu'il m'a apporté !
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49 internautes sur 59 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 l'évènement de la rentrée?, 19 octobre 2006
Par 
Voilà une somme, parfois ardue à suivre, mais qui tient la distance. Difficile et dérangeant de s'imaginer dans la peau d'un bourreau, surtout s'il est un homme "ordinaire", cultivé, probablement intelligent, avec ses amours, ses haines et également ses perversions.

De tout le roman, car c'est avant tout un roman - très bien documenté, Littell a du passer beaucoup de temps dans les écrits des historiens, les minutes des procès de l'après guerre et les cartes d'état-majors - je reste frappé par le rationnalisme morbide qui se dégage de la narration. le "héros" se décrit avec une distance impressionnante, une véritable analyse déviante et désincarnée, sans sentiments pour ses victimes ni vraiment pour ses proches et amis. Il semble vouloir nous pousser à nous demander si, en en de mêmes circonstances, nous aurions été, nous aussi, identique à cet homme.

C'est peut être la description actuelle la plus réussie de ce que l'homme peut avoir de monstrueux en lui. Je ne connais de comparable dans cette analyse que le livre de Robert Merle "la mort est mon métier" qui se base sur le vie de Rudolf Hoess, le concepteur et chef du camp d'Auschwitz.

Cela dit, ce roman ne doit pas constituer la seule référence dans ce domaine. Ce serait réducteur et malsain. Je vous invite à lire Primo Levi, Raul Hilberg, Léon Poliakov qui font oeuvre d'historien et de témoignage dans ce domaine. Bref, c'est un livre qui invite à la réflexion et c'est en cela qu'il est le plus réussi.
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11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 La guerre, c'est sale, 24 septembre 2010
Si vous désirez profiter de l'illustration pratique de la notion de "Pavé littéraire", je vous conseille vivement de jeter un coup d'aeil sur Les Bienveillantes de Littell. Parce qu'avant même de l'entamer, son gros poids XXL super lourd (1500 pages écrit mini-minuscules) a de quoi vous assommer. Passée cette première constatation bassement matérielle, tâchons de situer le roman.

Paru en 2006, roman foisonnant d'une densité proche du carbone, Les bienveillantes marque le premier pied dans le plat d'un jeune auteur américain qui a la bonne idée d'écrire en français : Jonathan Littell, fils de l'écrivain et reporter Robert Littell. La critique s'est tout de suite enthousiasmée à la sortie de son gros bébé (à grand coup de "roman de l'année" et autres épigraphes flamboyants). A juste titre, puisque le petit prodige, né en 1967, ce qui lui faisait 39 ans à la sortie du roman, impressionne par la qualité de son travail. Un travail reconnu et récompensé : il a valu à Littell le prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l'Académie française 2006. Belle entrée en matière, donc...

De quoi en retourne-t-il ?

Les bienveillantes nous plonge directo texto dans l'enfer de la seconde guerre mondiale. L'originalité - même si Littell n'est pas le seul - tient au fait qu'il adopte comme point de vue non pas celui, plus courant, de victime, mais celui, éminemment plus dérangeant, de bourreau : le narrateur, par l'intermédiaire d'une sorte de journal, nous confie, de façon tout à fait intime, ses actions, le rôle qu'il a tenu durant la guerre, rouage qu'il incarnait, en tant qu'officier, au sein de ce monstrueux système de destruction massif qu'était le troisième reich. C'est ainsi qu'il nous emmène en Europe de l'est, à Kiev (l'un des plus horribles massacres de l'histoire y a été perpétré, au ravin de Babi Yar : 30 000 juifs victimes de ce que les historiens ont appelé par la suite la "shoah par balles", allongés nus dans des fossés boueux, les vivants chevauchant les morts, les exécuteurs pataugeant dans une marre de sang, véritable vision d'horreur portée par une inhumanité abjecte...), puis Stalingrad (peu avant qu'elle ne tombe sous l'armée russe), puis Berlin avant la défaite... Le lecteur suit ainsi, par les rapports du narrateur, l'inéluctable érosion d'un système voué à l'extinction.

A biens des égards, le roman est indigeste. Indigeste par sa longueur (c'est vrai qu'on s'embarque quand même pour une paire de pages), indigeste dans sa forme (les paragraphes sont des blocs massifs, monolithiques, qui s'étalent parfois sur plusieurs pages, et les phrases sont tantôt ciselées, tantôt longues, si longues qu'on en voit par le bout), mais aussi indigeste sur le fond, puisque Max Aue, le narrateur, il faut l'avouer, est un personnage dégueulasse, qui dérange franchement, et qui aurait sans aucun doute beaucoup gagner à passer entre les mains d'un Monsieur Freud histoire de démêler le sac de nouilles emmêlées que consiste sa personnalité. Inceste (il baise sa saeur jumelle dès son plus jeune âge), matricide (il n'aime pas vraiment sa maman et lui fait savoir de manière concrète), indolence (pour lui, la mort des milliers de juifs dont il permet l'exécution se résume à un petit travail de comptable : des chiffres, et des quantités, simplement. Qu'il faut gérer.), le narrateur cumule dans l'ignominie. Et puis, il y a surtout ce détachement total par rapport à ce sujet qu'il traite : la mort de ces millions d'innocents qui ne suscite chez lui aucun remord, aucun dégoût, pas la moindre étincelle de culpabilité ou d'émotion. L'extinction de peuples entiers qu'il constate avec ce regard froid, détaché, d'un petit comptable accaparé par ses chiffres, additions, soustractions. Ça fait froid dans le dos. Et c'est sans compter aussi sur ses délires extravagants, le plus souvent sexuels (fantasmes homosexuels et scatologiques qui peuvent prêter à rire ou à pleurer, en fonction de votre sensibilité et de vos goûts, mais qui en tous les cas sont clairement inspirés par l'aeuvre de Sade, une référence que les critiques ne semblent pas avoir assez développé).

Quant au style, il alterne entre le rapport de sondage purement fonctionnel (aussi glacial et droit qu'un joli salut hitlérien), et la prose à n'en plus finir d'un Proust, avec des phrases incontinentes qui mettent un temps fou à courir après leur point final, et le lecteur, de retrouver son souffle en hoquetant. Tout cela sert évidemment la narration (soulever l'inhumanité du régime tout autant que les circonvolutions éclatées de l'attirail dérangé qui fait office de conscience au narrateur). Donc, rien à dire.

Du côté des références, il faut évoquer l'aeuvre de Grossman, le russe : Pour une juste cause, et Vie et destin. Sur la seconde guerre, vue côté est. Eschyle aussi, et grec celui-là, puisque le titre du roman, mais aussi l'existence même du narrateur (mâtinée sauce tragédie grec) fait indiscutablement référence à ses Erinyes vengeresses... Autre référence déjà cité : Sade, le marquis plein d'imagination. Pour les délires érotico-volcaniques.

En conclusion : un roman dérangeant, qui laisse dans la gueule du lecteur un goût un peu amer. Beaucoup d'ingrédients mélangés, et une morale que l'on peut critiquer (difficile de savoir où Littell veut en venir exactement, si tant est quil veuille en venir quelque part...). Par contre, le roman donne envie de se (re)plonger dans cette page à la fois tragique et fascinante de notre histoire. Et rien que pour ça, il vaut peut-être le (long) détour.
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59 internautes sur 72 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Mon frère ?, 28 octobre 2006
Par 
Valérie Thorin "Journaliste" (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(TESTEURS)    (VRAI NOM)   
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s'est passé » Dès ses premiers mots, Les Bienveillantes, le roman de Jonathan Littell, jeune auteur de 39 ans, provoque le lecteur. Ainsi ce type, ce Maximilien Aue que l'on dit héros et qui va nous accompagner durant toute la traversée de la Seconde guerre mondiale, serait donc mon frère ? Cet officier des Waffen SS pervers, dévoyé, que l'on voit monter en grade au fil des pages tandis que s'amoncèlent sous ses bottes les cadavres de ses victimes, serait un autre moi-même ? Inacceptable. Et pourtant. Il l'est comme le sont tous les criminels de la planète, les Hitler, les Himmler, les Eichmann avec lesquels les 900 pages de ce roman exceptionnel vont nous familiariser. Outre le fait d'être un personnage fictif, ce qui le sauve est d'être humain, terriblement humain même, avec des peurs, des faiblesses, des maladies, des errements, des secrets. C'est aussi, par certains côtés, un homme remarquable. Docteur en droit, il est intelligent, cultivé, lit Kant, Hegel, Sophocle et survit dans Berlin bombardée un volume de Flaubert dans sa poche. Consciencieux, il analyse les pires situations avec finesse et pertinence, défend ses idées et à aucun moment ne sombre dans la servilité, au risque que sa carrière en pâtisse. On en vient à le trouver sympathique ! Ses haut-le-cœur devant les massacres le rapprochent de nous et l'on pourrait croire à l'authenticité de sa compassion en observant ses efforts pour épargner la vie des Juifs des montagnes de Silésie. Mais en Ukraine, ses qualités d'organisateur, de planificateur du génocide révèlent son sens du devoir, règle dure forgée à coup d'idéologie, qui l'a persuadé que la race aryenne à laquelle il appartient doit dominer le monde. Il est un pur produit du régime hitlérien, un fidèle aux aspérités refoulées, un monstre.
Au fil de l'histoire, on retrouve Aue à Stalingrad, dans un décor hallucinant, à enquêter jusque sur le front pour alimenter son prochain rapport au Reichsführer, on le voit dans la légion Wallonie où il rencontre le Belge Léon Degrelle, engagé dans la SS et occupé à gagner ses galons en combattant les Russes. Aue va aussi à Paris, la ville de son cœur, car francophone autant que germanophone, ses meilleurs souvenirs y sont indissolublement liés. La France contient aussi une partie de son secret, peu à peu dévoilé. On le retrouve enfin dans le bunker de Hitler, où se déroule une scène étrange, mélange de fantasme et de réalité.
Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Le premier livre de Jonathan Littell est une somme sur la Seconde guerre mondiale, qui a nécessité cinq ans de travail, de nombreux voyages sur place, des rencontres et des témoignages. Le lecteur qui s'intéresse à la période retrouvera en filigrane quelques unes des sources de l'auteur, les œuvres d'Anthony Beevor sur Stalingrad ou sur la chute de Berlin, le fameux Hitler de Ian Kershaw. L'idée initiale de Littell tient dans une photographie, celle d'une jeune paysanne russe coupable de sabotage, pendue par les nazis, découverte ensuite par les Soviétiques et érigée en héroïne par Staline. « Ce qui est extraordinaire dans cette image c'est qu'on perçoit à quel point cette femme a pu être belle », explique-t-il. Horreur et beauté. Mais le fils du grand reporter de Newsweek Robert Littell, diplômé de l'université Yale, a aussi été inspiré par La destruction des Juifs d'Europe, de Raul Hillberg, le meilleur ouvrage historique décrivant le processus du génocide et Les jours de notre mort, de David Rousset, qui analyse la vie dans les camps de concentration, de la culture solide qui le protège des erreurs historiques.
Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier Les Bienveillantes et son auteur a été comparé au Dostoïevski des Frères Karamazov ou au Flaubert de L'Education sentimentale. N'ayons pas peur des mots lorsqu'ils sont justes. Mais ne manquons pas non plus de saluer le souffle qui anime ce roman, chose trop rare dans la littérature contemporaine. Le lecteur est maintenu en haleine tout au long du livre, jusqu'à l'antépénultième page qui possède, elle aussi, son coup de théâtre. Cette verve mise au service de descriptions parfois insoutenables est l'un des étonnants caractères de l'ouvrage, rédigé en français quoique son auteur soit américain. La critique s'est faite quasi unanime pour tresser des lauriers à Jonathan Littell. Une ombre au tableau toutefois, l'avis du Pr Peter Schöttler, directeur de recherche au CNRS, qui s'en prend d'abord à l'utilisation que fait le jeune auteur de la langue allemande, relevant ici et là des impropriétés et des erreurs. « Le phénomène complexe et difficile de la Shoah est réduit à sa dimension meurtrière et presque entièrement « expliqué » en termes d'inhumanité, de sadisme et de perversité », écrit-il dans son article du quotidien Le Monde. Il a raison, mais l'objectif de Littell a moins été de brosser une explication que de faire entrer son lecteur dans une logique de bourreau.
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14 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 On n'est pas votre frère!, 7 novembre 2007
Par 
Arturo Peigneux d'Egmont (Picardie, France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Le lecteur courageux qui se risquera dans les neuf cents pages de ce roman ne sera pas déçu de son audace. À condition d'être généreux avec son temps libre car il devra le partager avec un personnage qui en profitera jusqu'à la dernière seconde pour lui imposer un long réquisitoire contre ses « frères humains » à travers l'histoire de sa propre vie pendant la guerre.

La fiction dans ce livre présente une dimension duale clairement définie: d'une part la dimension proprement littéraire (style, développement et interaction des personnages, leur intégration dans l'histoire directrice), de l'autre, la dimension purement morale. Au service de cette dernière se déploie la richesse éprouvante de la documentation historique. Les différents personnages évoluent avec plus ou moins de ruse, plus ou moins de chance dans un milieu fait de sigles et d'organismes souvent concurrents entre eux, se livrant leur propre guerre d'influence et de survie. La présence en arrière fond de la destruction des juifs et des misères morales de la guerre octroie tout leur pathétisme à des descriptions autrement insipides dont l'intérêt, très variable, ne tient qu'à un fil: celui de son rapport moral à l'holocauste. Une simple baignade dans une piscine, un dîner d'officiels, par exemple, deviennent les occasions choisies par l'auteur pour nouer les estomacs du lecteur avec l'apparition presque nonchalante du crime au fond du décor. Plutôt que de montrer l'horreur en face dans toute sa crudité, Littell, qui par ailleurs est obligé de la faire monter à la surface dans les parties les plus brutales du roman, paraît préférer la faire émerger comme le symptôme, à travers des situations apparemment éloignées, d'une dégradation morale que seul le spectateur externe apercevra et jugera. Que cet exercice, répété au long du livre sous des formes diverses, soit un exemple d'innovation artistique, d'une cruauté banale ou bien un tour de force de la littérature française, c'est aux futurs lecteurs d'en décider.

Si ce roman nous offre des éléments du roman familial classique (sexualités tourmentées, rapports intrafamiliaux tendus, traumatismes d'enfance...), on a néanmoins l'impression que la mobilisation de toute la documentation historique utilisée (Kershaw, Hilberg, Lanzmann, Fest... apportent indirectement beaucoup à ce livre) ôte parfois un peu de vie au personnage principal lequel a du coup un rapport peu crédible aux événements qu'il narre sauf quand il fait de lui-même l'objet de son récit, moments où le roman gagne en intensité. C'est très probablement un effet voulu : celui d'étouffer le héros sous un marécage de sigles, de grades militaires et des rapports administratifs. En effet, au fur et à mesure que le cours des événements historiques s'accélère, le récit du personnage se confond avec ce cours. Max en serait devenu enfin le maître? Témoin après coup de sa propre soumission à une organisation qu'il a pourtant contribué à faire fonctionner, le narrateur se heurte à son propre piège: "Cela m'épuise, cela m'ennuie, et vous aussi sans doute. Combien de pages ai-je déjà alignées sur ces péripéties bureaucratiques sans intérêt?" se demande Aue à la page 715 sans en attendre la réponse. Mais ce serait, hélas, une tentation dangereuse que de supprimer « ces péripéties bureaucratiques » de ce livre. Elles sont devenues la seule manière possible de reconstituer la vie du personnage. Elles sont les fragments d'une énorme machine bureaucratique qui a fini par remplacer l'homme comme producteur de l'Histoire. Un des buts du livre, sans doute celui qui a poussé l'écrivain à l'écrire, est d'apporter une réponse à la question "qu'aurais-je fait si j'avais été là?". Et à Jonathan Littell de conclure que la réponse dépendra beaucoup moins du « je » que du « là ».
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Un (trop) grand roman, 15 janvier 2014
À relire ce gros roman longtemps (au regard du temps médiatique) après sa sortie, je me dis qu'il est décidément aussi raté que fascinant.
Raté, parce que son narrateur personnage ne fonctionne pas. Car il opère comme pur prétexte à nous "promener" dans le théâtre fou du nazisme (Stalingrad, Hőss, Frank, Speer, Himmler, Eichmann.... il aura tout vu Aue... au mépris de la vraisemblance) et, en même temps, relève d'une prétention à la justesse, alors qu'il s'agit évidemment d'un personnage purement "livresque", composé de souvenirs de lecture, de films... romanesques et historiques, jamais charnel, jamais dense, malgré l'accumulation d'éléments sur son corps.
C'est comme si, en voulant faire une oeuvre totale, impressionnante, Littell n'avait pas su choisir. Il en fait trop, son roman est trop chargé et le fil se perd.
En même temps, ce livre demeure impressionnant. Et même ses défauts me donnent plus à penser que bien des petites réussites impressionnistes.
Et un livre qui supporte la lecture ne saurait être raté... s'il n'est pas non plus le chef d'oeuvre qu'on a dit.
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